Maman

Le miroir

26 mars 2015

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C’est une petite histoire, une petite histoire de rien.

Une petite fille s’est acheté un miroir dans une braderie avec son argent de poche. Comme il se doit dans les braderies, elle l’a négocié : 5€ et un sourire en prime.

Revenue à la maison, elle l’a frotté avec du papier de verre et puis elle l’a repeint, un beau gris qui sourit, lui aussi, et elle l’a accroché dans sa chambre. Et quand elle croise son reflet dans le miroir, elle se dit qu’il est joli, le petit grain de beauté, là au coin de sa lèvre, et qu’elle aime bien quand la lumière ensoleille ses cheveux.

C’est une petite histoire, une petite histoire de rien.

Il y a 3 ans, cette même petite fille ne pouvait pas, même pas une seconde, observer son image dans un miroir, sans se trouver trop grosse, trop moche, trop monstre. L’épreuve du miroir qu’elle s’imposait pourtant tous les matins pour contrôler sa tenue, se terminait en pleurs, en hurlements, tant et tant que sa maman avait un jour couvert tous les miroirs de la maison d’un film opaque, pour que la petite fille ne croise plus ce qui lui faisait si peur : elle-même déformée par son cerveau porteur d’un trouble de l’humeur.

Ce petit rien de 50 cm par 80, enfin apprivoisé, c’est trois ans de notre vie. Et aujourd’hui, c’est fini.

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(enfin, c’est fini pour le miroir, il y a encore tant d‘autres chantiers à mener… Je n’oublie pas que je vous ai jadis promis un billet informatif sur le trouble juvénile de l’humeur. Mais il semblerait que j’ai comme par hasard les plus grandes difficultés à écrire les billets qui me tiennent le plus à cœur…)

 

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16 Commentaires

  • Répondre Amiral Dourakine 26 mars 2015 at 10 h 59 min

    Rien n’est plus réconfortant, après avoir longtemps navigué dans la brume froide et grise, que d’entre apercevoir la minuscule silhouette d’un amer familier. A cette vue renait l’espoir d’amener peut-être le navire à bon port.

  • Répondre sophie 26 mars 2015 at 11 h 55 min

    J’aime ce que je lis,
    Quand l’horizon s’éclaircit, on s’autorise un peu de joie même si on reste sur ses gardes, n’est-ce pas?
    je t’embrasse
    sophie

  • Répondre Catherine 26 mars 2015 at 16 h 08 min

    Je la connais cette petite fille. Et chaque fois que l’on se rencontre,même si c’est rare, je n’ oublie jamais de lui dire qu’ elle est jolie. Parce qu’elle l’ est effectivement et elle dégage quelque chose de magique.

  • Répondre Marylin 26 mars 2015 at 17 h 19 min

    BRAVO !
    Bravo à elle, bravo vous, bravo !
    Uune petite histoire de rien qui fait chaud au coeur :)

  • Répondre MissBrownie 26 mars 2015 at 17 h 23 min

    Voilà une bien douce nouvelle !
    T-Biscuit a un grain de beauté au dessus de la lèvre et un carrément sur la lèvre et il dit que ça le rend moche. Evidemment, c’est de ma faute car j’ai beaucoup de grains de beauté

  • Répondre Slow Down 28 mars 2015 at 9 h 18 min

    Une jolie victoire sur cette maladie que je ne connaissais pas. Je viens de lire aussi ton premier billet très émouvant sur le sujet et ce que tu nous livres là sur l’absence totale de diagnostic et de prise en charge en France est tout simplement édifiant. Je suis heureuse pour vous tous que vous ayez croisé ce médecin belge.
    Je vous souhaite une belle et heureuse nouvelle vie, apaisée et joyeuse comme tous tes supers billets !
    Elisa

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2015 at 9 h 50 min

    @Amiral Dourakine : oui, heureusement qu’il y a ces moments d’espoir où l’on constate certains progrès, le chemin parcouru. Cela rend plus acceptable tous les efforts, qu’il faut poursuivre sur d’autres choses… Mais j’aspire au jour où ce moussaillon deviendra son propre capitaine !

