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La faille – Philip Seymour Hoffman

4 février 2014

PhillipSeymourHoffman

Je n’étais pas particulièrement fan de Philip Seymour Hoffman, pourtant j’ai reçu la nouvelle de sa mort comme un coup de poignard, violent et incongru, tant le lapidaire « décès par overdose » cadrait mal avec l’image que j’avais de ce colosse au talent rare.

L’overdose, apothéose de la déchéance, summum de la desespérance, la mort de ceux qui ne croient plus en rien pas même en eux, ceux qui risquent leur vie dans l’espoir vain de retrouver la fulgurance d’un plaisir évanoui, celui du premier shoot.

Philip Seymour Hoffman – acteur oscarisé, marié et père de 3 enfants – semblait loin de tout cela. D’abord j’ai cru à cette idée largement répandue, du drogué des soirées qui aurait mal tourné. Une ligne de coke pour le fun, et puis, de fil en… non, on ne dira pas aiguille.

En creusant, j’appris qu’il en était autrement. Philip Seymour Hoffman était sevré depuis 23 ans. Mais 23 ans après, l’héroïne de ses jeunes années l’a rattrapé.

Je n’ai pu m’empêcher de repenser à cette soirée d’été, sur la terrasse d’un appartement parisien des beaux quartiers. J’avais 20 ans, je riais, j’étais bien, et tout à coup cet ami que j’aimais est venu me chercher : « Viens, il y a de la coke dans la cuisine ! »

Je me suis levé, j’ai esquissé un pas, et je me suis rassise : « non non, ça ne m’intéresse pas… »
J’avais vu le sol s’ouvrir sous moi, et je ne voulais pas tomber. J’aurais été de ceux qui ne s’arrêtent pas, si ce mur-là disparaissait.

Ce soir là, une infime partie de moi a su protéger celle que j’étais, fragile, sensible.

Je mesure aujourd’hui ce coup de dé : vivre avec une faille en soi, c’est risquer de tomber dans le gouffre, ou pas.

Philip Seymour Hoffman avait 46 ans. Il est mort le 2 février 2014.

 

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11 Commentaires

  • Répondre lutecewoman 4 février 2014 at 12 h 58 min

    Ton aphorisme final, dear ! Ton talent comme je l’aime.

  • Répondre sophie 4 février 2014 at 13 h 18 min

    frissons en te lisant
    merci

  • Répondre anacoluthe 4 février 2014 at 19 h 43 min

    @lutecewoman :

    tu me touches…

    ce que je trouve toujours curieux, c’est la façon dont les mots arrivent en nous sans qu’on les cherche, tout à coup ça s’écrit… donc en fait, on ne s’en sent pas vraiment « auteur » !

  • Répondre anacoluthe 4 février 2014 at 19 h 45 min

    @sophie : merci… C’est un texte écrit très vite, hier soir, quasi en écriture automatique, et qui m’a donné moi-même pas mal d’émotions en le relisant…

  • Répondre Marylin 4 février 2014 at 20 h 01 min

    Ben non : c’est toi qui nous touches, là.
    ++

  • Répondre sophie 5 février 2014 at 10 h 06 min

    ton surmoi baisse la garde…les émotions s’expriment
    bises

  • Répondre anacoluthe 5 février 2014 at 12 h 07 min

    @Marylin : <3 !

  • Répondre anacoluthe 5 février 2014 at 12 h 08 min

    @sophie : oui, ça doit être ça, retour du refoulé !

  • Répondre MissBrownie 5 février 2014 at 12 h 41 min

    Comme toi, j’ai été étonnée de ce décès par overdose.
    On ne m’a jamais proposé de drogues. Jamais. Même pas un pétard. Et ça me va très bien comme ça.

  • Répondre anacoluthe 6 février 2014 at 12 h 19 min

    @MissBrownie : eh bien comme ça, tu n’as pas eu à te poser la question de savoir si tu franchissais le pas, ou pas !

    Oui, je crois que cette mort a provoqué pas mal d’émotions, aux Etats-unis, c’est un vrai choc apparemment…

  • Répondre cheesyrider 19 juin 2014 at 12 h 43 min

    Je garderai de Mr Hoffman le souvenir de son sourire, alors qu’il entrait pour la première fois au Festival de Cannes, il serrait très fort la main de son épouse Mimi, costumière de talent, il m’a rendu mon sourire et je suis retourné bosser. Je l’ai trouvé épatant dans « The Master », mais je préfère encore mon souvenir.
    Bonne conclusion que tu nous offre, pour un PSH c’est dix inconnus qui meurent d’OD, bon réflexe de survie que t’as eu là sur cette terrasse, chapeau bas

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