Humeurs

Cocoricouic

22 avril 2011

Côté pile, j’habite une maison en plein centre-ville, à portée de pied de toutes les commodités, pharmacie, mairie, boucher, boulanger, Promod.

Côté face – entre mon jardin et celui des nombreux voisins – j’habite à la campagne, avec cloches à la volée, arbres en fleurs, petits oiseaux qui chantent, chats qui miaulent et tourterelles qui tourtourent.

Ce serait le paradis, Vanessa, (tu permets que je t’appelle Vanessa ?) si certains voisins n’avaient pas visiblement surinvesti leur côté jardin.

Enfin, visiblement, je m’entends… Enfin, je m’entends, je l’entends LUI, plutôt… Le coq ! Ce coq fraîchement débarqué chez les voisins et qui depuis me pourrit les petits matins du week-end, avec son buzzer sans fin.

Oui, Bienheureux Ami citadin sans jardin, sache que c’est à peu près l’effet que ça fait, d’être tiré des bras de Morphée par un coq-matin, c’est comme si ton réveil sonnait, sonnait, sonnait, pendant ¾ d’heure, sans que tu puisses appuyer sur un bouton pour l’arrêter.

A 7H, le premier samedi, à demi endormie – et tentant de le redevenir complètement – je comptais les sonneries, tout en me disant que la langue française laissait à désirer en onomatopée, parce que « cocorico » ressemble autant au vrai chant du coq que des vacances avec enfants ressemblent à des vacances.

« Heu-eheuuuuuu-he » serait plus approprié, et beaucoup plus conforme à l’accent tonique, qui porte sur l’avant-dernière syllabe et non la dernière, comme le laisse supposer ce « Cocoricooooo », probable invention d’un ignorant savant citadin…

Arrivée au terme de ces passionnantes réflexions linguistiques, l’idée même d’un rendormissement me semblait assez illusoire…

A 6H58, le dimanche, j’en étais à calculer qu’en raison de la course du soleil inversement proportionnelle à ma courbe du sommeil, arrivée à cet été, à raison de 2 mn de soleil en plus par jour, et compte tenu du facteur aggravant « fenêtres ouvertes », je pouvais tabler sur un réveil à 5H12 le 14 juillet.

A 6H46, le samedi du deuxième week-end, je listais mentalement toutes les raisons valables de ne pas acheter un coq quand on habite en ville, parce que GrandUn, en gras et souligné en rouge « on habite en ville, justement » (vous me le copierez 20 fois),  GrandDeux, parce qu’en ville on a des voisins, beaucoup de voisins, qui ont une vie, un travail harassant, des enfants ultra chiants, des cernes récalcitrantes, des impôts à payer, et qu’on n’a pas le droit de leur saper leur seul putain de moment un peu réconfortant dans cette semaine de merde, la sacro-sainte grasse matinée du week-end, et GROS-GROS-TROIS, parce qu’à faire du tapage matinal comme ça, on s’expose à une potentielle vengeaaaaaance de ses voisins à bout, un tapage nocturne infernal, hurlements de dément, musique techno à fond, voire pire : cris de Mini-Monstre en Second à minuit et demi…

A 10h38, je sonnais chez les voisins, relistant mentalement tous mes argument imparables, et puis me redisant que j’agissais pour le bien de la communauté, les – pioufff, au moins 50 voisins que réveillait à lui seul ce chapon à la con.

A peine avais-je prononcé les mots « Je viens pour le coq… » que ma voisine m’a arrêté d’un geste de la main. « On va s’en occuper » m’a-t-elle assuré avant de me quasi-fermer la porte au nez sans que, frustrée, j’ai pu argumenter.

A 8H16, le lendemain matin, j’ai ouvert les yeux et les oreilles sur un silence assourdissant.

Lorsque j’ai croisé ma voisine dans l’après-midi, elle a passé son pouce sous le cou en riant « Alors, vous avez bien dormi, ce matin ? On a fait un coq au vin, ce midi ! »

J’espère au moins que les 50 voisins reconnaissants m’érigeront une statue du Sauveur, parce que – pour ma famille – je passe pour celle qui a quasi-étranglé un gentil coq innocent de ses propres mains sales.

« Menfin, c’est comme ça, c’est la campagne… » que je m’évertue à leur répéter, mais je sens bien que dans la partie de campagne, mes enfants préfèrent nettement la copulation des lapins à la tuerie des volailles…

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17 Commentaires

  • Répondre MissBrownie 22 avril 2011 at 12 h 05 min

    Et Zut… Je vais passer 1 semaine chez mes parents et j’avais oublié le coq…

  • Répondre electromenagere 22 avril 2011 at 13 h 26 min

    On peut dire que dans ton malheur tu as eu de la chance car tu n’as pas eu le temps de t’habituer au coq car crois-le on finit pas s’y habituer et c’est là que les voisins décident de festoyer d’un coq au vin.
    Ceci étant je voudrais savoir pourquoi on fait pas de mésanges au vin.

