Geekeries Humeurs

Comment Instagram a (presque) gâché mes (non)vacances…

16 juillet 2015

dune-vacances

L’été, c’est ma saison préférée.

Seule période de l’année pendant laquelle je n’ai pas les pieds frigorifiés, ce qui en soi, justifierait déjà mon idolâtrie.

L’été, c’est aussi des souvenirs en vrac dans une valise, le soleil qui brûle les yeux, la lumière à travers les pins sols, la mer qui scintille, le clair-obscur des volets fermés sous l’écrasante chaleur, l’été ce sont les bruits, grillons, cloches, rires, concerts au loin, les bals de mes 15 ans, l’été les odeurs les goûts et le sel sur la peau… l’été, c’est le temps hors du temps, les sensations qui soudain, sont la vie, alors que toute l’année, on est là, dans sa tête prisonnier, à oublier son corps et les instants présents, seule réalité tangible…

Oui, l’été, c’est ma saison préférée. En théorie.

Mais depuis quelques années, c’est plus compliqué.

Les vacances ne sont plus ce qu’elles étaient.

D’abord parce que nous sommes désormais tous les deux freelance. Et si jamais il se trouve dans mon lectorat un aspirant thésard en économie domestique, voici une information révélation de la plus haute importance : être deux conjoints freelance en l’an deux mille quinze dans le pays France plongé dans la crise depuis des décennies, n’est pas un modèle de situation sécurisante.

Et s’il se trouve – aspirant thésard sociologie de la famille toussa – voici aussi pour lui une information révélation : être parents d’une adolescente qu’on pourrait exposer comme specimen parfaitement représentatif de l’«adolescentus maximus chiantissus» au musée des parents martyrs s’il devait exister (et il devrait exister) ainsi que d’une pré-adolescente en bonne voie pour rejoindre son aînée-son idole, n’est pas un modèle de situation relaxante.

Oui, même sous le soleil, même loin, plus encore quand on est loin, quand tout devrait n’être que bonheur puisqu’on a payé what-mille euros pour y séjourner 15 jours !

C’est ainsi que l’été est devenue ma saison préférée pour TRAVAILLER. Et accessoirement faire quelques barbecues le week-end, profiter de la ville désertée, et me la couler douce au jardin…

ciel-vacances

Tout cela serait parfait, s’il n’y avait Instagram. Le mal.

Non parce qu’avant, on pouvait supporter de recevoir trois fois dans l’été les cartes postales de ces quelques amis qui l’étaient suffisamment (ou pas assez ?) pour investir un timbre dans une missive de la plus haute importance telle que «gros bisous d’Espagne, soleil, mer calme, c’est le paradis ici…».

Mais Instagram. INSTAGRAM !!!!!!

Voilà un réseau (anti)social je perds mon sang froid, qui vous expose à admirer toute la journée des cartes postales de vacances de gens qui ne sont même pas vos amis.

Il y a un peu-beaucoup de mauvaise foi dans mon propos, puisque sur Instagram, on est soi-même son petit-facteur-presse-le-pas, en allant regarder tout seul comme un grand les « cartes postales » que des gens ont posté si ça se trouve même pas pour nous énerver, mais juste pour saisir et partager la parcelle de beauté qui surgissait, comme l’écrivait justement Cachemire & Soie.

Non, le problème c’est nous, bien sûr, c’est nous et notre regard.

Tout a l’air si parfaitement parfait, cadré dans ce carré, le ciel bleu, la mer si loin, la mère si près, et ces enfants qui rient, l’apéro les amis, tout a l’air tellement bien, qu’on se dit par contraste qu’on est bien malheureux, ici, où que l’on soit… et je soupçonne même si l’on est soi-même sous le soleil, pourtant.

Comme si l’herbe était toujours plus verte cadrée carrée dans l’instagram du voisin…

Voilà, c’est ça mon souci avec l’Instagram estival : jusqu’à présent, l’été, c’était cette saison pendant laquelle je pouvais espérer m’approcher un tantinet du bonheur, de ma conception toute personnelle du bonheur, ce moment où j’arrive à être, ici et maintenant, là et puis voilà, sans trop penser, sans même le réaliser, être ici et pas ailleurs, dans la lumière, dans la chaleur, tout simplement.

Alors qu’avec Instagram, il y a tous ces autres possibles, ces ailleurs présentés sous leur meilleur jour, ces autres maintenant si tentants, qui me détournent de mon ici-maintenant à moi…

Je n’ai jamais cru que faire un régime avant les vacances pouvait contribuer au bonheur estival.

Mais je me demande dans quelle mesure la diète instragrammesque n’est pas une bonne idée pour mieux vivre la saison d’été… (ou sinon, tu peux t’abonner à mon compte Instagram, garanti sans photos de vacances cet été !!)

Et toi, qu’en penses-tu, Ami Lecteur ? (avis d’aspirant non thésard accepté !)

Bien sûr que je suis partie en vacances ! Au photocall Kiabi...

