Beauté Lu !

Mais c’est quoi, des cheveux « sales » ?

20 mai 2016

cheveux-sales

Techniquement, les cheveux sales c’est juste une bonne dose de sébum + un zeste de poussière collé dessus, comme je l’ai appris grâce au dermatologue interviewé pendant le tournage pour E=M6.
#teasing #billetasuivre!

Mais le « sale », c’est bien plus que ça : Il y a toute une mythologie autour du sale et du propre.

Un inconscient personnel et collectif dont on ne prend pas forcément conscience, sauf si comme moi on est adepte de pratiques chelous telles que le lavage des cheveux sans shampoing !

Et qui plus est quand on pratique par ailleurs le lavage de la peau sans savon, le lavage des dents sans dentifrice, le déodorant à l’huile de coco ^-^

Quand j’ai commencé à m’interroger un peu sur tout ça, j’ai réalisé que le propre est souvent associé à la santé, à la pureté, au respect de soi et des autres, à l’ordre, alors que le sale, c’est le laisser-aller, la pauvreté, la maladie, les microbes, le non-respect d’autrui, la part primitive en nous…

Et je me suis dit que c’était bizarre, en fait tout ça, quand on pense à quelques trucs en vrac comme :

  • le danger de vivre dans nos environnements contemporains trop « propres » qu’on soupçonne d’être à l’origine de la multiplication des allergies : notre système immunitaire n’ayant plus rien contre quoi nous défendre attaquerait des ennemis imaginaires…
  • Les produits que nous utilisons pour nous « nettoyer » et qui sont chimiquement bien cracras, et peuvent nous rendre malades.
  • Les animaux qui sont naturellement propres et qu’il est même dangereux de « baigner » trop souvent : bien loin de cette « part animale » dont on se rapprocherait en étant sale, donc !
  • Les animaux encore eux, qui se soignent en se « salissant » c’est-à-dire en se roulant dans la boue (l’équivalent de nos cataplasmes à l’argile ?!)
  • Le nettoyage à l’eau aujourd’hui synonyme de propreté qui était totalement proscrit de la renaissance au XVIIè siècle : on accusait l’eau de transmettre les maladies, et on pensait au contraire que la crasse en protégeait ! Et contre les odeurs, on utilisait donc des parfums…
  • Le fait que certains peuples – par exemple dans des zones désertiques – se nettoient sans eau. Le principe : faire un feu dans un espace restreint, de manière à transpirer, puis essuyer cette transpiration.
  • Les « microbes » ne sont pas « sales » dans l’absolu, sans microbes, pas de vie ! Et à force de tout désinfecter à grand coup de javel, on risque de rompre les équilibres bactériens naturels, et rendre d’autres germes résistants !
  • L’obsession du « propre » peut rendre certaines personnes malades, avec les TOC de nettoyage occupant une grande partie de leur journée…
  • Le paradoxe du gant de toilette, longtemps considéré comme l’accessoire indispensable pour se laver – et en particulier les parties considérées comme les plus « sales » du corps – alors qu’on sait maintenant que le gant est un nid à microbes (les mauvais !). Très révélateur de ce postulat que le corps – et surtout l’intérieur du corps – est symboliquement « sale »…

 

Il semblerait donc que le « propre » n’est pas toujours aussi pur qu’il voudrait le faire croire !

En cherchant de la documentation pour étayer mes intuitions, je suis tombée sur un extrait passionnant d’un livre de Geneviève Heller, « Propre en ordre : habitation et vie domestique 1850-1930 : l’exemple vaudois » (un poil long, ce titre, Geneviève !).

Elle explique très bien que nous sommes les héritiers de la pensée hygiéniste du XIXème, époque à laquelle on a théorisé une approche scientifique, médicale et morale du propre et du sale.

Au XIXè, le propre devient le pur, le sale l’impur, le propre le sain, le sale le malade. Respecter le propre est donc une exigence sociale à laquelle chacun doit se soumettre. Les bourgeois « éclairés » se veulent « précurseurs » dans ce « progrès social », et mènent campagne pour éduquer les classes populaires associées dans l’esprit de l’époque à un combo (pas du tout manichéen !) « pauvreté-saleté-amoralité »…

Elle explique aussi que la séparation entre sale et propre est symbolique – ce qui veut dire concrètement que cette séparation n’est pas objective mais au contraire fluctuante à travers les âges et selon les cultures, mais qu’on retrouve toujours cette idée de système : « nous concevons la saleté comme une une sorte de ramassis d’éléments rejetés par nos systèmes ordonnés (…) La saleté est une chose qui n’est pas sa place, remettez-la à sa place et saleté elle aura cessé d’être ».
En clair, des chaussures sur la table ou des intruments de cuisine dans la chambre, c’est « sale » car ce n’est pas leur place.

