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Ma première braderie…

19 juillet 2016

La braderie, sport régional nordiste que je n’avais étonnamment jamais pratiqué encore. Côté vendeur s’entend, côté badaud du dimanche/acheteur de merdouilles/mangeur de frite, si.

Se lancer dans une braderie, c’est une course de fond : 10 jours avant, on se présente à l’heure dite dans une obscure salle des fêtes pour réserver sa place, et on réalise à la longueur de la file d’attente qu’on aurait mieux fait de se présenter 30 minutes avant l’heure dite.

Béotien, on n’a pas pensé à apprendre par cœur le plan de la bataille, communément appelé « rues du quartier » afin d’y repérer les places convoitées et les places maudites : on devra donc se fier aux conseils murmurées à voix basse par une âme charitable « je crois qu’il reste 6 mètres rue Dupuis, ça vend bien rue Dupuis… ».

Lorsqu’on a enfin réussi à atteindre le cerbère de la rue Dupuis, défendant sa place dans la file d’attente en jouant des coudes et du sac à main, on verse l’obole : quelques euros par mètre, une pièce d’identité, le tour est joué, on pense innocemment que le plus dur est passé.

Si on savait… Qui n’a jamais pénétré dans ma cave et tenté de se frayer un chemin parmi les poussettes, les cartons de jouets et les objets non identifiés ne connaît pas l’enfer. Marie Kondo ferait une crise d’apoplexie rien qu’en regardant ce bordel.

Alors, courageusement, on a commencé à vider les lieux : un tas direction déchetterie, un tas direction braderie, résistant à l’envie de tout mettre directement dans le tas numéro un. On a classé, lavé, fait sécher, repassé, retrouvé les pièces de puzzle, recousu les boutons…

A la fin du week-end, le bordel de la cave avait fière allure, étiqueté et emballé, envahissant la salle à manger : oui, faire une braderie, ça consiste en réalité à transporter un bordel d’un point A à un point B, en transitant par la salle à manger.

braderie-doudou

Le jour J, à cinq heures quinze du matin un jour férié, on chargeait deux voitures de merdouilles bien rangées.

A cinq heures quarante cinq, on arrivait sur le champ de bataille où s’affairaient déjà une fourmilière de bradeux, installant tréteaux, portants, chaises de campings et puis tous leurs trésors : service à café, jouets de plage, chemises hawaïennes, vieux magazines, nécessaires à campings, paniers en rotins, lithos jaunis…

Dans le matin blême, tandis que chacun s’apostrophe pour manœuvrer son véhicule au milieu des stands et défendre son mètre linéaire chèrement acquis, on se demande qui est le plus fou, de celui qui vient si tôt tenter de vendre quelques piécettes les merdouilles de sa cave, ou de celui qui viendra deux heures plus tard les acheter pour encombrer la sienne.

Pourtant, tout n’est pas « merdouille », dans ce qu’on vend, il y a même de belles pièces, des choses qu’on a ardemment désirées il y a quelques années, qu’on a fini par acheter même si c’était une folie. Mais ici, à la braderie, vanitas, vanitatum et omnia vanitas, vêtement de marque ou premier prix, livre d’art ou de poche, peu importe, tu es merdouille et tu retourneras à la merdouille, cédé à 1€ après d’âpres négociations.

Car oui, même si les prix de base sont déjà dérisoires, ils sont négociés ! Enfin, pas par tout le monde, on observe étonné que la capacité de négociation est inversement proportionnelle au porte-monnaie. Les modestes s’enfuient à l’annonce d’un prix trop élevé – un extravagant 3 euros pour un chemisier acheté 60 – tandis que les nantis, sûrs de leur fait, sourient et négocient.

A la fin de la journée, on remballe le bordel. D’aucuns n’ont pas pris cette peine, abandonnant sur place les merdouilles qui n’ont pas trouvé preneur. C’est l’apogée des vanités : ce qui était à vendre il y a encore un quart d’heure – à un prix dérisoire, certes mais à un prix – gît, abandonné, dévalué, prêt à jeter.

Alors certes, après beaucoup d’efforts – et après avoir affronté quinze minutes de grêle sur un stand non bâché puis trois heures de braderie avec des vêtements trempés – on a gagné plus d’argent que si on s’était contenté de tout porter à la déchetterie.

Mais on repart avec un sentiment totalement déroutant : l’absurdité des choses.

A quoi bon acheter, posséder des objets, puisqu’au fond, tôt ou tard, ils n’auront pas plus de valeur que quelques pièces au fond d’une poche…

Bref, on a fait sa première braderie.

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3 Commentaires

  • Répondre Je ne suis pas une poule 20 juillet 2016 at 9 h 53 min

    He ouii… Jje suis passée une fois de l’autre côté du trottoir pour vendre mes merdouilles en prévison d’un déménagement à l’autre bout de la France. Et en fait j’ai aimé ça. Il faisait beau, il faisait chaud, ça sentait bon la cave humide… les badauds avaient le sourire et nous avons fait des heureux en nous débarrassant, pour presque rien de choses dont nous ne nous servions plus.

    • Répondre anacoluthe 25 août 2016 at 11 h 16 min

      La météo est déterminante pour la réussite d’une braderie… et le plaisir qu’on y prend ! Sous la pluie, ça devient vite glauque…

  • Répondre Claire de My Nomad Family 27 septembre 2016 at 11 h 30 min

    Et moi je me lance dans ma première ce weekend et mon salon commence déjà à se remplir !!!!

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