Humeurs

Big sister

7 novembre 2016

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Buvons la honte jusqu’à la lie : j’ai oublié ton anniversaire hier*.

Un tout rond, pourtant, un de ceux qu’on n’est pas censé oublier, même quand on appartient à une famille où il est de coutume de s’envoyer mutuellement de discrets messages de rappel le jour J, généralement remerciés par un soulagé « Oh mon Dieu, c’est vrai que c’est aujourd’hui ».

Il faut croire que le téléphone familial a quelques ratés, tu l’auras compris. Je ne vais pas me cacher derrière le fait que j’ai exceptionnellement bossé ce dimanche – tiens, je t’ai dit que j’ai exceptionnellement bossé ce dimanche jour de ton anniversaire tout rond que j’ai oublié ?

Je ne vais pas te dire que les 9 123 km qui nous séparent – tu penses bien, j’ai vérifié – compliquent un tantinet les messages d’affection, nous savons toi comme moi que ça ne t’a jamais empêché de m’appeler, le jour, la nuit, toutes ces fois où j’avais besoin de toi. Malgré la distance et les fuseaux horaires.

Cette distance devenue quasi consubstantielle de notre relation. A 15 ans, déjà, tu habitais le 3ème étage et moi le 2ème dans notre maison de Bezons la rouge. Parfois, j’osais quitter l’étage familial – celui de Papa, Maman, notre frère et moi – pour m’aventurer sur tes terres, dont tu me virais avec tout le ménagement dont est capable une ado avec sa petite sœur.

Et puis, tu es partie, pffff, disparue de mon horizon avant que je réalise qui tu étais. Tu faisais tes études en Angleterre, j’entrais dans l’adolescence en Ardèche, destins lointains.

Il aura fallu ces quelques années sous le même toit et sous les toits parisiens pour nous trouver, tu vois je ne dis pas nous retrouver, car je crois que jusqu’alors, nous ne nous connaissons pas. Tu m’accueillais chez toi, tu me guidais dans ce Paris dont j’ignorais tout et cette vie d’adulte que j’ignorais plus encore. Ta présence en ces temps troublés m’a été si précieuse, l’as-tu réalisé ?

Tu t’élances dans la vie 6 toujours d’avance sur moi, ce m’est une bonne raison d’avancer, comme l’âne et sa carotte, moi si souvent têtue et prompte à m’arrêter. Toi, toujours, tu cours, tu balayes de la main les revers les soucis, politesse énergique, car ce serait se tromper que de croire que tu en es préservée.

Et tu es au loin.

La douleur s’est un peu atténuée, te voir partir, déménager à l’autre bout du monde, alors que nous venions à peine de nous découvrir, m’a arraché le cœur, Big Sister.

Tu n’es jamais vraiment revenue.

Il y a bien les étés, je sais, il y a eu quelques mois entre deux pays, deux métiers. Mais nous n’aurons plus jamais le quotidien, les petits riens échangés quelques minutes et tiens, on se voit demain ? Tu vois, les larmes montent en écrivant cela, parce que je réalise que tu me manques tellement, même si je ne te le dis pas, même si je ne t’écris pas – tu sais comme je suis douée pour les écrans de fumée qui cachent même à moi ce qu’on ne veut souffrir –  et même si je suis cette petite sœur en carton qui oublie ton anniversaire tout rond.

Dis, quand nous serons bien vieilles, tu crois qu’on se retrouvera sous les toits, toi et moi ?

*Bon, en même temps, c’est pas grave, parce que je réalise en publiant ce billet, qu’hier c’est aujourd’hui, et que toutes ces photos que j’ai vu passer sur les réseaux sociaux de toi fêtant ton anniversaire à l’autre bout de la terre, c’est juste parce que tu le fêtais le dimanche veille de la date officielle ! Buvons la honte jusqu’à la lie : j’ai cru que j’avais oublié ton anniversaire d’hier aujourd’hui !

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3 Commentaires

  • Répondre Amiral Dourakine 8 novembre 2016 at 22 h 53 min

    Merci, merci, merci pour ce billet tellement émouvant, tellement vrai.

    • Répondre anacoluthe 9 novembre 2016 at 19 h 57 min

      @amiral dourakine : merci pour les merci 😉

  • Répondre sabine 9 novembre 2016 at 22 h 10 min

    mes frères et sœur ne sont pas très loin et je les vois régulièrement. Pourtant nous n’avons plus de quotidien. Nous n’en aurons plus jamais. Quand j’ai emménagé avec mon Grand Mari (bien avant notre mariage) j’ai pleuré le soir même sur cette tablée de 7 que nous ne serions plus jamais. Une fois, on s’est retrouvés à les 5 avec nos parents seulement, il y a deux ans. Mais tout avait changé, nous étions grands.
    Bref, t’as bien fait d’écrire ce si beau billet.

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