Bien sûr que je suis partie en vacances ! Au photocall Kiabi…

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24 Commentaires

  • Répondre lafilledelencre 16 juillet 2015 at 11 h 53 min

    J’ai ri. Je m’en excuse 😉
    Je vis avec un free-lance dont le principal client débarque l’été (activité saisonnière) donc je comprends bien ta situation.
    Quand à moi entre chômage, auto-entreprise et contrats de remplacement, ma situation n’est pas royale non plus.
    Donc l’été, partir longtemps est impossible pour nous.
    On s’accorde donc des petites pauses : on rentre d’un long week-end à la montagne, nous repartirons quelques jours en août …
    Pas mal pour décompresser sans pour autant être trop loin trop longtemps du boulot.

  • Répondre sophie mum 16 juillet 2015 at 11 h 53 min

    pas faux suis au boulot et je vois trop de photo farniente bon je m’abonne à la rentrée car vais partir en vac en aout je veux t’épargner lol

  • Répondre Nolwenn 16 juillet 2015 at 12 h 21 min

    Hahaha génial !
    Je publiais justement hier une image sur instagram disant « va mourir avec tes photos de plage » mdr
    J’habite près de la mer pourtant mais là je bosse, j’ai pas spécialement de soleil ni de chaleur et je bave devant toutes ces photos de piscine, de plage, de maillot et bronzage.
    Je compatis 😀

    http://www.nolwe-nn.com

  • Répondre Typhanie 16 juillet 2015 at 16 h 27 min

    Je suis tout à fait d’accord avec toi! Je pense que l’essentiel est de se souvenir qu’on montre ce qu’on veut montrer et qu’on peut très bien avoir passé une journée de merde mais réussir à la rendre enviable via une petite photo :)

  • Répondre anacoluthe 16 juillet 2015 at 20 h 41 min

    @lafilledelencre : oui, les (petits) week-ends permettent d’avoir une (petite) impression de vacances (je vais aller chercher ma fille à la fin de son séjour en Bretagne, peut-être que ça me fera cet effet ??!)

    A la limite, je pense que ça m’irait bien de partir plutôt en juin que l’été, mais c’est difficile quand on a des enfants en âge scolaire…

  • Répondre anacoluthe 16 juillet 2015 at 20 h 44 min

    @sophie mum : ah ah, oui, le fil instagram depuis le bureau, c’est terrible, la comparaison entre ceux qui trempent les pieds dans l’eau pendant qu’on transpire devant un ordi, y’a de quoi bien déprimer !!

  • Répondre anacoluthe 16 juillet 2015 at 20 h 48 min

    @Nolwenn : ah ah, et on pourrait faire le pendant l’hiver « va mourir avec tes photos de piste de ski » !

    Je me demande ce que ça fait d’habiter dans une région dite « de vacances »… on n’a pas du tout cette problématique à Lille 😉 !

  • Répondre anacoluthe 16 juillet 2015 at 20 h 52 min

    @Typhanie : oui, il ne faut pas oublier le hors cadre ! On le sait bien pour nous, qu’Instagram n’est qu’une version embellie de notre vie, il faut juste ne pas l’oublier quand on regarde les photos des autres…

  • Répondre Lucky Sophie 17 juillet 2015 at 10 h 04 min

    C’est clair, instagram c’est encore plus une torture quand tu crèves de chaud devant ton ordi et que tu vois défiler photos de plages idyliiques et de piscines magnifiques !

  • Répondre Cheesyrider 17 juillet 2015 at 16 h 47 min

    Bravo , moi là je dis Bravo: ce style d’écriture, c’est du Beneix qui aurait fait du Zen, la rotative d’amour de l’Express ne s’y est pas trompée !

    Quant à moi , le soleil je le fuis ! Le bonheur , c’est pour moi, un ruisseau de montagne, une vasque , une eau glaciale et menthe à l’ombre.
    Fatiguer l’enfant, jusqu’à l’ennui
    Les glouglous, la fontaine, l’après-midi
    Les moustiques , aussi recherchent le sombre
    Fatigués d’exposer leurs images.

  • Répondre Sophie 18 juillet 2015 at 9 h 30 min

    Ah mais quel post!! Nous on avait décidé de ne pas partir l’été quand on a acheté cette grande maison à la campagne (avé la piscine) car l’été c’est la crotte avec le salaire divisé par deux ou plus si affinité (libérale) … Parce que finalement le mode tongues/maillot chez soi c’est bien sympa plutôt que de se retrouver à avec les deux gremlins dans un APPART de 35m2 qui te coûte un bras…. Mais voilà … Faire le plein de soleil et chaleur dans notre grand nord est rare.. À croire que le grand chef des saisons a décidé de nous balancer de la pluie et du ciel gris en août quasi tous les ans(avec nécessité de rallumer le chauffage… L’horreur)… Total on a décidé de partir une semaine et de se mettre dans la M—E jusqu’au mois d’octobre …on va les apprécier ces jours au soleil, inévitablement !!!dans ce contexte suis de plus en plus tentée de me lancer dans l’échange de maison … À réfléchir! Des bises la miss!

