Humeurs Vu !

Comment j’ai tourné dans un film !

17 mars 2015

tournage-camera

La vie est trop courte pour ne pas sauter à pieds joints dans les expériences quand on vous les propose !

C’est à peu près ce que je me suis dit quand on m’a demandé au débotté de tourner dans un film publicitaire institutionnel…

Bon, après avoir dit oui avec seulement 15 secondes de réflexion, j’ai été plongée dans des affres de perplexité quand j’ai reçu le mail de la production qui précisait quel rôle je devais jouer (« une jeune architecte ») et quelle tenue je devais porter : « tenue moderne, ni trop sombre, ni trop de motif, ni trop flashy, ni de marque ».

Ca, je dois vous avouer que ça m’a beaucoup stressée de déterminer quelle devait être la tenue moderne parfaite de la jeune architecte qui ne soit ni trop ‘rien du tout’ !!
Moralité, je suis venue avec 3 tenues au choix à proposer au réalisateur… pour un rôle muet qui ne devait durer que 3 secondes à l’écran !

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9h15 – On arrive sur le lieu du tournage, une vraie agence d’architecte. Après un rapide bonjour à l’équipe, je montre mes tenues de la Jeune Architecte Parfaita du XXIème siècle au réalisateur. Son « oui, celle-là elle est parfaite, ça va bien accrocher la lumière » me tire un ouf de soulagement !

9h20 – Direction le maquillage pour les 3 ‘comédiens-architectes’ d’un jour ! Devant la collection de fond de teint Mac et de palettes Naked de la maquilleuse, j’imagine sans peine l’hystérie de mes filles.
C’est parti donc pour 20 minutes de maquillage « au naturel » pour moi (10 minutes pour les hommes). Eh oui, ça prend du temps d’avoir l’air de ne pas être maquillée ^-^

9h30 – Pendant le maquillage, la responsable de production vient m’apporter un café (okay, a y’est, je me sens vraiment dans la peau d’une star !) et mon contrat à signer (4 pages de contrat pour 3 secondes à l’écran, ça rigole pas le boulot de star !)

10h – On file sur le plateau. Le metteur en scène nous explique rapidement la scène : nous sommes 3 architectes en train de travailler sur un projet. Essai lumière, essai de placement – debout, assis, dans un coin ou dans l’autre… On se met finalement d’accord sur une position idéale : moi assise devant le bureau avec le coin du bureau qui me rentre dans l’estomac, « voilà, c’est nickel, ne bouge plus » (oh, finalement, respirer, est-ce vraiment utile, hein !).
Une fois que le metteur en scène est d’accord sur les placements, on fait des essais caméras : on teste le cadre, le travelling, plus ou moins rapide, etc. (aujourd’hui, les travellings sont paramétrables et robotisés #sachezle)

10h30 – On est prêt à tourner. « Moteur… ça tourne… action ! ». Il n’y a que quelques secondes entre ‘moteur’ et ‘action’ mais qui me semblent interminables pourtant, probablement sous l’effet du ‘trac’… Même si on ne tourne pas une superproduction, difficile de rester hyper zen quand le silence se fait et qu’on a face à soi toute une équipe au taquet : le metteur en scène, le chef opérateur, le cadreur, le technicien lumière, la responsable de production et la maquilleuse… sans compter la caméra, les éclairages, les fils partout, tout ça dans quelques mètres carrés, donc à 2 mètres à peine de soi ! En fait, dans le cadre, tout paraît « normal », mais hors champ, c’est le grand bazar d’un tournage, le contraste est saisissant !

10h45 – Grande discussion entre le metteur en scène et le chef opérateur sur l’éclairage. L’un pense qu’il n’y en a pas assez, l’autre si. C’est là qu’on réalise les différentes fonctions : le metteur en scène « imagine », il a sa vision en tête de la scène, le chef op’ est plus dans le concret, les possibilités techniques en fonction de la réalité (matériel disponible, disposition de la pièce, éclairage naturel…)

11h – Le gros projecteur met tout le monde d’accord en décidant de disjoncter ! « Bon ben là, il est passé en mode sécurité, faut attendre un quart d’heure » nous annonce le technicien. Du coup, on déplace d’autres projecteurs, plus petits, en parapluie, à plat… Et manipuler des projecteurs chauds, ce n’est pas toujours très pratique, apparemment…