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2015 at 9 h 53 min

    @Sophie : oui, c’est exactement ça, tu le sais bien ! Dans notre cas précis, il y a toutes ces éclaircies, que nous constatons au moment des bilans réguliers avec notre pédopsy belge… et puis il y a brusquement des moments très difficiles, et là il faut résister à la tentation d’être totalement découragé. Il faut se souvenir que c’est un passage, ne pas se laisser emporter…

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2015 at 9 h 56 min

    @Catherine : tu vois, c’est cela que je trouve la plus étrange, cette petite fille que beaucoup trouvent si jolie, s’est longtemps trouvé elle même si moche.

    Remarque, il paraît que la « belle femme du monde », Marilyn Monroe, se trouvait très moche, et aujourd’hui, je comprends mieux que ce n’était pas une coquetterie de sa part, mais probablement une vision déformée d’elle-même…

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2015 at 9 h 58 min

    @Marylin : oui, hein, ce n’est pas grand chose en apparence, mais c’est quand même beaucoup pour nous, pour elle… Merci et bises !

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2015 at 10 h 00 min

    @MissBrownie : oui, au final, c’est simple : c’est TOUJOURS de la faute des parents ! Et c’est vrai qu’on leur transmet notre capital génétique, mais en même temps, on nous l’a transmis aussi… Donc en fait, c’est TOUJOURS de la faute des grands-parents, et avant eux des arrières-grands-parents, des arrières arrières… bon, en fait, c’est la faute des orangs-outangs nos ancêtres !

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2015 at 10 h 07 min

    @Slow down : merci, une vie apaisée, ce petit rien qui me semble la félicité aujourd’hui… on va dire que l’aspect positif de cette maladie, c’est que ça change le regard sur la vie, on aspire à des choses plus simples qu’une villa avec piscine !!

    Pour le médecin belge, on ne l’a pas croisé par hasard, c’est le résultat d’une recherche de longue haleine, et c’est ça qui me révolte encore aujourd’hui : aujourd’hui, en France, si les parents ne sont pas pro-actifs dans cette maladie (et par pro-actifs, j’entends vraiment beaucoup beaucoup de temps et d’énergie !!), les enfants ne seront ni diagnostiqués, ni soignés, ni pris en charge par des structures adaptées…

    Quel gâchis, pour ces enfants, pour ces familles, et pour la société, car les coûts humains et sociaux des troubles de l’humeur chez l’adulte seront bien plus énormes que si on les avait pris en charge de manière précoce, en leur permettant donc de ne pas se développer ou presque…

    C’est vraiment le même gâchis qu’avec l’autisme : la détection et la prise en charge précoce permettent de changer le destin d’enfants, qui alors ne passeront pas leur vie entière dans des centres, très coûteux qui plus est (l’argument financier n’est pas le seul, mais il a ce côté rationnel qui pourrait me semble-t-il parler au plus grand nombre !!!)

  • Répondre julieaime 28 mai 2015 at 23 h 25 min

    Tombée sur votre site par hasard des tours et des détours du nets… un chemin difficile avec mon fils, qui a fait écho à ce que vous écrivez de votre fille, en moins fort peut-être. L’impression d’avoir hurlé dans le désert pendant longtemps… puisque l’intensité des cris, crises, hurlement et violence étaient réservé au cadre familial, même si tous les éducateurs, instits sentaient un pbl, des difficultés et me renvoyaient vers les psy… bref, des années de suivis psy, sans prise en compte des difficultés psychomot’, sans diagnostic sauf a constater des phases dépressives et hypersensibilité , et sans aide familiale, sauf à me dire d’aller aussi voir un psy pour moi. Il y a un an , passage à l’acte assez grave qui a obligé à une réelle prise en charge et une vraie mesure de ses problèmes… Alors oui, si vous en avez le courage, un article et partage d’expérience sur les troubles de l’humeur juvénile, ça m’interesserais beaucoup. Ah oui, les examens ont été prescrit pour un thymorégulateur…et sa grand mère est bi polaire…. mais m’a t’on dit il y a longtemps, il n’a pas de phase maniaque… je viens de m’étaler mais c’est rare pour moi de pouvoir le faire. Merci pour vos écrits.