J’ai trouvé son analyse intéressante, car elle me permet de mieux comprendre les réactions que peuvent parfois susciter les méthodes de lavages « alternatives »  : sans forcément le réaliser, on est tous très conditionné par une certaine idée du propre – une pureté qu’on se doit de respecter sous peine d’opprobre sociale – et donc assez frileux quand il s’agit de modifier nos habitudes, par peur que ce « propre » ne le soit pas assez…

Alors que franchement, un bon filtre Snapchat et le tour est joué pour se métamorphoser en Princesse de la Propreté, hein !

snapchat

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5 Commentaires

  • Répondre jeunevieillispas 20 mai 2016 at 9 h 10 min

    Tu as raison, je vais snapchatter toute ma maison !

    • Répondre anacoluthe 20 mai 2016 at 10 h 07 min

      Ah ah, si seulement les filtres Snapchat pouvait aussi filtre les poussières et les acariens, ce serait tellement cool ! (enfin, remarque, pour avoir un bel intérieur, tu cadres serré sur un bel objet, et hop ! Ca s’appelle Instagram, je crois 😉 )

  • Répondre Marylin 20 mai 2016 at 9 h 46 min

    Très intéressant.
    Je suis assez effarée de certaines réactions disproportionnées au sujet de la propreté aussi.
    Des idées bien reçues depuis l’éducation selon moi, et jamais remises en questions.
    Mais bref, c’est un autre sujet.

    Pour ma part, concernant les cheveux, un jour il faudra que je tente la cure de sébum (un mois sans lavage de cheveux).
    Je me tâte encore, j’avoue, ça me fait un peu flipper, mais les témoignages semblent unanimes sur les bienfaits du truc…
    Si je le fais j’en fais un article, promis ! ^^

    • Répondre anacoluthe 20 mai 2016 at 10 h 14 min

      Oui c’est ça, en fait, l’idée de la propreté, je pense que c’est un mélange de choses reçues de nos parents, de la société , et on le met très rarement en questions… Et il y a cette obsession pour le « propre toujours plus propre » dont on sait maintenant qu’il est dangereux pour la santé, mais c’est très dur de changer notre perception, parce que c’est inconscient…
      Je sais pas, ça doit être plus simple pour l’être humain de penser que le monde est divisé en 2 catégories bien distinctes – le sale et le propre – alors que la vie biologique est bien plus subtile que ça, c’est plutôt un équilibre de forces en présence, qui devient pathogène si l’équilibre est rompu…

      Pour la cure de sébum, t’y vas fort, c’est le truc ultime du no poo ! En fait, d’un côté tu as le mois sans rien où tu ne « laves » pas mais tu peux faire des water only (lavage à l’eau) et shampoing sec, et sinon la cure de sébum où tu ne laves pas du tout, mais tu brosses pour faire descendre le sébum… Ca peut être bénéfique, mais faut être prudente quand même, parfois certains cheveux n’apprécient pas trop, ils sont « étouffés » en racine… Enfin bref, renseigne-toi bien avant de te lancer !

  • Répondre Lela1981 20 mai 2016 at 11 h 29 min

    Excellent article ! Je suis pour ma part souvent choquée par ces parents qui donnent le bain à leur bébé tous les jours. Je comprends le moment privilégié, le plaisir de l’eau et de ce moment calme (quoique ça dépend des bébés !), mais franchement : est-ce qu’un bébé se salit assez pour être lavé tous les jours ???!!! A part le change qui est normalement nettoyé à plusieurs reprises dans la journée, le reste est quasi propre à mes yeux.
    Mes enfants ne sont jamais lavés plus de 2 fois par semaine, et je n’utilise plus une goutte de shampoing sur leurs cheveux, et très honnêtement, ils ne s’en portent pas plus mal : leur peau et leur cuir chevelu ne sont pas irrités, et on gagne un temps considérable ! (par contre, c’est certain : lavage de main, débarbouillage de bouille et hygiène intime obligatoire !)

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