Maman

Mon bébé d’il y a 14 ans. (Maman d’ado #4)

10 octobre 2014

Tu aurais du être là depuis 4 jours, interminable compte à rebours inversé.

Peut-être avais tu compris que c’était là le seul moyen que j’en vienne à supplier que se produise enfin ce qui pourtant me terrorisait : mon accouchement.

On n’est pas préparé à accoucher après terme. A accoucher avant, ça oui, on nous vend tant et tant le « si ça se trouve un mois avant » si fréquent, surtout en cas de gros bébé annoncé.

Gros bébé, pourtant, tu l’étais, mon ventre en témoignait, ce ventre que je trainais comme un objet étranger et encombrant.

C’était un de ces jours d’octobre comme le Nord en a le secret, ensoleillé illuminé, le ciel nous donnant ce que tout l’été il avait refusé.

Pour provoquer la nature, devrais-je dire la défier, ton père et moi nous lancions depuis 4 jours dans de longues escapades au bout de la rue – le bout du monde quand on porte devant soi 4 kilos 200 grammes de bébé et tout autant en matières organiques variées.

Le bout de la rue, c’était alors – nous avons déménagé depuis – l’immense cimetière de Lille. Entre les pins entre les tombes, je déambulais, raccourci saisissant de la vie à la mort, sous le soleil exactement.

Mais bien évidemment, tu as attendu la nuit noire pour commencer ta longue marche. 4 jours et une nuit encore à attendre, une nuit à la maternité, coincée dans une petite chambre où l’on m’avait sommé de me ‘reposer’ à côté d’une autre patiente endormie.

Mordre l’oreiller pour ne pas la réveiller à chaque contraction, se faire oublier pour ne pas déranger, syndrome de l’imposteur de celle qui ne se croyait pas encore ‘vraie’ maman, comme celles qui savent, celles qui n’ont pas peur ‘le plus beau jour de leur vie’.

baby-bump

 

Puis, enfin dans la salle d’accouchement, entendre ces cris déchirants dans la nuit, une femme qui hurlait sa douleur ‘non mais, c’est culturel, ne vous inquiétez pas’ tentait de me rassurer la sage-femme.

Rassurée, je l’étais, quand enfin au petit matin il était arrivé, cet obstétricien que j’aimais tant, auréolé de cheveux blancs et de toutes ses années de pratique, capable je l’avais décrété de faire face à toutes les éventualités qui ne manqueraient pas de survenir lors de mon accouchement.

Lors je m’abandonnais à tout ce qu’il disait. Pousser, arrêter, pousser, respirer, pousser, je m’exécutais en mode automatique. La sage-femme suggérait de monter toute entière sur mon ventre pour accélérer la descente du bébé ? Pas de problème, allez.
Utiliser les forceps ? Allez, allez. « Echec » avoua-t-il dans un demi-sourire rassurant « on ne peut pas toujours réussir au premier coup… »

Il tenta une deuxième fois et…

Et puis alors, imprimée sur ma rétine, cette image qui j’en suis sûre sera du défilé de ma vie au jour de mes derniers instants : toi, soulevée entre ses mains, toi, se détachant en ombre chinoise sur le store blanc, toi, hurlant, toi ici maintenant, pour la première fois, pour toujours, toi, inexplicablement extrait de mes entrailles : mon bébé.

C’était hier, il y a quatorze ans.

Bon, et puis après le ventre déchiré, la douleur, s’asseoir sur une bouée et pleurer, allaiter et pleurer, ne plus dormir et pleurer, enfin le maelström des sentiments de la jeune maman.

Mais tout cela, c’est la confusion d’après, beaucoup plus floue dans mes souvenirs que ce mercredi précis où tu aurais du être là depuis 4 jours, interminable compte à rebours…

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6 Commentaires

  • Répondre sosso 10 octobre 2014 at 10 h 34 min

    Ohhh, je suis toute émue. Mes souvenirs à moi sont plus qu’intacts (mois de 8 mois) et je n’ai pas vécu un accouchement « normal ».
    Très bel anniversaire à ta grande te très belle journée à toi.

  • Répondre sophie 10 octobre 2014 at 14 h 17 min

    joyeux anniversaire de l’accouchement donc!
    bisettes
    sophie

  • Répondre anacoluthe 12 octobre 2014 at 19 h 01 min

    @sosso : je ne sais pas si ça te fera ça au fil des années, c’est étrange, cela reste un jour dont on se souvient dans le moindre détail, comme si le fait de l’avoir vécu aussi intense émotionnellement le gravait dans la mémoire…

  • Répondre anacoluthe 12 octobre 2014 at 19 h 02 min

    @sophie : hélé merci !! Bon bien sûr, il m’a fallu un certain temps pour écrire le billet, donc en vrai c’était déjà il y a quelques jours, l’anniversaire de mon « bébé’ qui n’en est plus un (même que je ne réalise pas encore tout à fait !!)

  • Répondre MilaEve 5 novembre 2014 at 11 h 08 min

    que ce texte est beau, je ne me lasse pas de le relire et il m’émeut à chaque fois.
    ça fera chaud au cœur à votre « grand bébé » de lire ça un jour 😉

  • Répondre anacoluthe 5 novembre 2014 at 11 h 30 min

    @MilaEve : Merci, ça me touche beaucoup, et d’autant plus que je viens de lire votre texte sur le blog d’Isis, et qui me parle paradoxalement aussi… la maternité n’était pas une évidence pour moi, elle m’a cueillie et je l’ai vécu comme une expérience de vie, mais j’ai conscience que le coup de dé aurait pu être autre, qu’il y a bien d’autres manières de vivre cette expérience qu’est traverser sa vie…

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