Humeurs

Au nom de la loi

10 décembre 2010

Quand je n’écris pas, j’écris.

Enfin, quand je n’écris pas ici, j’écris aussi, dans la vraie vie, celle où il y a et des loyers à payer, des enfants à nourrir et des tiers provisionnels à provisionner.

Mon meilleur ami de ma vraie vie de fille qui écrit, c’est le Directeur Artistique.

Le DA est un être habité : il voit mes textes et mes accroches et plof, soudain l’idée, une photo, 2 couleurs, et cela devient, cela est et cela restera la publicité ultime pour le protège slip aux bords profilés.

Le DA a un grave défaut, néanmoins : il ne sait pas lire.

C’est-à-dire qu’un DA ne lit pas le sens des mots, il les voit comme des blocs à caser quelque part, si possible tout petit, en bas à droite et dans une zone sombre, pour ne pas trop polluer l’image…

Oui, il faut savoir que les mots ont le même effet dévastateur sur les images que l’Amoco Cadiz sur les mouettes.

Mais ce n’est pas bien grave car le DA reste mon meilleur ami « à la vie à la mort jusqu’à la remise gravure ».

Et puis surtout, il y a quelqu’un d’autre qui est chargé de relire mes textes : le juriste, le meilleur ennemi de la fille qui écrit.

Le courrier du juriste, on l’ouvre toujours en tremblant et en se disant que, finalement, on aurait préféré recevoir le courrier du tiers provisionnel.

Un juriste qui relit, c’est comme une maîtresse face à la copie d’un cancre : ça biffe un mot sur deux d’un rageur « Non, impossible, mensonger, déposé, interdit !! »

Parce que si on devait faire un dictionnaire de la langue française en excluant tous les mots déposés par un obscur fabricant de chaussettes de la Meuse ou de jouets du Jura, en 30 pages, ce serait plié !

Un sacré coup de rabot à la langue de Molière et des années d’études économisées à ne pas étudier les mots interdits-déposés, merci l’INPI !

Alors, dans ce genre de cas, désespérée face à ma copie biffée, je hurle des insanités à l’invisible ennemi, le juriste, la loi, l’INPI : « Pourquoi, POURQUOI !! »

Finalement, mon destin de vraie vie de fille qui écrit est assez proche de celui du rappeur invité à la télé américaine : tous les trois mots, je suis bippée parce que j’ai employé un terrrrrrrible mot pas permis, tel que fuck your mother bonheur… (déposé par les fils de Louis Mulliez ou leurs apparentés)

Oui, le rappeur bling-bling et moi (et mes textes de protège-slip), on est des putains d’artistes maudits…

Ami, c’est pas la vraie vie ici, parce que jamais j’écris sur les protège-slip. Et jamais sur le bonheur non plus, d’ailleurs…

ah oui, mais forcément, si la justice n'est plus aveugle, elle relit en détails...

***

**************

****************************

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous aimerez peut-être aussi ...

17 Commentaires

  • Répondre Mlle toutouille 10 décembre 2010 at 12 h 23 min

    Nous on te comprend, fuck les DA, fuck ce monde de merde

  • Répondre sabine 10 décembre 2010 at 15 h 33 min

    Quoi, c’est pas toi qu’a écrit sur les protège slips? bah, c’est plus la peine que je lise les accroches sur le paquet alors!!!
    « il les voit comme des blocs à caser quelque part » : hihihi, c’est tellement ça!! J’ai pas bossé avec un DA mais le graphiste de notre service était terrible pour les papier il hurlait « j’ai dit 2000 signes, pas 2010!!!! » :)

  • Répondre sabine 10 décembre 2010 at 15 h 34 min

    « Quoi, c’est pas toi qu’a écrit sur les protège slips  » oh, ça c’est du bon français ma bonne rédactrice!!! désolée…

  • Répondre anacoluthe 10 décembre 2010 at 19 h 47 min

    @Mlle Toutouille : ah non non, j’aime les DA, j’idolâtre les DA, les DA sont Dieu (pas folle, la fille !)

