Humeurs

Train Train

22 juin 2011

Ceci n'est pas un train, certes, mais je n'avais pas de TGV sous la main...

L’un des inconvénients du voyage ferroviaire avec enfant, c’est qu’on s’expose aux traditionnels questionnements dit à la morbac mais en huit clos. Impossible donc d’échapper à la litanie du « Mais Maman pourquoi blablabla ? » en prétextant une urgence vitale telle que la vaisselle à faire ou le dîner à préparer…

Et quand le train devient le sujet même des questions en train, l’enfer n’est pas loin. Exemple en à peine 2 minutes de temps :

« Maman, pourquoi il s’arrête dans la campagne le train ?
– Je ne sais pas, ma chérie…
Mais pourquoi il redémarre pas, le train, Maman ?
– Je ne sais pas, ma chérie…
Et ça va durer longtemps, Maman ?
– Je ne sais pas, ma chérie…
Et qu’est-ce qu’on attend, Maman ?
– Je-ne-SAIS-PAS-ma-CHERIE !! »

Soudain, l’espoir d’un début de réponse avec la mélodie des annonces SNCF : « Suite à un problème d’affichage dans la motrice, notre train est immobilisé pour un délai indéterminé »

« Maman, ça veut dire quoi l’affilage de la matrice ?

– Mais COMMENT veux-tu que je le sache, hein, je ne suis pas Dieu, je ne sais pas tout, et franchement, je ne vois pas à QUI je pourrais demander une explication sur ces scroneuneuh problèmes d’affichage de je ne sais quelle motrice, MA CHERIE ! »

Un scooter conduite par un mannequin nu, mais toujours pas de train...

Et soudain, dans le blanc étourdissant qui suivit ma tirade, la voix de la providence se fit timidement entendre à travers celle d’un jeune homme assis près de nous :

« Euh, eh bien, en fait, Mademoiselle, le TGV va trop vite pour que le conducteur puisse voir les panneaux de signalisation. Alors ils sont aussi affichés dans la motrice, la locomotive… Et si un panneau « stop » s’affiche sur l’écran, le train s’arrête automatiquement. Le conducteur va devoir vérifier si c’était un vrai panneau « stop » sur la voie, ou si c’est seulement un problème d’affichage. Il y a un cahier de procédure très épais, ça peut prendre 30 minutes… »

« Mais enfin, vous êtes Dieu ou vous travaillez à la SNCF ? » ai-je alors demandé ébahie au jeune homme.

« – Je travaille dans les ateliers de réparation des TGV » m’a-t-il éclairé.

C’est à ce moment-là que j’ai été saisi du démon du questionnement à la Morbac. J’ai harcelé ce pauvre garçon de pourquoi-comment sur les retards récurrents du TGV.

Un Riva mais toujours pas de train...

Tu sais que je suis affublée d’une manie de la curiosité qui me conduit à m’intéresser potentiellement à n’importe quel sujet, comme par exemple l’évacuation des eaux usées… Eh bien là, ma curiosité a été rassasiée, je sais désormais TOUT sur le pourquoi de l’augmentation des retards TGV, et comme je ne suis qu’amour, je m’en vais partager :

Number one, trop d’électronique nique la mécanique ! Le bon vieux TGV d’origine embarquait bien moins d’électronique, d’où sa fiabilité. Aujourd’hui, à la moindre neige un peu trop neigeuse ou gel un peu trop gelant, pim, y’a plus personne. C’est comme sur ta bagnole, donc !

Number two, trop peu de temps en fait perdre ! Les rames TGV passent régulièrement des contrôles techniques en atelier. Mais pour augmenter la rentabilité, il a été décidé de diminuer au maximum le temps d’immobilisation des TGV. Moralité, le temps gagné à réparer à la va-vite provoque plus de pannes de rames… et de temps perdu !

Number three, plus on est, moins on se parle ! Auparavant, il n’y avait qu’un seul atelier de réparation des TGV, à Paris : en cas de souci, les rames remontaient à vide pour être contrôlées par leur technicien attitré. Aujourd’hui – pour éviter la perte d’exploitation que représente un voyage sans voyageurs – on a dispatché des ateliers dans toute la France. Il n’y a plus un réparateur qui connaît chaque spécificité de son « bébé TGV », mais de multiples intervenants qui ne concertent pas forcément. On gère les réparations au coup par coup, sans vue d’ensemble, donc évidemment…

Mais enfin, vas-tu me demander, Dieu seul sait POURQUOI-COMMENT en est-on arrivé à une situation aussi absurde ?

