Geekeries Maman

Le blog, c’est pas la vraie vie : la preuve !

28 février 2013

Je dis et répète souvent ici que le blog, c’est pas la vraie vie mais la vie en pire, parce que c’est plus rigolo à lire…

Mais je me suis dit qu’il était temps de vous expliquer concrètement ce que j’entends par « pas vrai »… Suivez-moi, je vous emmène donc en back stage, dans les coulisses du blog !  Je vais vous livrer la recette d’écriture d’un billet, puis j’illustrerai tout ça avec un billet « décortiqué »…

En général, l’inspiration surgit sans crier gare – à la limite, elle me crie « mais tu vas m’écouter non de non » ! –  pendant ou juste après un événement. Pas de muse ailée ou de trompettes de l’inspiration à l’horizon : il s’agit d’une intuition très fugace, mais disons que je perçois – à travers un petit détail – qu’il pourrait bien y avoir peut-être-éventuellement-mais-faut-voir matière à faire un récit.

Notez le conditionnel : c’est que mon intuition me joue parfois des tours, et bien des billets potentiels ne verront jamais le jour…

Je « teste » alors le billet dans ma tête : je passe en revue rapidement ce que je pourrais raconter et comment. Si une formule me vient spontanément à l’esprit, c’est bon signe ! Je note quelques idées si j’ai un papier à portée de main. (hum, en général, j’ai toujours un papier à portée de main. Mais pas de stylo).

A ce moment-là, on a quitté le domaine de la réalité. Parce que – si le point de départ est donc le plus souvent « vrai » – ce que je raconte ensuite, c’est une histoire ! Il me faut donc un début et une chute, des personnages et des rebondissements. Lorsque j’écris mon billet, je transforme donc les gens et les événements : j’exagère, je coupe, je colle, j’invente, j’ajoute des détails…

 

Comme quoi, il faut se méfier des apparences, parce qu'elles étaient pas si bonnes, en vrai, mes sucettes pop...

Comme quoi, il faut se méfier des apparences, parce qu’elles étaient pas si bonnes, en vrai, mes sucettes pop…

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Et voilà ce que ça peut donner avec par exemple ce billet, publié il y a un mois : Mon Odyssée de Pie avec 6 enfants.

A la base, un événement réel, donc : je suis bien allé voir ce film seule avec mes filles et les 4 enfants de nos amis. C’est en sortant du cinéma – la nuit était tombée – que le côté aventurier de la chose m’est apparu comme une source d’inspiration potentielle pour un billet.

Et comme vous allez le voir, la plupart des choses que je raconte ne se sont pas produites, ou pas comme ça. J’ai mis en orange italique toutes les exagérations, et en vert et en gras tout ce qui est carrément bidon :

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« Une fois par an, traditionnellement, on emmène au cinéma nos enfants ainsi que les enfants de nos copains « famille nombreuse ».

A la base, ça partait d’une bonne intention – parce qu’on est des gens-bons, au fond – mais j’ai bien peur que les enfants de nos copains finissent par nous soupçonner d’avoir été missionnés par leurs parents pour les dégoûter à jamais du cinéma, vu le choix foireux de film qu’on fait à chaque fois : Paul l’extra-terrestre (avec gros mots et allusions salaces inside), la clé des champs (1h30 de mare en gros plan et sans dialogue), et enfin, l’Odyssée de Pi.

En plus, cette année, pour corser les difficultés, j’étais seule adulte à embarquer, de nuit, le 31 décembre  et à pied, une petite troupe de 6 enfants, composée de :

# Deux pré-ados de 12 ans – Mini-Monstre Premier et sa cop’s – s’exprimant uniquement par borborygmes et cris hystériques,

# Gaston dit l’explorateur, aventurier urbain de 9 ans qui n’aime rien tant que courir seul dans la nuit 20 mètres devant,

# Georges dit le râleur, 6 ans, toujours prompt à dénoncer l’injustice surtout si c’est à lui qu’elle est faite

# Pierre, angelot blond à croquer mais de 3 ans seulement, donc cible potentielle à protéger de tous les dangers (voitures, escaliers, frères)

# Et Mini-Monstre en Second, 8 ans, dite la Normande car coutumière de l’éprouvant « je-veux-je-veux-pas » (aller au cinéma/acheter des pop corn/m’asseoir à côté de toi)

L’Odyssée de Pi – pourtant choisi à l’unanimité après visionnage de la bande-annonce – c’est un excellent film mais absolument pas pour enfants : il s’ouvre sur une longue explication autour du nombre pi, se poursuit sur une étude comparée des différentes religions, avant l’apothéose « aventurière », à avoir 1 heure de huit clos métaphysique sur un radeau entre un jeune homme mystique et un tigre.