  • Répondre Slow Down 18 juillet 2015 at 15 h 16 min

    Excellent ! J’ai beaucoup ri car tout ce que tu dis est tellement vrai ! Des ados et pré-ado râleurs H24 qui vous donnent des envies de les plaquer là, pour qu’ils se débrouillent tous seuls en nous lachant les baskets, aux posts sur Facebook ou Instagram qui paraissent tellement idylliques qu’on en perd le sens des réalités. Il parait que depuis que Facebook existe, le taux de dépressifs a largement augmenté, à force de regarder le bonheur des autres ou ce que l’on pense être le bonheur.
    Tu as raison, tous à la diète et on déconnecte.

  • Répondre S. Garde 20 juillet 2015 at 15 h 05 min

    Telllement véridique ce post! Pour moi, tout ça n’est que de la masturbation mentale… ça ne fait qu’exacerber nos faux-besoins et donc nos frustrations… Et au fond, on est tous perdant à ce jeu là.

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2015 at 21 h 22 min

    @Lucky Sophie : oui, et on peut même pas faire l’inverse, ça ne ferait rêver personne, nos photos de vacances au bureau devant l’ordI :-) 😉

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2015 at 21 h 24 min

    @Chessyrider : contente que tu aies remarqué la particularité stylistique de ce billet, j’avais envie pour une fois de mêler le lyrique à l’humour, comme ça, sans prévenir, au détour d’une phrase…

    « Fatiguer l’enfant jusqu’à l’ennui » joli, ça me plaît bien aussi, comme phrase…

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2015 at 21 h 29 min

    @Sophie : je comprends, et je crois que je ferais pareil (parce que le temps pourri du nord me mine vraiment le moral aussi) si je n’étais pas quasi sûre et certaine qu’en lieu et place du temps pourri, nous ayons des vacances sous le soleil mais pourries aussi par le raloutage intempestif et récurrent de nos enfants…

    Bon après, on oublie, j’ai finalement de chouettes souvenirs de notre semaine de Toussaint à Barcelone, mais sur le moment, je me dis à chaque fois « plus jamais ça, c’est du gâchis ! »

    Pas bête, l’échange de maison… mais tu crois vraiment que ça peut tenter des gens de venir en vacances dans le nord ?!!!!! Ou alors oui, éventuellement des américains qui veulent « faire l’Europe » en 15 jours, pour le côté central…

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2015 at 21 h 33 min

    @Slow Down : oui, j’en viens même à bénir les grasses matinées légendaires des ados, pour savourer la tranquillité 😉 !

    Je ne savais pas pour le taux de lecteurs de Facebook dépressifs, mais ça m’étonne moyen !

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2015 at 21 h 34 min

    @S. Garde : oui, il faut arriver à prendre de la distance sur les frustrations que peuvent engendrer les réseaux sociaux…

  • Répondre Amy Lee 20 juillet 2015 at 22 h 05 min

    Instagram et ses photos idylliques sont plus que déprimants pour moi ! Pourtant, je sais que le niveau de bonheur d’une personne ne se résume pas en une photo, mais tout de même, certaines nous font vraiment complexer… Comparé aux autres, j’ai l’impression d’être nulle en photo (ce qui n’est pas totalement faux, quelque part…), d’avoir une vie sociale proche du néant et, tant qu’à faire, ne rien faire de ma vie. Super…

  • Répondre anacoluthe 20 juillet 2015 at 22 h 24 min

    @Amy Lee : c’est vrai qu’en plus de ce qui est photographié (paysage ou vêtement ou repas ou maison idylliques), il y a la qualité des photos, des cadrages, des filtres, qui a considérablement augmenté en quelques années sur Instagram… Ca contribue beaucoup à cette impression de « perfection » déprimante, un idéal qu’on ne pourra jamais atteindre !

  • Répondre sosso 14 août 2015 at 0 h 36 min

    C’est pas la vraie vie, Instagram. La belle photo de plage ne montre pas la famille Reloue qui se colle à toi !

  • Répondre anacoluthe 15 août 2015 at 18 h 16 min

    @sosso : oui mais on a beau le savoir, on se fait souvent avoir, peut-être à cause de la répétition de toutes ces images ? Ou à cause de la professionnalisation des profils IG ? (on montrait plus de trucs alakon au début, non ?!)

  • Répondre breizhfanfan 24 août 2015 at 11 h 02 min

    tiesn il est drôle cet article! nous sommes fin août et je rallume mon ordi sur des blogs seulement aujourd’hui
    je me suis fait une diète de mon compte quelques temps: eh oui je n’ai pas eu le droit à des vacances cette année et je ne voulais pas bouder devant celles des autres, alors j’ai bossé tout l’été et attend mes prochaines vacances l’été prochain!
    vive la rentrée pour tous

  • Répondre anacoluthe 25 août 2015 at 8 h 19 min

    @breizhfanfan : je vois qu’on a eu le même type de réaction de survie… vivement l’été prochain, mais je pressens que la rentrée va être quand même difficile après ces non-vacances….

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