11h05 – Pendant notre pause technique forcée, on nous ravitaille en petits gâteaux : hé mais oué, on est des stars ! La maquilleuse checke si tout va bien. On se marre bien entre apprentis comédiens en réalisant qu’en fait on manipule la maquette « de derrière » pour qu’elle soit bien face à la caméra, normal ! Un tournage, c’est vraiment une « illusion de vérité », ici on reconstitue une réunion d’architectes telle qu’on l’imagine, mais en réalité, les vrais architectes derrière nous sont tous devant un ordi, pas devant une jolie maquette en bois ! On réalise aussi que le boulot de « star de cinéma » (oui, bon, laissez-nous encore nos illusions pour une heure !!), c’est beaucoup d’attente pour peu d’action… Le temps consacré à la préparation et aux réglages techniques est finalement beaucoup plus important que le temps où on « joue » réellement – même si bon, actor studio, Stanislavski toussa, on reste dans la peau de notre personnage entre les scènes, tu penses…

11h15 – La responsable de production précise qu’il faudrait accélérer un peu, vu qu’on est déjà en retard, et qu’il y a une autre scène à tourner dans l’après-midi, à plus d’une heure de route… Le stress monte un chouia (mais vraiment à peine car l’ambiance est quand même très cool, c’est pas la mine !)

11h18 – Ca tourne pour de vrai et pour de bon, puisque je pense qu’on a du refaire la scène au moins une quinzaine de fois. Pour une scène de 3 secondes, je vous rappelle ! Mais comme on devait la tourner en plan serré et en plan large et sous 2 angles différents, plus les prises « par sécurité », on s’est donc retrouvé à répéter 15 fois les mêmes gestes exactement… Et je vous jure que ce n’est pas si évident de répéter exactement le même enchaînement avec naturel, à savoir pour moi « tenir le plan du bâtiment, le lâcher, manipuler la maquette de la main gauche, tout en parlant avec les autres (en ‘air dialogue’, la scène est muette en fait), tout en avançant ma tête dans la lumière avant la fin…

12h – C’est dans la boîte, fin de tournage ! On sort dans la rue pour rejoindre la voiture, et c’est là qu’on réalise qu’on est maquillé en mode « naturel à l’écran – pas naturel dans la rue », beaucoup trop de fond de teint pour que ça semble normal !

19h – Au dîner, on a des choses à raconter aux enfants, et ça, c’est bien marrant. « Mais, tu crois que vous allez monter les marches du festival de Cannes, Maman ?! ». Hum, eh bien… non !

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EDIT : Et voilà, le film est sorti officiellement, vous pouvez voir le résultat ci-dessous :

 

 

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6 Commentaires

  • Répondre Rebecca 17 mars 2015 at 14 h 45 min

    héhé, super récit :) On pourra le voir ce film?

  • Répondre anacoluthe 19 mars 2015 at 0 h 36 min

    @Rebecca : il semblerait qu’on pourra le voir dans les cinémas régionaux et sur la télé régionale du Nord… mais peut-être sur internet, j’en saurais plus bientôt (en plus, sujet DD qui te parlerait 😉

  • Répondre l'expat de biarritz 9 avril 2015 at 12 h 30 min

    Amusant !
    Et par la même occasion, pour celles qui veulent se pencher sur ce sujet passionnant qu’est la 3è révolution industrielle, commencer par lire le bouquin de Jeremy Rifkin. C’est tellement porteur d’espoir ! :)

  • Répondre maman@home 9 avril 2015 at 18 h 20 min

    Je trouve que c’est une superbe expérience en effet ! Bien joué !

  • Répondre anacoluthe 10 avril 2015 at 10 h 47 min

    @l’expat de biarritz : tu m’épates, j’ai déjà lu des résumés de la pensée de Rifkin, mais je n’avais jamais pensé à lire tout son bouquin ! C’est pas trop ardu ?

  • Répondre anacoluthe 10 avril 2015 at 17 h 51 min

    @maman@homz : oui, c’était marrant à faire, je suis contente d’avoir eu l’occasion de vivre ça dans ma vie !

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