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Le garçon et les gens

10 janvier 2013

doisnel-police

Ils sont entrés en s’excusant, comme font les petites gens.

En ce surlendemain de fête, nos n’étions que quatre dans le hall orange criard de ce commissariat, un policier, eux et moi. A mi-voix, ils ont balbutié qu’on les avait appelé.

« Ah, c’est vous, les ‘parents’… » a sous-entendu pesant l’agent d’accueil, « je vais prévenir l’inspecteur » et sous le choc, ils se sont comme ratatinés.

Des pas dans l’escalier, l’inspecteur, justicier. « Madame… Monsieur… Bon, la patrouille a trouvé votre fils il y a environ une heure, dans la rue, en train de mettre le feu aux poubelles avec un briquet et un aérosol.»

Blanc, un temps, trois mouvements de bras « Une très mauvaise idée mais rien de bien méchant, je vais aller le chercher et… »

« Si vous saviez, si seulement vous saviez, Monsieur l’Inspecteur, on ne sait plus quoi faire » l’a interrompu, blafard, le père, pressé d’expliquer, les soucis, les efforts, l’impuissance, « on a tout essayé avec lui, d’ailleurs, quand il est parti tout à l’heure, il était puni, en train de copier 150 fois ‘je ne dois pas m’enfuir’. Tout le monde nous appelle, l’école, le centre, on va au rendez-vous, on sévit, et il recommence. Mais qu’est-ce qu’on peut faire, Monsieur l’inspecteur, hein ?! »

Encore un blanc, encore un temps, le justicier n’a pas d’idée pour enseigner la loi, son travail à lui, c’est la faire respecter, le service après-vente.

Affable, il propose « Vous voulez qu’on le garde encore deux ou trois heures, histoire de lui faire peur ? »

Encore un temps, encore un blanc « Vous êtes bien aimable, Monsieur l’inspecteur, j’aurais bien aimé… mais ce soir, je suis de nuit, je ne pourrai pas venir le chercher tout à l’heure, alors… » Sa voix s’évanouit dans le grand hall orangé du commissariat de quartier.

« Bon, eh bien, Madame, Monsieur… Allez, il faut que jeunesse se passe, vous savez ! » assène rassurant le policier.

Dans son bureau, à l’étage, Antoine Doisnel 2013, gamin des quartiers, attend que passe sa jeunesse à brûler les instants péniblement trop lents.

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8 Commentaires

  • Répondre lutecewoman 10 janvier 2013 at 10 h 48 min

    J’aime ta manière mai quand même, en effet, je me demande ce qu’ils lui ont fait, ces petites gens grandes personnes, à ce petit, pour qu’il parvienne si mal à s’élever…

  • Répondre lutecewoman 10 janvier 2013 at 10 h 52 min

    mais, il y a un mais

  • Répondre anacoluthe 10 janvier 2013 at 11 h 05 min

    @lutecewoman : ouhhh alors là, franchement, étant moi-même dotée d’enfants qui sont capables d’être insupportables quand elles sont tristounettes, je ne leur jette pas la pierre, Pierre, à ces parents ! Enfin, je dis ça, et puis si ça se trouve, ce sont effectivement des parents qui s’y prennent comme des manches…

    En fait, la vérité est peut-être dans l’intervalle, comme dans Les 400 coups, ce mélange de gamin qui déconne et de parents qui déconnent, ce passage délicat de l’adolescence…

  • Répondre lutecewoman 10 janvier 2013 at 11 h 09 min

    Dans les 400 coups, les parents sont clairement maltraitants.

  • Répondre anacoluthe 10 janvier 2013 at 11 h 22 min

    @Lutecewoman : ah bon ?
    Je n’en ai pas exactement ce souvenir, mais maintenant que tu me le dis, il faudrait que je revoie le film…

    Bref, dans mon idée/souvenir, il me semblait que côté parents, ils n’étaient pas aimants et pas compréhensifs, mais à vrai dire, j’avais l’impression que c’était plus le procès d’une époque où on n’écoutait pas encore la parole de l’enfant…

    Et que, du côté d’Antoine, c’était un gamin effectivement pas heureux, et qui donc s’enfermait dans une spirale de conneries de plus en plus graves…

    Bref, dans mon souvenir, c’est un film sur l’incompréhension entre un enfant et ses parents, une situation où on ne voit pas de solution… mais encore une fois, faudrait que je revois parce que peut-être que je ne me souviens pas bien !

  • Répondre lutecewoman 10 janvier 2013 at 11 h 24 min

    Oui, ça en vaut la peine !

  • Répondre Cilaïne 11 janvier 2013 at 16 h 49 min

    Comme c’est triste.
    J’imagine très bien cette étape où ne sait plus quoi faire pour bien faire…terrible !

  • Répondre anacoluthe 14 janvier 2013 at 11 h 29 min

    @Cilaïne : oui, on sentait bien qu’il n’y avait pas beaucoup d’issue, à les entendre, c’était assez flippant…

  • Répondre à lutecewoman Annuler Répondre