Ecrit ! Lu !

L’amitiare

13 septembre 2012

***

**************

Le soleil est rare et le bonheur aussi, me susurrait Gainsbourg sur le chemin du retour, alors que je venais de raccompagner Aurélia Bonnal à la gare. Etait-ce sa présence depuis le jour dernier ? L’instant semblait comme transfiguré, le ciel par-dessus le toit de la voiture décapotée, simple et tranquille, le soleil, traversant la futée de ce lent boulevard rectiligne qui relie Lille à ses faubourgs, et la musique, violons en vague le long des ombres, rythme parfait en synchronicité.

Le soleil est rare, et le bonheur pas si présent en ce moment, mais Aurélia avait été là, et il m’en restait la capacité à étirer le temps comme elle le fait, au long de ses billets, par l’intermédiaire desquels nous nous sommes rencontrées, il y a quelques années, et dans ce livre qui maintenant reposait, sur le siège passager à mes côtés.

Tout le monde ne peut pas avoir Aurélia Bonnal quelques instants près de soi, et expérimenter comment la belle transmute les secondes vécues en longues lignes d’écriture. Mais désormais, on peut lire son roman, et puis le reposer, et puis les sens accrus sortir, marcher, conduire, et le cœur encore enveloppé de ses mots, observer la transformation de ses propres perceptions.

Depuis 4 jours, je lis-vis Aurélia à travers son Queen is dead, que je n’ai pas encore fini, chose rare chez moi, habituée à lire très, sans doute trop, vite. Mais là, je crois que je n’ai pas envie d’en sortir, alors je ralentis, comme sur le long boulevard qui relie Lille à ses faubourgs.

Je ralentis, mais je vous dis à vous, dépêchez-vous ! La femme de Lutèce fut déjà remarquée par Le Monde des Livres, Technikart, l’Humanité et le Figaro – éclectique ironie – comme nouveau talent…

Quant à moi, marquée au cœur, le sentiment d’avoir rencontré une amitié sans doute, une écriture à coup sûr…

 

The Queen is dead – Aurélia Bonnal – Buchet Chastel

 

La 4ème de couv’ :

Elo a la trentaine parisienne, un mari, une petite fille, un humour caustique et des doutes sur sa carrière d’écrivain. Bert est employé chez un marchand de vin près de Perpignan ; guitariste dans un groupe amateur, il aime le rock et sa copine Gilberte. Une porte a été claquée entre eux il y a vingt ans – définitivement, croyaient-ils… Une histoire d’amitié, de communication virtuelle et d’accession à l’âge adulte qui se lit d’un seul souffle. Un roman brut et rock.

Et un extrait qui – entre autres – me touche, arrêt sur un instant :

« Le métal froid des cordes glissait sous la pulpe de mes doigts, cette mélodie sur le bord du lit, tout au bord de moi, la guitare remplissait la pièce, l’ampli réglé très bas. Bibi lissait ses cheveux avec sa brosse en poils et bois de sanglier. J’aimais beaucoup son geste, et cet objet, qui était entré avec elle dans ma vie, dès la première fois que je l’avais croisée. (…) Il y a dix ans, elle avait sorti sa brosse de son sac, et s’était coiffée en face d’une vitrine, en pleine nuit, en pleine rue, en plein vacarme, en plein milieu des gens, et c’est ce moment de silence, d’immobilité presque, de quiétude surtout, qui m’avait arrêté, moi, pour la regarder elle, à sa coiffure. »

***

**************

****************************

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous aimerez peut-être aussi ...

9 Commentaires

  • Répondre 4enfants2bras 13 septembre 2012 at 9 h 53 min

    Alors, un grand merci ! Je découvre un chouette nouveau blog… et j’ajoute un nouveau titre à la liste de mes envies de lecture…

  • Répondre Cilaïne 13 septembre 2012 at 11 h 07 min

    Merci, merci, très tentée, je l’ajoute aussi à ma liste (mais j’ai tellement de lecture en retard…)
    (et toi, ton livre, tu l’écris quand ?, non parce que ton premier paragraphe, la-haut : wouahou !)

  • Répondre anacoluthe 13 septembre 2012 at 12 h 18 min

    @4enfants2bras : you welcome ! (tu fais vraiment des « listes » de lecture ? C’est juste pour savoir si la liste est ton arme secrète pour arriver à survivre à 4 enfants avec seulement 2 bras ?!)

  • Répondre anacoluthe 13 septembre 2012 at 12 h 21 min

    @Cilaïne : et la rentrée littéraire n’arrange rien, que de trucs à lire !

    (hé hé, merci… Disons qu’aujourd’hui, un projet du type écrire un roman me paraît moins « gravir l’Everest en tongs » qu’auparavant… C’est juste « gravir l’Everest en chaussures de marche » !!)

  • Répondre lutecewoman 13 septembre 2012 at 12 h 38 min

    Mais tu es déjà dans les neiges éternelles – c’est pour ça, les gerçures, c’est pour ça, le frisson – va piquer tes couleurs là-haut, là-bas. Et comme dirait kim wilde : anacoluthe, enlève tes lunettes.

  • Répondre anacoluthe 14 septembre 2012 at 11 h 32 min

    @lutecewoman : elle a dit ça Kim Wilde ou genre tu me baratines en abusant de ma méconnaissance sur son oeuvre ?!
    t’es sympa, je sais pas trop, mais en tout cas, brrrr, oui j’ai froid…

  • Répondre MilaEve 20 septembre 2012 at 11 h 57 min

    Et bien voilà, je l’ai acheté ! Cette idée de temps qui s’étire, cette envie de ne pas sortir d’un roman pour voir les choses à travers l’état d’esprit de son auteur, ça m’a parlé. C’est fou le pouvoir de prescription des blogs !

  • Répondre anacoluthe 20 septembre 2012 at 12 h 01 min

    @MilaEve : Non, c’est vrai ?! Alors ça me fait plaisir, ça !
    (quant au pouvoir de prescription des blogs, tu as raison, ça m’arrive aussi très souvent d’acheter un truc « vu sur un blog » !)

  • Répondre Au secours, 5 idées de cadeaux de Noël, viiiite ! | la vie est une anacoluthe 1 mars 2013 at 16 h 31 min

    […] je vous ai déjà parlé de ce roman, encensé par la critique et par moi-même (je suis la modestie), mais voilà : j’ai très envie […]

  • Répondre à 4enfants2bras Annuler Répondre