Au bout de 5 minutes, Pierre l’angelot s’endormait sur son paquet de pop corn, que Gaston l’explorateur décidait alors d’annexer, non sans déclencher la fureur de Georges le râleur.

Au bout d’un quart d’heure, Georges décrétait que bon, vu qu’il s’ennuyait, il allait rentrer à la maison. Borborygmes des pré-ados.

Au bout d’une demie-heure, Gaston explorait la salle.

Au bout de ¾ d’heure, Georges avait envie de faire pipi, et Mini-Monstre en Second aussi, et puis non, et puis si.

Au bout d’une heure, les pré-ados hurlaient hystériques sur les petits.

Et au bout de deux très longues heures, la salle entière me détestait.

Après l’Odyssée de Pi, mon Odyssée à moi n’était pas finie, puisqu’il nous restait le morceau de bravoure : traverser la ville de nuit, avec 5 rues, un parking et deux places à franchir, 18 murets à escalader, un angelot à porter, un explorateur à brider, et un râleur à motiver.

Je crois que je n’ai jamais autant apprécié la coupe de champagne qui m’attendait à l’arrivée telle un Graal sacré. Parce que oui, j’y suis arrivée ! »

***

Bref, comme vous pouvez le constater, je prends de très grandes libertés avec la réalité !

Est-ce que vous vous en doutiez, vous les lecteurs-lectrices ? Et vous, les bloggeurs, vous faites pareil ?

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20 Commentaires

  • Répondre electromenagere 28 février 2013 at 9 h 22 min

    Je veux bien te croire sauf pour le dernier paragraphe : il n’y a rien d’exagéré là-dedans !!
    Dans mon cas (tu le sais) il y a carrément des articles entiers totalement inventés.
    On doit être dans la catégorie blogueuse fabulatrice et fabuleuse 😉

  • Répondre Ma Tribu et Moi 28 février 2013 at 9 h 54 min

    Je suis comme toi :) Je pars d’un évènement ou d’une situation réelle et j’enjolive, je tournicote le truc. D’ailleurs, je suis lue principalement de ma famille et certains ne comprennent toujours pas..Pas grave, moi j’adore fabuler :p

  • Répondre La vie en presque rose 28 février 2013 at 9 h 57 min

    Je fais exactement pareil. Tout est vrai, mais en plus beau, plus gros, plus rigolo. Tu verras, d’ailleurs, aujourd’hui, qu’à l’aquagym, j’ai pué. C’est vrai. Mais après la douche, mes cheveux ne fromageaient plus.

  • Répondre Marylin et la fin du règne animal 28 février 2013 at 10 h 49 min

    Jamais de la vie !
    Moi je ne base mes écrits que sur des faits réels, scientifiquement prouvés, et avec vidéo à l’appui (la preuve avec la fin du règne animal http://belleblonde.net/si-les-animaux-mangeaient-mac-do/ ).
    Non mais !

  • Répondre Luna Part 28 février 2013 at 11 h 20 min

    ah ah c’est exactement ça !
    je ne dis pas qu’on devrait rendre obligatoire l’utilisation d’un code couleur dans les billets, mais parfois ça éviterait quelques déconvenues à notre entourage réel « mais pourquoi tu vois toujours ton quotidien comme une épopée catastrophique ? »

    j’ose à peine te demander par quel chemin l’inspiration est arrivée ni à quel moment elle a fait sonner sa petite clochette pour le thème de ce billet (mais j’ai une petite idée)

    PS : et c’est chouette maintenant je lis tes billets avec ta voix dans ma tête :-)

  • Répondre Albane 28 février 2013 at 11 h 51 min

    J’ai bien aimé le décryptage ! Moi aussi je transforme, parce que c’est plus drôle, et aussi parce que parfois, paradoxalement, c’est la seule façon de faire passer la réalité…

  • Répondre anacoluthe 28 février 2013 at 13 h 02 min

    @electroménagère : tu continues donc à te mettre à genoux devant chaque coupe sacrée de champagne ? 😉

    Oui, je crois que nous sommes vraiment des blogueuses Ab’Fab’ (l’auto-promo étant le seul moyen sûr et certain que quelqu’un fasse notre promo… !)

  • Répondre anacoluthe 28 février 2013 at 13 h 14 min

    @Ma Tribu et moi : c’est dans ce genre de cas que la confrontation réalité versus imagination peut être problématique ! En même temps, je comprends, il y a une ambiguïté dans la forme « blog », il me semble…

  • Répondre anacoluthe 28 février 2013 at 13 h 19 min

    @La vie en presque rose : mais euh, une question… est-ce que ta vraie vie est presque rose aussi ? Et est-ce que tu habites la maison de Barbie ?! ^-^

  • Répondre anacoluthe 28 février 2013 at 13 h 24 min

    @Marylin et la fin du règne animal (on se connaît, non ?!) : oui, j’ai remarqué la précision de tes sources, la qualité des analyses, c’est du sérieux !