  • Répondre anacoluthe 10 décembre 2010 at 19 h 50 min

    @sabine : Oui, enfin « DA » ou « graphiste » même combat, tu sais, disons qu’en l’appelant DA, tu as beaucoup plus de chance de faire ami-ami avec un graphiste…
    j’aime bien aussi le « tu peux me trouver 2 ou 3 mots pour remplir le blanc, là… »

    Mais mais MAIS, avis aux DA qui passent par là :
    « j’aime les DA, j’adore les DA, les DA sont Dieu » (x3)

  • Répondre anacoluthe 10 décembre 2010 at 19 h 51 min

    @sabine : tu me le copieras 3 fois, vilaine…

  • Répondre Rebecca 10 décembre 2010 at 23 h 30 min

    Je ne regarderai plus les paquet de protège-slip de la même manière! J’y verrai un DA terrible, un juriste biffeur et j’y chercherai une anacoluthe.
    Mais quel monde alors! Quand les mots ne font plus que remplir des cases… Et les autres, mots, soumis à la propriété intellectuelle! Arfff…

  • Répondre Camille 11 décembre 2010 at 3 h 51 min

    Tu penses qu’on va t’interdire les salles de concert? (comment ça j’ai rien compris?)

  • Répondre bergamote 11 décembre 2010 at 23 h 05 min

    J’aime bien quand tu parles de ta vraie vie!!! très loin de mon univers, mais ouah ça à l’air quand même flippant!!! je comprend ta liberté de rédiger sur le blog!

  • Répondre anacoluthe 13 décembre 2010 at 11 h 18 min

    @Rebecca : ah oui, mais heureusement, on ne vit pas dans un monde où on voudrait interdire un roman qui s’inspirerait d’un fait divers avec crime passionnel, ou d’un roman qui se passerait dans un magasin bien connu des parisiens… !
    Ah ben si, tiens…

  • Répondre anacoluthe 13 décembre 2010 at 11 h 19 min

    @Camille : La dernière fois que j’ai lancé des paquets de protège slip sur scène, pendant un concert, personne n’a compris la portée de mon geste…

  • Répondre anacoluthe 13 décembre 2010 at 11 h 21 min

    @bergamote : c’est pas le bagne, je te rassure ! Oui, écrire sans contraintes, quelquefois, c’est bien… en même temps, on s’invente tjs des contraintes, pour pouvoir jouer avec !

  • Répondre Isis Potins 13 décembre 2010 at 12 h 55 min

    excellent !!!! et dire que je suis juriste de formation, mais le journalisme m a sauvée !!!!

    vive la légéreté !!!

    isis

  • Répondre Mélisse 13 décembre 2010 at 13 h 58 min

    on a le droit de déposer des mots à l’INPI ???? WTF??? (heureusement qu’aucun juriste ne relit mes cours…)

  • Répondre anacoluthe 13 décembre 2010 at 16 h 57 min

    @Isis Potins : tu as su transcender les « forces du mal », bravo !!!

  • Répondre anacoluthe 13 décembre 2010 at 17 h 07 min

    @Mélisse : On dépose pas le mot en soi, mais ça revient au même, vu qu’on peut déposer sa marque ou ses « slogans » (un ou plusieurs mots) en tant que marque, dans des classes précises (textile, boissons, jouets, etc)
    Et comme les juristes sont de nature un peu frileuse, ils vont considérer que c’est dangereux – dans un dépliant où tu vends des vêtements par exemple – d’utiliser un mot dans une accroche, si ce mot a été déposé en classe « vêtements » par quelqu’un…
    Fais l’expérience en tapant n’importe quel mot ici, c’est édifiant :
    http://bases-marques.inpi.fr/Typo3_INPI_Marques/marques_recherche_marques.html

  • Répondre Au secours, 5 idées de cadeaux de Noël, viiiite ! | la vie est une anacoluthe 26 février 2013 at 17 h 53 min

    […] (je crois que c’est une punition qui m’est infligée pour avoir oser écrire que le Directeur Artistique ne sait pas lire…) […]

  • Répondre à Rebecca Annuler Répondre