En attendant Godot coincé sur le quai d’une gare, je crois…

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10 Commentaires

  • Répondre lorka 22 juin 2011 at 12 h 10 min

    Je crois que la somme de toutes ces petite chose qui nous enquiquinent la vie, de la vitesse du TGV et de ses réparations morcelées aux images bimbo que tu n’as que ‘à consommer ma grande comme on te l’inscrit dans la rétine, tient en un seul mot = rentabilité et Plaisir de l’actionnaire et des fonds de pensions.
    Créateurs de mode ou machino de TGV deviennent ainsi dépossédé de leur savoir et pète les plombs comme tout le monde…
    Suggestion de réflexion un peu abraracourcix, ça mériterait du temps… par contre comment faire machine arrière sans faire dérailler la loco, ça … ? une belle irruption volcanique peut être !

  • Répondre Camille 22 juin 2011 at 22 h 55 min

    Un truc m’échappe toutefois, c’est que tu décris ce jeune homme d’une manière fort sympathique, on dirait qu’il est normal.
    Or dans mon esprit, les gens qui travaillent en rapport avec la SNCF étaient forcément un peu demeurés. J’avais donc tort?

  • Répondre bergamote 23 juin 2011 at 8 h 52 min

    Ce voyage en train est vraiment riche d’expérience: tes principes d’éducation des enfants sont laminées certes, mais tu y as gagné une connaissance pointue du TGV … Ça peut servir!

  • Répondre Suzy 23 juin 2011 at 9 h 23 min

    Aaaaaah… si la SNCF pouvait aussi bien communiquer que ses techniciens… *soupir*
    Cela nous éviterait les dilemmes cornéliens un retour de week-end dans une gare de la Part-Dieu bondée… et les dialogues dignes de Beckett avec le Point Infos ! « Je dois prendre le train de 16 h 55 or il a 1/2 h de retard et le train de 17 h 17 va entrer en gare… est-ce que je peux monter dans celui de 17 h 17 ? »… « Non, madame, le train de 16 h 55 va arriver et il partira avant celui de 17 h 17″…. « Mais ce n’est pas possible puisque le train de 17 h 17 va arriver alors que celui de 16 h 55 qui a une 1/2 de retard n’est pas encore annoncé LUI ». « Oui, mais il va arriver et il partira avant celui de 17 h 17 « …???????? *GROS soupir »

  • Répondre anacoluthe 23 juin 2011 at 11 h 49 min

    @lorka : waoua, pont réussi entre nos deux billets ! Oui, on oublie l’homme (et la femme en tant qu’homme et pas juste objet) dans nos sociétés, sans doute… On a tout objectivité en instaurant l’argent comme valeur suprême, au détriment de l’humain…
    Mais il me semble qu’il y a une prise de conscience de plus en plus aigue, que beaucoup de gens se rendent compte qu’il faut redonner un sens à notre société, non ?

  • Répondre anacoluthe 23 juin 2011 at 11 h 52 min

    @Camille : mais-mais… tu vas te faire lapider en place publique, toi !!
    J’imagine qu’on ne voit que la partie émergée de l’iceberg SNCF… et j’imagine aussi qu’il faut être hyper balèze – et surtout passionné, c’était son cas ! – pour travailler sur des machines aussi complexes que les TGV !

  • Répondre anacoluthe 23 juin 2011 at 11 h 55 min

    @bergamote : ce qui m’a amusé – en plus du fait que c’était intéressant, c’est vrai – c’était le côté « tombé du ciel » de cette info… On peut vraiment apprendre partout !

  • Répondre anacoluthe 23 juin 2011 at 11 h 58 min

    @Suzy : J’ai du relire 2 fois avant de saisir les subtilités du dialogue, impressionnant ! Mais vous êtes bien rentrés, finalement ?
    A une époque, je faisais l’aller-retour Lille-Paris tous les jours, je pense que j’ai vécu l’ensemble des retards SNCF possibles… et ils sont vraiment nombreux ! (tandis que l’info est plutôt rare, malheureusement…)

  • Répondre GlamGoofyGirl 24 juin 2011 at 11 h 54 min

    Bon maintenant que tu es incollable en voies ferroviaires et autres panneaux de signalisation, ta prochaine mission sera d’essayer de nous expliquer le pourquoi du comment concernant la dégueulassité de leurs sandwichs à la SNCF, et surtout pourquoi ils sont aussi gelés même qu’un jour j’ai failli me péter une dent en croquant dans un fucking saumon cream cheese.

  • Répondre anacoluthe 24 juin 2011 at 15 h 52 min

    @GGG : L’enquête va être difficile, parce qu’en général, je monte dans le train avec mes propres sandwich dégueulasses achetés sur le quai de la gare…
    Mon hypothèse cynique, c’est que sur un marché aussi « captif » que la population d’un TGV, t’as pas trop besoin de faire d’effort pour choper du business !!

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