Humeurs Maman

La différence

10 décembre 2015

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Moi, je voulais juste avoir un enfant.

On n’est pas préparé, pas plus armé ou résistant que les autres parents, lorsqu’on a un enfant « différent ».

Et pourtant, on bascule dans autre chose, le continent invisible des différences. Le regard qu’on pose sur soi, sa vie, celle de son enfant, le regard que les autres posent sur nous, change.

C’est quelqu’un qui m’a dit « Je suis veuve, mais je n’aime pas ce mot, ce n’est pas moi », et intimement, j’ai compris ce qu’elle voulait dire. Certains mots font jaillir autour d’eux un magma de projections fantasmées – mélange d’idées reçues, de reportages de bas étage, d’inconscient collectif, de méconnaissance… – dont il est difficile de se dépêtrer.

Que faire avec tout cela ? Aujourd’hui, je ne sais pas, avancer me demande déjà une telle somme d’énergie que je n’ai pas toujours les ressources ou la lucidité pour formaliser mes pensées.

Je me suis longtemps culpabilisé que cette fichue maladie devienne le centre de ma vie, au risque précisément de m’enfermer dans la ‘différence’. Peut-être qu’un jour, quand les choses seront plus apaisées – et elles s’apaisent, petit à petit, malgré tout – que j’arriverais à faire bouger les lignes.

Mais peut-être aussi, que lutter contre n’est pas la seule voie, peut-être qu’il y a un cheminement au cœur de tout ça.

Ma fille fait son chemin, elle apprend énormément de sa « différence » justement, elle sait par exemple relativiser le regard des autres, décrypter leurs jugements, et ne plus s’y laisser enfermer… A l’inverse, elle a développé une grande capacité d’empathie à l’égard de ceux qui croisent son chemin, elle les questionne sur ce qu’ils ressentent, perçoit leurs doutes, comprend ce qui fait leur « différence » à eux.

La nouvelle école qu’elle fréquente y est pour beaucoup : les élèves « différents » – et leurs différences sont toutes différentes les unes des autres ! – y sont accueillis avec une grande bienveillance, et un objectif clair : leur redonner confiance en eux, pour leur redonner confiance en l’école.

Peut-être que c’est cela, que petit à petit, je perçois. On ne choisit pas la différence, mais il faut – plus que l’accepter – s’appuyer dessus pour en percevoir les richesses…

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8 Commentaires

  • Répondre sophie 10 décembre 2015 at 16 h 29 min

    moi sophie F maman d’une déficiente visuelle, précoce, phobique, je vis avec la différence de mes enfants, chaque jour, on prend les mêmes et on recommence…quand ça s’apaise on se dit que la pirouette, la métaphore que tu décris en fin de billet est en train d’aboutir….alors, on renait, revit, rebombe le torse, oublie…et puis pafffff, une nouvelle vague te refouette la tronche, et là évidemment gros coup de stress…. il existe des cycles, et certainement un grand cycle vertueux au final (enfin je m’accroche à cette idée) mais au moment où on a la tête en bas c’est quand même toujours aussi épuisant, lessivant même après tant d’années…l’extérieur du cocon familial reste d’une rare violence…
    bienvenue au club
    ne me remercie pas de te remonter le moral ….argh
    psssst sinon j’ai vu le goût des merveilles ça m’a fait un bien fou 😉
    sophie

  • Répondre lutecewoman 10 décembre 2015 at 17 h 43 min

    Ha une école comme ça dans le super chouette roman pour enfants d’Hélèna Villovitch (Ferdinand et ses micropouvoirs). Et c’est chouette à lire parce que c’est drôle et tendre et très bien écrit – tout à fait le genre à partager justement avec toi et ta petite ! http://www.amazon.fr/Ferdinand-ses-micropouvoirs-Hélèna-Villovitch/dp/2211204724

  • Répondre jeunevieillispas 10 décembre 2015 at 20 h 45 min

    Bien sûr un billet très touchant…

  • Répondre anacoluthe 11 décembre 2015 at 9 h 59 min

    @sophie : tu décris bien ces cycles qui sont c’est vrai très éprouvants… Tu vois, j’écrivais encore ça hier et ce matin hop, rebelote dans le compliqué, et mon ventre qui se tord, et le ras le bol qui revient…

    Après, voilà, je ne sais pas, il y a ce truc en moi (on va dire que c’est la sagesse de l’âge) qui me fait entrevoir que tout ce que nous vivons – et je veux dire même les choses terribles – nous construit. Tout ce que nous vivons, fait de nous ce mélange à nul autre pareil qu’on appelle un être humain.

    Alors, dans cette grande perspective, je relativise (comme je peux !)…

    Vu hier la bande annonce du goût des merveilles sur France 5, ça a l’air pas mal oui !

  • Répondre Marylin 11 décembre 2015 at 10 h 58 min

    Nice job, miss !
    <3 <3 <3

  • Répondre anacoluthe 11 décembre 2015 at 16 h 58 min

    @lutecewoman : oh cool merci pour le conseil lecture, ma fille adore lire justement !

  • Répondre anacoluthe 11 décembre 2015 at 16 h 58 min

    @jeuneviellispas : 😉 merci…

  • Répondre anacoluthe 11 décembre 2015 at 16 h 59 min

    @Marylin : petit à petit, ça évolue…

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