  • Répondre sabineetassocies 22 avril 2011 at 14 h 31 min

    t’es bien une citadine!! :) en fait même à la campagne c’est insupportable et nous aussi on les finit au vin qd ils nous réveillent (ouais parce que nous aussi, on aime dormir ) 😉

  • Répondre anacoluthe 22 avril 2011 at 15 h 05 min

    @MissBrownie : hum, bonnes vacances, alors…. en même temps, t’as déjà un bébé pour te réveiller tôt le matin, ça vaut pas… !

  • Répondre anacoluthe 22 avril 2011 at 15 h 07 min

    @electromenagere : ça ne m’aurait pas dérangé outre mesure si le coq avait accepté de ne sonner (oui, bon, « chanter » si tu préfères) QUE la semaine et pas le week-end…
    Mais là, s’habituer, non, je crois que c’était pas possible que je m’habitue à me réveiller entre 6h et 7h week-end compris…

  • Répondre anacoluthe 22 avril 2011 at 15 h 11 min

    @sabineetaasociés : ça, je suis une pure citadine, c’est exactement ce que m’a dit mon mari (un ptit gars du village, lui) !!
    Mais bon, on a déjà la pollution, les gars qui démarrent en trombe au feu, les djeunes qui chantent en sortant du concert… donc si on cumule les inconvénients de la ville avec ceux de la campagne, je démissionne !

  • Répondre Camille 22 avril 2011 at 23 h 53 min

    Tu peux éventuellement venir faire la même chose dans mon quartier? moi j’ai pas des coqs, j’ai des mecs bourrés qui crient jusque tard dans la nuit-tôt le matin, et parfois, c’est un peu pénible.
    merci beaucoup.

    (Vous allez faire du lapin à la moutarde?)

  • Répondre cranemou 23 avril 2011 at 15 h 07 min

    je préfère le lapin… à la moutarde…

    merde j’ai faim!

  • Répondre bergamote 25 avril 2011 at 23 h 08 min

    Je rentre de vacances, et qu’est ce que je vois:
    Grand Un (je pratique aussi) une superbe chemise comme je les aime, je vais filer chez le Promod (un peu loin!)…
    Grand Deux les « lapineaux » vont bien. Tu n’oublieras pas de leur parler de Tata et Tonton Berga, hein??? Au fait, j’habite en grande campagne et j’ai pas de voisin équipé d’un coq…. Hourra!!!

  • Répondre anacoluthe 26 avril 2011 at 14 h 30 min

    @Camille : le chant du mec bourré tard le soir + le chant du coq tôt le matin, mais ça va devenir l’enfer, chez toi !!

  • Répondre anacoluthe 26 avril 2011 at 14 h 31 min

    @cranemou : le premier qui touche à mes petits enfants lapereaux, je le badigeonne de moutarde !

  • Répondre anacoluthe 26 avril 2011 at 14 h 32 min

    @berga : pas de coq, veinarde ! (mais pas de Promod non plus, on ne peut pas tout avoir…)
    Repose toi bien, après ces vacances (oui, je trouve que les vacances sont souvent bien plus épuisantes que le boulot !)

  • Répondre Sosso 26 avril 2011 at 20 h 19 min

    Ici, je ne suis pas gênée par les caribous mais plutôt par les voisins eux-mêmes qui habitent à 2m50. Quand tu es aux WC et que la voisine te voit, bonjour….
    Bises de Montreal!!!

  • Répondre anacoluthe 30 avril 2011 at 8 h 03 min

    @Sosso : les grands espaces canadiens, c’est un mythe, alors ?! (c’est sympa de venir faire des bises depuis là-bas, en tout cas !)

  • Répondre Blogueuse égarée 2 mai 2011 at 18 h 58 min

    J’adore être réveillée par le chant du coq ! Je vis en ville, mais il y a quelques années, un voisin hébergeait un coq dans son garage, et j’adorais ça, ça me rappelle mon enfance à la campagne. Pauvre coq au vin.

  • Répondre anacoluthe 3 mai 2011 at 10 h 27 min

    @Blogueuse égarée : non, vraiment ? Réveillée si c’est l’heure à laquelle tu dois te réveiller, d’accord, mais réveillée une heure plus tôt, t’adores vraiment ?

  • Répondre Son vrai nom, c’est Paulette*… | la vie est une anacoluthe 26 février 2013 at 18 h 28 min

    […] comme moi, je hais la nature et ses habitants, j’ai aussitôt décidé de m’abonner à ce nouveau magazine, avant même sa […]

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