Ecrit !

Une vie, et puis…

19 mars 2014

vie

Sur cette photo, ils sourient. Ils sont heureux ou amoureux ou les deux, ils ont des envies, des projets, des amis.

Sur cette photo, ils sont tous morts. Sauf ma grand-mère, si belle, au centre de la photo, cheveux crantés tête de côté c’est elle, elle aujourd’hui bien vieille dans sa maison de retraite.

Un jour vient le temps où l’on est face à cette réalité que chaque être humain se doit d’affronter : sa condition de mortel. L’agitation d’une vie n’y fera rien, toutes nos immenses constructions, toutes nos richesses accumulées, ne nous protégeront pas contre elle, la mort dans son long manteau blanc.

C’est une chose de le savoir. C’est une chose de le constater, face à l’image d’un présent figé, devenu depuis un lointain passé. Des gens ont été vivants, comme nous le sommes, des gens ont été vivants mais pour pas si longtemps…

Memento, memento mori

***

henri

La plus belle des morts que je connaisse est probablement celle de mon arrière-grand-père Henri de R. Ce fin lettré, qui avait survécu à la guerre des tranchées pendant laquelle il avait perdu un oeil, est mort dans la douceur, vieux monsieur, dans le jardin de sa maison en provence, en écrivant de la poésie que jusqu’à la fin de sa vie il a chérie, presque autant que sa femme adorée…

Vers vous je roule en cadence,
Roule dans la nuit et dans le silence.
Prompt comme le vent
Glisse le serpent
Du Paris-Provence,
Serpent de métal (…)
Mais plus vite encore mon cœur le devance
Vous rejoint déjà
Au rustique mas…

***

**************

****************************

Edit du lendemain ! Etrange coïncidence, ma maman (qui ne lit pas mon blog) m’appelle aujourd’hui et me parle des lettres de mon arrière-grand-père, qu’elle vient de retrouver… Des courriers écrits depuis les tranchées à ses parents, et dans lesquels il y a des passages bouleversants sur la mort, à laquelle ce jeune homme de 20 ans et des poussières était confronté quotidiennement. La mort terrible, mais à laquelle il se résout avec détachement, car elle ne dépend pas de lui. Et je me dis que vivre après cela qui est l’enfer, c’est probablement savourer la valeur de chaque jour, avec gratitude…

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12 Commentaires

  • Répondre La vie en presque rose 19 mars 2014 at 15 h 51 min

    C’est très touchant, merci Ana :)

  • Répondre Rebecca 19 mars 2014 at 17 h 23 min

    oui, nous ne sommes pas grand chose ou du moins bien démunis quand vient le moment.
    Bisous à ta grand-mère!!

  • Répondre Sophie 19 mars 2014 at 22 h 07 min

    Yeux embués de te lire! Kiss
    Sophie

  • Répondre anacoluthe 20 mars 2014 at 12 h 27 min

    @La vie en presque rose : touchée aussi, merci !

  • Répondre anacoluthe 20 mars 2014 at 12 h 31 min

    @Rebecca : ce n’est pas vraiment « le passage » en lui-même qui m’effraie, depuis que je sais pour l’avoir vécu, qu’il peut être doux :
    http://www.anacoluthe.fr/?p=4564

    Ce que je trouve vertigineux, c’est de réaliser que nous ne serons plus grand chose, un jour, oui, qu’il restera si peu de notre passage… et je le réalise à regarder ces gens qui se sentaient pleinement vivants (j’ai des photos d’eux à la plage, c’est encore plus frappant !) et qui pfiuoffff, ont disparu…

  • Répondre anacoluthe 20 mars 2014 at 12 h 34 min

    @Sophie : merci… à vrai dire, il y a un mois, je ne connaissais pas cette série de photos de ma famille, et j’ai été moi aussi saisie d’émotion à les découvrir, à voir ces instants de bonheur de jeunes gens que je n’avais connu que vieux monsieur ou vieille dame…

  • Répondre juristeinthecity 20 mars 2014 at 13 h 40 min

    Très joli billet !

  • Répondre Marie 20 mars 2014 at 15 h 57 min

    Très jolie article….. Et une réflexion que je me fais souvent devant les photos de mes aïeuls… S’imaginer ce que leurs vies ont été, se dire que ça fait drôle de les voir si jeune alors qu’on les a connu si vieux…. Se dire que bientôt se sera aussi notre tour… Et du coup, s’interroger sur la vie, ou plutôt sur le sens de la vie…

  • Répondre anacoluthe 20 mars 2014 at 18 h 15 min

    @Juriste in the city : merci pour ton com’, qui me permet de découvrir ton chouette blog par la même occasion !

  • Répondre anacoluthe 20 mars 2014 at 18 h 19 min

    @Marie : oh, mais là aussi un joli blog que je découvre grâce à ton com !
    Cette succession des générations est vertigineuse, nous ne sommes qu’une poussière dans l’humanité… et dans l’univers !

    (le sens de la vie, je me pose trèèèès – trop ?! – souvent cette question…
    « Etre en chemin » est un des réponse qui me satisfait le plus en ce moment !)

  • Répondre Marylin 20 mars 2014 at 19 h 45 min

    Rohhhh, mais c’est dingue, ça comme tu me fous les poils !
    C’est d’autant plus dingue que je viens de récupérer une malle pleine de photos de mes aïeux…
    Et j’étais justement en train de me tâter pour en faire un billet.
    Mais bref, elles sont vraiment émouvantes, toutes ces photos du siècle dernier !
    D’ici à faire un article où on aura tous envie de se pendre, il n’y a qu’un pas ! ^^

  • Répondre anacoluthe 21 mars 2014 at 12 h 33 min

    @Marylin : toute une malle, ah oui, waouh, chouette ça !
    Oui, elles sont émouvantes, ces vieilles photos, je ne sais pas à quoi ça tient, le noir et blanc, le fait qu’il y en avait moins qu’aujourd’hui, ou alors tout simplement parce qu’on les regarde en sachant qu’ils ne sont plus là…

    Bon, se pendre, se pendre, pas forcément, le « memento mori », c’est aussi quelque chose qui incite à profiter de la vie maintenant, justement !

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