Ecrit !

L’aller retour

17 septembre 2015

cimetiere

Rien n’a changé sous le ciel de Provence.

Tandis que nous marchions de l’église au cimetière, procession noire sous l’éclatant soleil, je me disais, décidément, voilà un bel endroit pour mourir.

L’ocre rose orangé des maisons du village – couleur sorbet passé de tant de soleil – le calvaire tout là haut, cyprès plantés comme des pinceaux le long de son chemin escargot, et puis, encore plus haut, le Mont Ventoux, pas celui des cyclistes, le Ventoux familier, masse bleutée, blanchie en son sommet.

Rien n’a changé, hormis ma grand-mère couchée sous la terre, près de son mari sa mère son père, comme elle aurait aimé.

Juste avant sa mort, mon arrière-grand-père, son père, choisissant son caveau tout en haut du cimetière, disait, serein « Je serai bien, j’aurai une belle vue… ».

Et je revois enfant ces croix que nous faisions sur sa tombe de pierre, avec des petits cailloux, pendant que ma grand-mère allait chercher l’eau pour arroser les fleurs. Ce n’était pas triste, c’était la tombe de celui que nous aimions.

Quand seront passés la tristesse et le deuil, quand la douleur de ce qu’elle a souffert les derniers mois sera presque oublié, quand je n’aurai plus en tête son corps couché dans le cercueil, et le rituel des vis une à une serrées, et le cachet de cire chauffé et apposé, toutes ces choses qu’on fait pour signifier la mort, mais qui n’ont rien à voir avec celle qu’elle était, alors, resteront les souvenirs de ma grand-mère vivante.

Douce, bienveillante et vivante.

Voilà, tout est achevé, nous a dit le prêtre avant l’inhumation, tout est achevé, mais tout commence.

Et tout a recommencé, déjà, c’est vrai, les rires les discussions, comment vas-tu depuis tout ce temps, 5 ans déjà, et ta fille dis, tu te souviens quand nous étions enfant, et on avait tant ri à ce mariage, la vie d’une famille, pour un temps réunie, les cousins des quatre coins de France de cette grande famille – 16 neveux et nièces, pensez-donc – et à chaque mariage, à chaque enterrement, réaliser le temps qui passe, les enfants qui grandissent et les grands qui vieillissent.

Et puis rentrer chez soi, chez moi, de Marseille à Lille, 1h30 d’avion à peine.

Rien n’a changé ou presque, sous le ciel de Provence.

provence-un

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8 Commentaires

  • Répondre jeunevieillispas 17 septembre 2015 at 10 h 07 min

    Très joli texte…

  • Répondre anacoluthe 17 septembre 2015 at 22 h 02 min

    @jeuneviellispas : merci <3

  • Répondre lilu 18 septembre 2015 at 12 h 16 min

    L’écho au décès de mon grand-père, partil il y a 1 an avec le soulagement que crée la maladie et l’immense tristesse de ne plus entendre son rire, de plus avoir son avis sur la vie….
    Il me manque tant et en meme temps, il a réussi meme en partant à nous réunir encore, comme il aimait tant.

    Les larmes humidifient les yeux et le sourire se dessine au détour d’un souvenir…

    ET tes mots qui font écho à notre au-revoir, à son absence et la vie qui continue…

  • Répondre sosso 18 septembre 2015 at 12 h 52 min

    La dernière fois que j’avais mis les pieds dans le cimetière, je n’avais pas 10 ans et avec ma mamie, on s’était fait disputées : Je chipais des fleurs sur les tombes très fleuries pour en mettre sur les tombes où il n’y avait rien…
    Le jour de l’enterrement, en repartant, je l’ai refait… Je suis sûre que mamie a ri…
    Merci pour tes mots.

  • Répondre MissBrownie 22 septembre 2015 at 11 h 28 min

    Petites, ma sœur et moi adorions aller sur la tombe de notre grand-père. On s’amusait bien dans le cimetière.

    Ton texte est doux. Je l’aime bien.

  • Répondre anacoluthe 22 septembre 2015 at 13 h 40 min

    @lilu : comme tu le dis bien, il y a parfois une part de soulagement, quand la maladie, la souffrance, la vieillesse tout simplement, transforme le quotidien de nos proches en épreuves, pour eux, pour ceux qui les entourent.
    C’était le cas pour ma grand-mère, même si je ne l’ai pas vécu directement, mais ce qu’on m’en a raconté hante mes pensées…

    Soulagement qu’elle soit partie, tristesse de savoir que ses dernières semaines ont été difficiles…

    Avoir réussi à nous réunir, je me suis fait la même réflexion pour ma grand-mère qui était très attachée à faire vivre l’esprit familial !

  • Répondre anacoluthe 22 septembre 2015 at 13 h 44 min

    @sosso : c’est joli et émouvant ce que tu racontes… J’aime bien cette idée de mettre un peu de l’espièglerie dans ces lieux trop tristes, tout gris…

    Ce qui me fait penser, d’ailleurs, que peut-être que la manière dont sont faits les cimetières dit quelque chose du rapport à la mort d’une société, ou du moins construit un rapport à la mort différent, cf l’apaisement, la sérénité, qui se dégage des cimetières anglais, et aussi le côté « tous égaux devant la mort » des ces tombes uniformes, versus nos concours de tombeaux-le-plus-haut-le-plus-luxueux !!

  • Répondre anacoluthe 22 septembre 2015 at 13 h 46 min

    @Missbrownie : merci, j’avais envie de ça, d’y mettre de la douceur dans la tristesse, justement…

    Enfant, on ne vit pas le cimetière de la même manière, c’est curieux… peut-être parce que c’est trop lointain, trop abstrait…

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