Ecrit ! Humeurs

L’adieu à la maison de famille

6 septembre 2015

provence

Pourtant on aurait dû savoir qu’elle serait vendue, puisqu’elle était en vente.

Mais de l’imaginer à la réalité…

Lors il a fallu vider la maison de toutes ces années empilées serrées au grenier, au cellier, dans les cartons. Disperser les souvenirs aux quatre coins des cousins, se partager les bibelots et les rancœurs qui les accompagnaient.

Nue, la maison n’était plus la même, petite chose sans âme.

Et puis une dernière fois, faire le tour du jardin, du petit bois, à chaque pas buter sur un caillou et un souvenir. La balançoire de l’enfance, le cabanon caché au toit effondré, l’amandier planté par mon grand-père, le champ d’oliviers qu’on croyait gelés, miraculeusement sauvés… des décennies et des décennies ici.

La maison de mes grands-parents était dans la famille depuis tellement longtemps que lorsqu’ils l’ont acheté, ma maman avait l’âge qu’a ma fille aujourd’hui.

J’y ai vécu tant d’instants, à chaque étape de ma vie ; bébé, enfant, ado, et puis à mon tour maman de bébés, enfants, ados…

Et maintenant qu’il faut s’en séparer, j’ai l’impression de basculer dans l’âge d’après. Celui où l’on ressent intimement l’impermanence des choses.

Les maisons ne nous appartiennent pas. Elles sont, comme toutes ces possessions que nous accumulons, de bien piètres remparts contre l’inexorable temps qui passe et passe et passera sans nous…

Nous, ici, et pour si peu de temps, ne sommes que de passage.

 

(Cette semaine, j’irai en Provence dire au-revoir à ma grand-mère, partie dans la nuit. Je n’ai pas encore les mots, mais ce soir, dans le brouillard des souvenirs,  j’ai repensé à sa maison, à tous ces moments passés avec elle là-bas. Je me suis souvenue de ce billet jamais publié, écrit il y a plusieurs mois, et l’impermanence m’est apparu de manière plus aiguë encore)

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18 Commentaires

  • Répondre sosso 6 septembre 2015 at 21 h 43 min

    j’ai perdu ma mamie la semaine dernière… je t’envoie plein de pensées.

  • Répondre anacoluthe 6 septembre 2015 at 21 h 54 min

    @sosso : désolée de l’apprendre, je pense fort à toi aussi…

  • Répondre Sophie 6 septembre 2015 at 23 h 46 min

    Des kiss, du soutien, je t’envoie tout ça en express
    Soph
    (Une grosse névrosée du temps qui passe)

  • Répondre Zéphine 7 septembre 2015 at 3 h 26 min

    Câlins virtuels, pour dire qu’on est là…(Ton billet m’a donné envie de prendre un billet d’avions pour faire les 19.000km qui me sépare de la maison familliale en provence, histoire d’en profiter encore un peu tant que mes grands parents sont encore là…)

  • Répondre anacoluthe 7 septembre 2015 at 9 h 03 min

    @sophie : Merci !!! Ce fichu temps qui passe, et qui même s’accélère avec les années… Ca ne me flippe pas, mais ça m’attriste un peu…

  • Répondre anacoluthe 7 septembre 2015 at 9 h 16 min

    @Zéphine : merci pour les pensées… 19 000 km, ah oui, quand même… C’est le côté pas évident dans le fait de vivre à l’étranger, être si loin des siens…

  • Répondre MissBrownie 7 septembre 2015 at 9 h 54 min

    Douces pensées.
    Les souvenirs sont précieux.

  • Répondre Plume 7 septembre 2015 at 11 h 10 min

    Ca me rappelle cette chanson de Bénabar, quatre murs et un toit. Pleine de nostalgie elle aussi.
    Je rêve de m’offrir une maison de famille, mais finalement ce n’est peut-être pas un bon rêve.
    Merci Anacoluthe pour ce blog plein d’émotions et si joliment écrit.

  • Répondre Albane 7 septembre 2015 at 20 h 03 min

    Toutes mes condoléances… Les maisons ne sont rien d’autre qu’un peu de pierre et de futures ruines, mais on laisse tellement de nous-même entre leurs murs…

  • Répondre anacoluthe 7 septembre 2015 at 20 h 46 min

    @MissBrownie : peut-être qu’un jour je trouverais le temps de transcrire tous ces souvenirs par écrit : j’avais enregistré ma grand-mère me racontant sa vie, il y a quelques années, je voulais en faire un récit pour qu’on n’oublie pas…

  • Répondre anacoluthe 7 septembre 2015 at 20 h 52 min

    @Plume : oh, merci de me dire ça, je doute beaucoup en ce moment sur le blog, alors ça me touche !

    La maison de famille, ça évoque tellement de choses, on en rêve sans doute tous en version idéale, avec des grandes tablées et des rires d’enfants… et puis dans la réalité, il y a effectivement cela, et puis aussi des claquements de porte et des moments d’ennui 😉
    (on a souvent cette discussion avec mes filles en ce moment, sur cette part de bien et de pas bien qu’il y a en toutes choses…)

  • Répondre anacoluthe 7 septembre 2015 at 20 h 56 min

    @Albane : et d’après ce que j’ai lu sur ton récent déménagement, c’est ce que vous vivez après 10 ans dans votre appartement 😉

    Moi c’est un truc que je vis intrinsèquement, avec tous ces déménagements de mes 0 à 22 ans, l’impression qu’un « moi » est associé à chaque endroit.

  • Répondre lutecewoman 7 septembre 2015 at 21 h 02 min

    Oui ! le récit oui ! Oui prends cette grâce désolée et fais-la tienne, donne-lui texte ! S’il te plaît !

  • Répondre Gigi la M. 8 septembre 2015 at 7 h 27 min

    Je vous envoie toutes mes pensées .
    J’aime beaucoup votre blog , drôle , léger , intelligent , et souvent , sans qu’on s’y attende , bouleversant ….
    Bon courage pour cette semaine , et s’il vous plait , continuez , vous êtes  » particulière et précieuse » .

  • Répondre Plume 8 septembre 2015 at 13 h 56 min

    L’écriture d’un blog, c’est peut-être cela aussi… des moments forts, plein de tendresse et de partage, et puis des moments où l’on s’interroge sur son utilité… une petite maison que l’on emporte avec soi, ou qu’on laisse un temps pour vivre des ailleurs…

  • Répondre anacoluthe 9 septembre 2015 at 8 h 52 min

    @lutecewoman : étape 1, déjà, le retranscrire ! (étape que je n’ai jamais dépassée en me mettant une pression de maboule sur comment le raconter, quel style, quel narrateur, etc… Je m’auto-bloque !)

  • Répondre anacoluthe 9 septembre 2015 at 9 h 05 min

    @Gigi la M. : merci pour vos encouragements, je suis touchée que vous aimiez les différentes facettes du blog, c’est justement avec ça que je ne suis pas toujours à l’aise… mais en tout cas, dans les textes plus « écrits », j’aime de plus en plus cette idée d’une émotion qui surgit quand on ne s’y attend pas, parce que j’ai le sentiment que c’est le principe de la vie, on est souvent « cueilli » par les émotions au détour du chemin, dans le quotidien, et j’ai envie d’arriver à retranscrire ça…

  • Répondre anacoluthe 9 septembre 2015 at 9 h 06 min

    @Plume : c’est juste, oui, le parallèle est intéressant…

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