Ecrit !

Ce jour où je fus morte

6 décembre 2012

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Dans la pulsation bleutée du gyrophare, je vois parfois ce jour où je fus morte.

Approche. Je ne l’ai pas souvent raconté, je ne le raconterai plus, ces heures où je ne fus plus, où la vie de mes veines s’en était allée avec le sang qui s’écoulait. Hémorragie, disaient-ils. Mais avant de les voir, par terre, posée, la joue abandonnée contre le froid du sol, je sentais goutte à goutte la pluie tomber sur moi.

Il s’en était allé chercher à l’aide, les appeler, et lors dans mon absence j’avais basculé. Curieusement sereine. « Viens » me disais-je. Puisque mon heure est là, je t’accepte, prends-moi. Je ne veux plus lutter. Je veux, ici et maintenant, la joue contre le sol, la pluie contre ma joue, dormir, à tout jamais dormir, je suis bien si tranquille. Il n’y avait plus que cela, l’étendue, l’eau et moi, présent qui s’étirait comme les heures lentes.

« Hémorragie » dirent-ils me ramenant à moi-même, dans leur grand camion rouge. « Madame, Madame » appelaient-ils mais je ne sais pas bien qui, car moi-même j’étais déjà loin repartie. Le masque sur le nez et puis « ça va aller ». Et oui, on y allait, je ne sais pas où mais voilà ça filait, le gyrophare bleuté, la sirène langoureuse, de son chant m’envoûtant.

Quand ils m’ont transporté, d’une civière à l’autre, j’ai vu la tache de sang, fleur écarlate sur le drap blanc. Le masque, le masque encore « ça va aller Madame ». Pourquoi me rassurer, je n’étais pas inquiète, je me laissais tomber, doucement dans la mort, la mort tranquille et douce, dont on m’a retiré, ce matin de novembre.

Voilà, tu peux aller, je t’ai tout raconté, la pulsation bleutée, le rouge et puis le blanc, le calme et le silence. Tu peux t’en retourner, dans le monde des vivants.

 

Bon, les amis, j’ai bien conscience de l’inconséquence de ma ligne éditoriale, qui passe en quelques jours du léger au lourd et du lourd au léger. Mais c’est que j’ai depuis longtemps renoncé à une quelconque ligne éditoriale sur ce blog ! Souvenez-vous, la vie est une anacoluthe, c’est pour moi cette idée qu’en un instant la vie nous fait passer du futile au tragique, que tout cela n’est pas cohérent, linéaire comme pourrait l’être un roman… Et puis, pour rassurer les inquiets, dans ma vie hors ici, il y a plus de léger que de lourd, même si dorénavant, j’ai décidé de m’attarder parfois un peu sur le grave qui me traverse, pour en faire « quelque chose », des mots, des phrases, paragraphe, alinéa, et caetera…

Prochaine étape : se pencher sur le léger et en faire « autre chose »…

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14 Commentaires

  • Répondre Cilaïne 6 décembre 2012 at 11 h 29 min

    Oh ben la vache !….
    Super beau texte, et suis bien ravie qu’ils t’en aient retirée (et dans « ravie », il y a « vie », huhuhu)

  • Répondre Onee-Chan 6 décembre 2012 at 11 h 53 min

    J’ai connu le même genre de scène, le monde est différent après ça, et en même temps pas tellement.

  • Répondre anacoluthe 6 décembre 2012 at 11 h 56 min

    @Cilaïne : C’était il y quelques années, hein ! Merci et ravie aussi, même si ça m’a permis de réaliser que le « passage » en lui-même pouvait être doux… pas si effrayant que ça, finalement…

  • Répondre anacoluthe 6 décembre 2012 at 11 h 58 min

    @Onee-Chan : oui, c’est très juste, le monde est différent et pourtant pas tellement… En fait, ça rejoint un peu mon post-scriptum, ce mélange étrange dans notre vie d’événements intenses et de quotidien…

  • Répondre Stelda 6 décembre 2012 at 12 h 06 min

    Un peu de gravité remet les pieds sur Terre. Et aide à prendre conscience des bonheurs de la vie.

  • Répondre anacoluthe 6 décembre 2012 at 16 h 06 min

    @Stelda : temps, contretemps, point, contrepoint, c’est une question d’équilibre, tout ça !

  • Répondre sosso 6 décembre 2012 at 16 h 46 min

    Très beau texte. Toujours.

    Moi c’est une vertèbre qui s’est brisée. Je ne me suis pas sentie partir mais je me suis dit qu’après, rien ne serait plus comme avant. Et ta dernière photo me fait pensé à un dos un peu dénudé….

    et puis:
    http://www.youtube.com/watch?v=sdnwtdtqtnY

    Une lectrice du reste de ta vie !

  • Répondre electromenagere 6 décembre 2012 at 16 h 50 min

    Ca doit être propre à l’hémorragie, ce sensation de mort douce et apaisée. Je me souviens du contraste entre cette « fuite chaleureuse » et le retour à la vie, étrangement beaucoup plus froid. Entre la salle de déchocage et le service de réanimation avec les transfusions, tout cela me paraissait très métallique, froid et brutal. Avec la vie revient la douleur
    Mais dis-moi ça t’est arrivé quand ? Et tu vas bien maintenant ?

  • Répondre anacoluthe 6 décembre 2012 at 17 h 03 min

    @sosso : oh, une vertèbre brisée, je n’ose pas imaginer la sensation…

    La photo, c’est le ciel du Nord vu de chez moi, mais j’aime beaucoup le fait qu’avec les toits, ça se transforme en construction abstraite où chacun peut lire autre chose…
    (et maintenant que tu me le dis, ça fait un peu penser à ce dos violoncelle de Man Ray, la couleur, peut-être ?)

    J’aime beaucoup cette chanson de Daho, et en général, il a un vrai don pour chanter l’instant hors du temps…

  • Répondre anacoluthe 6 décembre 2012 at 17 h 06 min

    @l’electromenagere : c’est intéressant, ta remarque, parce que je n’avais pas pensé que chaque façon de partir doit être différente, selon la cause… et on ne peut pas trop faire de sondage pour vérifier cette hypothèse !

    Et assez d’accord avec toi sur le retour qui fut violent. En fait, c’est seulement maintenant que je peux en parler comme quelque chose de doux, retenir cet aspect là des choses, parce que juste après, j’avais plutôt l’impression d’avoir vécu un traumatisme.

    Ca m’est arrivé il y a super longtemps, t’inquiète pas, c’était entre mes deux filles, une fausse couche qui a mal tourné…

  • Répondre bergamote 6 décembre 2012 at 22 h 52 min

    Gravité rime ici avec beauté…
    j’adhère à la succession de moments de gravité et de légèreté. Ce qui me fait flipper dans le quotidien, c’est la vitesse à laquelle tout peut basculer! Allez, vivement le léger!

  • Répondre anacoluthe 7 décembre 2012 at 12 h 44 min

    @bergamote : mais carrément, ça peut basculer d’une seconde à l’autre… surtout avec les enfants, hein ! Je rigole et 2 secondes après c’est la fin du monde, tu vois de quoi je parle ?

  • Répondre liliba 22 décembre 2012 at 16 h 19 min

    Bon, c’est sûr que c’est pas gai-gai, mais tellement bien écrit qu’on en redemanderait presque…

  • Répondre anacoluthe 23 décembre 2012 at 20 h 16 min

    @liliba : merci… (comment ça, en redemander, tu veux que je re-meure ??!)

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