  • Répondre anacoluthe 29 mai 2015 at 9 h 30 min

    @julieaime : Votre commentaire me motive pour écrire ce billet… que j’ai beaucoup de mal à faire (peur de ne pas écrire ce qu’il faudrait ??).

    Mais en attendant – enfin, pour ne pas attendre, justement ! – je vous propose qu’on en discute de vive voix : je peux vous envoyer mon tel par mail, si vous le souhaitez (j’ai votre mail, il est dans le formulaire de commentaire).

    Vous pouvez aussi allez voir le site de l’association des parents d’enfants ayant un trouble de l’humeur :
    http://www.bicycle-asso.org/index.php

    Ils ont des permanences dans certaines villes (Paris-Lille en tout cas, je ne sais pas si d’autres se sont ouvertes).

    L’antécédent de bipolarité dans la famille est un bon indicateur d’aller chercher dans la direction des troubles de l’humeur.

    Chez l’enfant, d’ailleurs, ce sont plus des troubles de l’humeur que de la bipolarité, c’est-à-dire que la forme est assez différente de l’âge adulte (les phases dites « maniaques » ne se manifestent pas pareil, par exemple, et sont plus difficiles à déceler nous disait notre pédopsy). De plus, un trouble de l’humeur enfant ne conduit pas forcément à une bipolarité à l’âge adulte, mais parfois à une « simple » cyclothimie, c’est pour ça qu’on distingue…

    Je ne sais pas quel âge a votre fils, mais s’il n’est pas encore ado, il est fort probable que les médecins passent à côté du diagnostic, puisque rares sont ceux qui connaissent cette forme juvénile. Du coup, le truc, c’est que les parents doivent être très pro-actifs, ne pas s’en remettre aux seuls jugements des médecins…

    (Ah oui, notre fille réservait aussi ses crises au cadre familial… Je sais combien cela peut être culpabilisant, car du coup, on se dit que le problème vient de nous !!)

    Enfin, bref, nous pouvons parler de tout ça de vive voix, donc…

  • Répondre julieaime 29 mai 2015 at 22 h 37 min

    Merci, votre proposition m’a énormément émue. Je surfe sur le lien que vous avez mis… et si maintenant il est ado, 13 ans et là pas de diagnostic réellement posé , mais la proposition de traitement dit en parti les choses… là, je suis en phase digestive et donc pour l’instant en parler de vive voix me semble trop difficile. Besoin de reconstituer le puzzle de toutes ces années. Et à la lecture de bicycle, je découvre ou redécouvre des mots qui parlent de mon vécu, les nuances entre les différents troubles. Bref, un grand merci pour ça et quand la digestion me le permettra, une discussion de vive voix avec plaisir. Et je suis à Bordeaux, si vous connaissez des associations de ce type dans ma région…. Encore un vrai merci pour cette main ou plutôt cette oreille tendue!

  • Répondre anacoluthe 1 juin 2015 at 15 h 43 min

    @julieaime : je comprends que vous puissiez avoir besoin de « digérer » les choses…
    Une précision : ma proposition n’est pas forcément pour refaire le film douloureux de ces dernières années, mais plutôt d’aller dans le sens pratique et on fait quoi maintenant, en gros « qu’est-ce qui marche ? », même avant qu’un diagnostic soit posé, ce qui peut être un peu long malheureusement, selon la dispo des médecins…
    (par exemple les TCC, la méditation, la kinésiologie, l’éducation bienveillante, etc)

    Et une info qui a son importance : plus cette maladie est prise en charge tôt, moins elle a de risque de s’installer à l’âge adulte, nous disait notre pédopsy…

    Pour Bordeaux, désolée, je ne sais pas s’il y a des associations là-bas…

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