  • Répondre anacoluthe 28 février 2013 at 13 h 27 min

    @Luna Part : pour l’inspiration, ça aurait pu être ça, mais j’avais déjà écrit et programmé le billet, en fait !
    Et c’est vrai, donc, qu’il y a parfois confusion entre celle qui raconte et celle qu’on est. Une chose est sûre sur ce qu’on est : imaginative !

    (et là je te susurre : bonjour, ça va ?!)

  • Répondre anacoluthe 28 février 2013 at 13 h 31 min

    @Albane : « Dit-on plus la réalité quand on ment ? », vous avez 4 heures : tu nous proposes un beau sujet de réflexion, là !

  • Répondre christine 28 février 2013 at 15 h 11 min

    Cela ne me gène pas, ton histoire est beaucoup plus agréable à lire avec le orange et le vert. Je crois que j’invente rarement mes écris mais ils sont moins rigolos.

  • Répondre anacoluthe 28 février 2013 at 15 h 59 min

    @christine : super, donc pour la peine je rajouterai du bleu et du jaune à mes histoires !

  • Répondre Anacoluthe gourou mode dans ELLE | la vie est une anacoluthe 1 mars 2013 at 17 h 45 min

    […] Dois-vous rappeler que la bloggueuse n’est que mythomanie, les amis ? Ah, je viens de vous le rappeler, […]

  • Répondre lutecewoman 4 mars 2013 at 12 h 07 min

    De l’intérêt du blog littéraire, où sont présentées des fictions et des personnages.
    C’est ici la frontière que je n’ai pas voulu franchir – celle de l’autofiction, en somme. Mais je lis avec plaisir vos travaux de broderies personnelles, anacoluthe et consoeurs talentueuses.

  • Répondre anacoluthe 4 mars 2013 at 13 h 43 min

    @lutecewoman : mais tu pars quelquefois du « réel » aussi, non ? Je veux dire, une rencontre, un petit événement, que tu vas bien sûr transformer, étirer, etc…
    Il me semble que c’est aussi une question de support, de medium : le blog est « présumé vrai sauf exception », quant le livre est « présumé inventé sauf exception » (et sauf coup d’édition ?!)

    Une chose est sûre, cette question du vrai et du faux dans ce qu’on écrit trouble les esprits… mais l’autre question est pourquoi donc ? Est-ce important ? Est-ce qu’on lit différemment/est ému différemment, si on pense que c’est vrai ou faux ?

  • Répondre lutecewoman 4 mars 2013 at 14 h 46 min

    Ce questionnement reste le même dans le long : j’ai beaucoup de mal à faire comprendre que je ne suis pas mon personnage Elo, non, même si en effet les effets de réel de mes écrits existent parce que je n’utilise que ce qui sonne juste, ce qui, de moi ou d’autres, a été ressenti vrai.
    Tout cela pour arriver à ce peut importe au fond, puisque cela se vérifiera toujours, les gens ne lisent pas ce que l’on a écrit, mais ce qu’ils projettent sur le texte.

  • Répondre lutecewoman 4 mars 2013 at 14 h 49 min

    Je voulais dire peu importe, pardon.
    Continue tes autofictions sans te préoccuper du feedback – ce qui, j’en convient, est très inconfortable dans ce cadre du blog où les attentes relèvent parfois du voyeurisme façon loftstory et sont exprimées immédiatement avec critiques et questionnements dès les premières secondes de parution (enfin, chez d’autres bloggeuses, comme electro qui se reconnaîtra).

  • Répondre anacoluthe 4 mars 2013 at 15 h 34 min

    @lutecewoman : je me doutais qu’on doutait pour ton Elo ! Le « je » du narrateur ou du personnage qui n’est pas un vrai je, c’est vraiment difficile à comprendre, étrangement…

    Je pensais d’ailleurs faire un 2nd volet à ce billet, pour parler des textes plus… comment dire ? enfin, les textes de ma new catégorie « Culture/c’est écrit ! » ; et en y réfléchissant, je me disais justement que l’ambiguïté avec la vérité m’arrangeait bien aussi, en un sens, car on est sans doute plus émotionnellement proche de ce qui nous semble « vrai » (alors que ce ne sont parfois que des « effets de réel »; comme tu dis)

  • Répondre à Marylin et la fin du règne animal Annuler Répondre