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Le jour où j’ai découvert que l’inconnu ne portait pas d’alliance (enquête…)

16 juillet 2012

 

« Et puis, je te parie qu’on aura oublié le prix d’ici 3 semaines… »

Il avait raison.

3 semaines à peine plus tard, j’avais oublié ce prix qui sur le coup m’avait pourtant paru élevé pour un tableau. Enfin, pour un tableau que j’avais pour la première rencontré négligemment accoudé à une poubelle, posé sur le trottoir, à la sortie d’une bouche de métro.

Acheter des tableaux, c’est une chose que nous aimons beaucoup faire, mon mari et moi. Sans doute parce cela nous donne l’occasion rare d’être absolument d’accord.

Pour choisir un canapé, une destination de vacances, ce que nous voulons faire des prochaines années, de longues négociations sont nécessaires…

Mais lorsqu’il s’agit de tableau… magie de l’harmonie, il aime, j’aime, il aime vraiment beaucoup, moi aussi, et nos doutes s’envolent malgré le prix. Parce que le prix, on l’aura oublié d’ici 3 semaines, alors que le tableau sera là pour des semaines et des semaines et des années…

Ce jour-là, dimanche de Braderie à Lille, nous l’avons vu dès notre arrivée. Négligemment accoudé à une poubelle, donc. Nous avons tourné un peu, pris et reposé quelques objets, mangé notre moule-frites rituelle, et puis, nous sommes revenu à la poubelle et nous avons acheté le tableau. Parce qu’il ne pouvait pas en être autrement.

Tous les soirs depuis des semaines et des années, je le regarde, accroché au mur de la salle à manger, pendant mon dîner. Il a ce pouvoir d’apaisement, la vie est là, simple et tranquille, dans ce mètre carré coloré.

 

Et puis, l’autre soir, fourchette en l’air, temps suspendu, je la vois, là. Ou plutôt, je ne la vois pas : cet homme, ce père, si fier de sa famille, de son bonheur, de son bébé, cet inconnu au costume respectable ne porte pas d’alliance.

Je m’approche incrédule, m’éloigne, m’approche encore : pas de doute possible, les preuves sont accablantes : alliance absente. Peut-être l’a t-il enlevée – une alliance trop petite, un grand-gros classique chez les hommes atteints de couvade ? Ou alors, il vient de bricoler dans la chambre du bébé, et a préféré la retirer pour ne pas se blesser (horribles histoires de ces bricoleurs au doigt arraché) ?

Peut-être…oh Mon Dieu ! peut-être qu’il n’est pas le mari ?! Pas le mari mais le père, ça oui, ça se voit dans ses yeux, et on ne peut pas mentir avec les fenêtres de l’âme…

Mes haricots verts tiédissent pendant que je rejoue Les Experts au pays des Bisounours.

Tout à coup, je m’exclame « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » (d’accord, peut-être bien qu’en vrai je me suis écriée « oh putain ! » mais on m’accordera que cela ne change pas fondamentalement le cours du récit), « Bon sang mais c’est… putain, mais elle est là, l’alliance de la mère, à la main DROITE ! Mais c’est ça, c’est évident ! Ce n’est pas que le père ne porte pas d’alliance, c’est que… Ce sont des protestants, il porte l’alliance de l’autre côté, j’aurais dû y penser !! »

 

Grisée par tant de perspicacité, je décide de poursuivre mes investigations, de regarder le tableau comme je ne l’ai jamais fait, à la recherche de proof of evidence…

2 minutes plus tard, ma certitude est faite : coiffure crantée, collier en opaline, robe à fleurs petit col et manches ballon ¾, nous sommes en présence d’une famille sise dans les années 40. Une parfaite petite famille, papa, maman, leurs deux enfants, devant leur jolie maison avec jardin. Une parfaite petite famille protestante.

C’est alors que je me suis souvenue. Flash-back. Ce Dimanche, devant la poubelle, pendant que nous regardions notre futur tableau avec hésitation mais déjà tant d’envie, le marchand nous parlait, parlait, parlait, technique éprouvée dite du « ni vu ni connu je te soûle de paroles pour que sans réfléchir tu achètes ». Mais au milieu de la logghorée, il y eut ce  « c’est un peintre allemand, un peintre allemand coté, vous savez… »

L’inconnu qui ne porte pas d’alliance est en réalité un respectable père de famille, marié, dûment bagué, et mon mètre coloré apaisé… mon mètre carré coloré est un tableau de famille peint dans l’Allemagne des années 40.

Glurp.

Finalement, je choisis l’option B, père mais pas marié and fuck the société.

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8 Commentaires

  • Répondre Stelda 16 juillet 2012 at 9 h 25 min

    Tout un pan de l’histoire dans un mètre carré… c’est magique. Après, difficile de savoir qui ils étaient… le nom du peintre n’est pas déchiffrable ?

  • Répondre anacoluthe 16 juillet 2012 at 11 h 24 min

    @Stelda : non, malheureusement, il n’est pas signé (en même temps, le prix aurait grimpé si ça avait été le cas !)

  • Répondre charli 16 juillet 2012 at 15 h 18 min

    Nous achetons aussi pas mal de tableaux …..J’en récupére d’un ami brocanteur, surtout des marines……. je vais les regarder autrement ……………….

  • Répondre sabine 17 juillet 2012 at 13 h 38 min

    ton billet est terrible, j’ai arrêté de respirer en le lisant!

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2012 at 13 h 35 min

    @charli : c’est plus difficile de mener l’enquête avec des marines (tempête ou pas tempête ? Combien de personnes sur le pont ??) mais pourquoi pas !

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2012 at 13 h 36 min

    @sabien : héhé, merci, mais j’espère que tu as recommencé à respirer depuis…

  • Répondre 4enfants2bras 7 août 2012 at 23 h 28 min

    Ouais, ben moi aussi je vote pour « le pas marié, Fuck the société… » ça fait moins peur !

  • Répondre anacoluthe 24 août 2012 at 14 h 03 min

    @4enfants2bras : :-)

  • Répondre à sabine Annuler Répondre