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Trepalium sur Arte, la série d’anticipation qui questionne notre rapport au travail…

14 février 2016

trepalium-affiche

Imaginez un monde où 80% de la population est au chômage, et où les 20% d’actifs se sont réfugiés derrière de hauts murs infranchissables pour préserver leurs privilèges…

Sur le papier, ce pitch anxiogène ne fait pas rêver, mais sur écran, ça donne l’excellente série d’anticipation d’Arte Trepalium, et je vous jure que ça vaut le coup d’aller regarder le replay !

Si comme moi vous avez raté les 3 premiers épisodes, rattrapez-vous avant mercredi en replay, puis jeudi soir sur Arte pour la suite et fin !

Alors, faut-il être maso pour regarder Trepalium, dont le nom s’inspire de l’étymologie latine de travail, tripalium, qui signifie littéralement « instrument de torture » ?!!

Non, deux fois non !

D’abord parce que visuellement, ça claque !

Vous ne trouvez pas que c’est un des plaisirs des séries d’anticipation, observer tous les détails qui composent ce monde du futur qu’on nous propose ?
Moi en tout cas, j’adore ça ! Je suis même allé voir Elysium – un film d’anticipation au scénario pourtant assez indigent – rien que pour les décors sublimes de la planète Elysium…

Dans Trepalium, le décor est hyper important pour installer l’atmosphère si particulière de ce futur impersonnel et angoissant, façon 1984 : maisons toutes pareilles à perte de vue, immeubles gris et froids… une partie de la série a d’ailleurs été tournée dans le célébrissime siège du Parti Communiste français de Niemeyer, ironique pour une série qui dénonce les dérives totalitaristes du capitalisme poussé au maximum de sa logique !

Trepalium-ville

Même les costumes sont travaillés pour installer une ambiance spéciale, très rétro-futuriste : vous vous souvenez dans Her, le dress-code de Joaquim Phoenix avec ses pantalons taille haute de Papy ? Dans Trepalium, même brouillage spatio-temporel des codes vestimentaires. On est à la fin du XXIème siècle, mais les vêtements semblent tout droit sortis des années 40. Hasard ou coïncidence, alors que cette société prône des valeurs familiales très pétainistes ?!

Et puis, il y a tous ces petits détails du quotidien hyper créatifs, qui crédibilisent l’anticipation : je me souviens par exemple du « masque à maquillage » dans le Cinquième élément (siglé Chanel évidemment, placement produit oblige !) : Leeloo se le plaçait sur les yeux nus, et en 10 secondes, elle était maquillée !

Dans Trepalium, la petite fille a une poupée parlante très évoluée, capable de déceler ses émotions, et elle apprend depuis chez elle, grâce à une tablette ultra-perfectionnée. Il y a aussi ces boîtes-repas qui maintiennent au chaud les repas des employés, mais se verrouillent quand le temps de la pause est dépassé…

trepalium-costumes-600

 

Et puis bien sûr, l’autre plaisir de l’anticipation, c’est que ce futur… nous parle de maintenant !

Prendre un thème en germe dans nos sociétés d’aujourd’hui, et le pousser à son maximum pour mettre en lumière ses dangers, c’est un procédé largement utilisé, et toujours aussi redoutablement efficace.

Pensez au thème de la solitude comblée par la technologie dans Her (Siri, es-tu là ?!), à celui de la place des robots dans la société – métaphores des immigrés ô combien d’actualité – dans Real Human, au rôle jouée par la culture dans Fahrenheit 451 (écrit en plein maccarthysme !), à la liberté de penser dans 1984 (critique à peine voilée du communisme), au thème de la rareté de la nourriture dans Soleil vert (alors qu’émergeait l’écologie)

Dans Trepalium, le thème principal, c’est bien sûr la place accordée au travail…

« Est-ce que c’est vraiment obligatoire de travailler pour avoir le droit d’être quelqu’un ? »

La problématique est posée dès le premier épisode par le personnage de l’instituteur de la zone.

Les questions sous-jacentes sont nombreuses quand on regarde cette série : Est-on responsable de son inactivité ? Qu’est-ce qui donne sa dignité à l’homme ? Quel partage des richesses est équitable ? Jusqu’où peut-on aller pour conserver un travail ?

Au fur et à mesure des épisodes, on en vient d’ailleurs à relativiser la position des soi-disants privilégiés que sont « les actifs », esclaves de leur peur de perdre leur travail, et prêt à toutes les abjections pour le conserver.

On notera d’ailleurs au passage ce paradoxe : si les « actifs » pensent les « zonards » comme dénués de toute dignité (s’ils sont là, c’est qu’ils l’ont mérité, dit l’une des actives), les zonards – contrairement aux actifs – pensent le monde et l’enseignent encore à leurs enfants dans des écoles, là où les « actifs » ont perdu tout sens critique, et abandonnent l’enseignement de leurs enfants à des machines…

Le rapport à l’école comme pré-figuration du rapport au travail, voilà un thème qui m’est cher… et voilà pourquoi peut-être, entre autres, cette série m’a autant plu !

 

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