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Pourquoi « Breaking Bad » n’aurait pas pu être une série française…

16 février 2015

breaking-bad

Mille ans après tout le monde, j’ai commencé à regarder l’excellente série Breaking Bad (je viens de finir la saison 2).

Et une chose m’a frappé dans cette histoire :

Alerte spoiler ! En même temps, qui à part moi ne connaissait pas encore cette série, hein ?!

Breaking Bad n’aurait pas pu être une série française !

En effet, cette série raconte l’histoire de Walter White, modeste professeur de chimie dans un lycée, qui découvre qu’il est atteint d’un cancer du poumon au stade terminal.
Il décide alors de se lancer dans la fabrication – puis le trafic – de méta-amphétamine, afin de payer son traitement médical, ainsi que les futures études universitaires de ses deux enfants.
Walter a un fils adolescent handicapé, et sa femme est enceinte d’une petite fille.

Déjà, on réalise illico que le ressort dramatique serait impossible dans notre douce France, cher pays de mon enfance… et de la sécurité sociale !

Modeste ou richissime, notre héros n’aurait rencontré aucun problème en France pour payer son traitement médical contre le cancer. Il aurait de plus bénéficié d’un arrêt de travail longue durée au lieu de continuer à enseigner comme le fait Walt.

A lire, le témoignage d’une expatriée aux Etats-Unis qui est rentrée en France se faire soigner de son cancer du sein, compte tenu des coûts exorbitants des soins médicaux Outre-Atlantique. De quoi se réconcilier avec le modèle socio-économique de notre pays !

De la même manière, au pays de l’Université quasi gratuite, l’avenir des enfants de Walt aurait été beaucoup plus rose, puisque leur papa n’aurait pas eu à mettre de côté environ 40 000€ par enfant et par année d’étude, soit 352 000€ au total !

Pas de problème d’argent, donc pas de mobile pousse-au-crime, et pas de scénario : l’histoire de Walter LeBlanc aurait été un échec total en France !

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Breaking-Bad-deux

Mais au-delà du ressort dramatique, la chronique sociale et psychologique serait tout aussi inopérante si l’action de « Breaking Bad » se déroulait dans l’hexagone.

Tout le sel de Breaking Bad – littéralement « Tourner mal » – c’est d’observer l’effritement progressif des valeurs morales de ce personnage pourtant si honnête à la base.

Walter et sa femme sont bien intégrés dans la « communauté » – cette notion si éloignée de notre culture française – ce groupe d’amis, de famille proche et de voisins, rassemblé autour de valeurs communes et de rituels récurrents, toujours prompt à soutenir l’un de ses membres dans le besoin… mais à le blâmer s’il sort du droit chemin !
En dehors de la communauté, il y a les déclassés, ceux qui sont de l’autre côté de la frontière qui sépare le bien du mal : drogués, prostituées, dealers, truands…

La trajectoire de Walt, c’est de passer progressivement de l’un à l’autre, d’aller à l’encontre de toutes ses valeurs morales initiales, mais au nom d’une valeur supérieure « la famille ».

En filigrane, on y lit une critique sociétale implicite « Dans un pays où un homme bon peut se retrouver ruiné par la fatalité, qu’est-ce que le bien, qu’est-ce que le mal ? »

L’observation psychologique des personnages est aussi passionnante, car on y retrouve les mêmes questionnements, et une ambivalence entre le bien et le mal : Walter est-il toujours un ‘homme de bien’ au fur et à mesure des épisodes ? Et son acolyte le petit dealer est-il vraiment un ‘bad guy’ ?
Même questionnement sur le beau-frère flic ou sa femme : sont-ils aussi irréprochables qu’ils semblent l’être au premier abord ?

Eh bien, je ne crois pas qu’on aurait pu trouver ce genre de personnages en France : le bien versus le mal, cette opposition manichéenne n’est vraiment pas du tout, du tout, dans la culture française, pays où l’on aime plus que tout nuancer, argumenter, fronder…

De même, la pression sociale n’est pas du tout la même en France : le jeu sur les apparences entre ce que l’on montre versus ce que l’on est, n’est pas vraiment inscrit dans notre inconscient collectif.
On se met la pression par rapport aux autres, oui, mais sur d’autres domaines, et plutôt « culturels » que moraux : être bien habillé, avoir vu le bon film, bien cuisiner… mais on ne va pas être traumatisé si on est chopé en train de doubler dans une file d’attente, resquiller dans le métro ou gruger les impôts !

Et voilà pourquoi, à mon sens, Breaking bad n’aurait jamais pu être une série française… ce qui n’empêche pas qu’elle soit tout à fait jubilatoire à regarder même quand on est français !

 

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2 Commentaires

  • Répondre sophie 16 février 2015 at 17 h 56 min

    Alerte spoiler ! En même temps, qui à part moi ne connaissait pas encore cette série, hein ?! –

    ben ….moi…..
    ça me donne envie du coup….même si je ne suis pas très à l’aise avec la drogue en général…je fais des cauchemars…oui madame!

  • Répondre anacoluthe 16 février 2015 at 19 h 23 min

    @sophie : écoute, moi-même j’ai beaucoup tardé à commencer cette série, précisément à cause du thème que je trouvais un peu glauque… mais c’est vraiment une excellente série, couverte de récompenses aux USA, d’ailleurs !

    Et puis, il y a un côté comique corrosif (ce sont un peu des bras cassés, au départ, les gars…).

    Mais je ne te cache pas que ça peut être un peu violent… Regarde plutôt ça le dimanche aprem que le soir, peut-être !

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