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Le mariage

3 septembre 2013

mariage

 

Il y a un âge où l’on n’assiste plus pareil aux mariages.

Un âge où l’on n’a plus l’âge de se marier, et pas encore celui de marier ses enfants.

Alors, quand on est invité, ce sont pour les neveux ou nièces, les jeunes cousins cousines, les enfants des copains à la limite. Enfin, si les copains sont plus âgés, qu’ils ont eu des enfants jeunes, et que ces enfants se marient tôt, calcule-t-on pour se rassurer.

Il y a un âge où entendre le oui je le veux n’est plus pareil, on n’a plus ce pincement de revivre par procuration l’instant, on n’a pas encore la décharge d’émotion de voir son bébé – son tout petit bébé de 26 ans – s’engager ; non, on est là, formalité on croit, et puis quand même, on se laisse embarquer, par le silence dans l’air, la voix tremblée, les formules murmurées, on se dit, s’ils savaient, ce ne sera pas toujours facile, tout ça, quelquefois on ne veut pas, ou plus, et en même temps on y croit, avec eux, cette seconde-là comme toute l’assemblée on y croit.

Il y a un âge où on ne vit plus pareil les à-côtés du mariage, les petits fours, les discours, la soirée. On observe les trentenaires pas encore mariés regarder si, qui sait, à la table ou la table d’à côté, un autre trentenaire comme eux pas encore marié, enfin quoi, dans les mariages vous savez…
Au fond de la salle, les grands parents et affiliés, ils ont l’air de s’embêter un peu, tiens un jour on sera comme eux, relégués, fatigués par ce bruit, et pourquoi faut-il toujours attendre la pièce montée si tard le soir ?
Les enfants courent, copains d’un soir, la robe d’honneur n’y résistera pas. Parfois, premiers émois adolescents, la nièce du cousin du marié, le fils du témoin de la mariée, sont partis se promener tout là bas dans le parc, non oh non on ne part pas, pas déjà, je n’ai même pas son numéro, encore un quart d’heure allez…

Et soi, soi on navigue entre tout ça, mi-dedans mi-dehors, on croise ceux qu’on ne croise que là, et que pourtant on aime. On voit le temps passer, les tempes griser et les bébés surgir. On donne des nouvelles, morceaux choisis d’une vie bien présentable, et on se dit en mentant légèrement que les autres aussi enjolivent, jolie comédie en ce jour de bonheur : comment on va, bien bien sûr.

On se demande ce qu’on dira, soi, le jour on on devra faire le discours de mother of the bride. Quelles anecdotes on retiendra. Est-ce qu’on aimera le marié, d’ailleurs. Est-ce qu’on sera désespérée, soulagée, sans opinion ne se prononce pas. Voire… est-ce qu’on sera là, est-ce qu’on aura su, soi, préserver l’amour qui nous lie à nos enfants ?

Il y a un âge où on réalise que tout ça, naissance, émois, mariage, tout ça n’est que passage, moi mes enfants les enfants de mes enfants, tout ça n’est qu’éternel recommencement, et pourtant tout ça, le jour où on le vit soi, est comme la première fois dans le cours du temps.

 

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14 Commentaires

  • Répondre Au p'tit Bonheur 3 septembre 2013 at 13 h 58 min

    Nous devons avoir le même âge… Je me reconnais totalement dans ce texte. Je rajouterai un détail…Comme nous ne sommes ni jeunes ni encore de l’âge des parents des mariés, on se tape systématiquement la table grand n’importe quoi, avec plein de gens qui n’ont strictement rien en commun ! (merci les plans de tables)

  • Répondre Albane 3 septembre 2013 at 14 h 55 min

    Je ne sais pas si c’est l’effet rentrée, mais ce texte est très mélancolique et réussi… Je n’ai pas assisté à un mariage depuis un moment, je ne sais pas si je ressentirais les mêmes choses. Si ce n’est cette impression d’extraordinaire et d’inédit à son propre mariage !

  • Répondre anacoluthe 3 septembre 2013 at 15 h 59 min

    @Au p’tit Bonheur : ah ah, je vois ce que tu veux dire, mais ça va, je n’ai pas encore trop souffert de ce côté là ! Mais c’est vrai qu’il y a le grand loto du plan de table, avec le côté très hétéroclite de l’assemblée d’un mariage, et parfois, entre la famille, la belle famille et les amis, la mayonnaise ne prend pas !!

  • Répondre anacoluthe 3 septembre 2013 at 16 h 01 min

    @Albane : tu as raison, je mets souvent un peu de mélancolie quand je pense aux événements récurrents, parce que je trouve qu’on réalise en les vivant le temps qui passe…
    Moi non plus, je n’ai plus trop de mariage, et d’ailleurs, j’aurais pu dire : il y a un âge où l’on n’est plus trop invité aux mariages (fin du billet !)

  • Répondre electromenagere 3 septembre 2013 at 16 h 10 min

    J’ai assisté à trop peu de mariages (voilà ce que c’est d’avoir des amis sans conventions) et je le regrette, surtout que justement à notre âge, ça reste encore l’une des rares occasions où l’on peut danser toute une soirée.
    Ce serait-ce un commentaire de mamie que je suis en train de faire ?

  • Répondre anacoluthe 3 septembre 2013 at 16 h 17 min

    @electromenagere : ah non, un commentaire de mamie se focaliserait plutôt sur la partie « repas » il me semble !

    Donc, à vue de nez, et comme nous ne nous connaissons pas du tout (^_^) je dirais que, d’après ton commentaire, tu as 29 ans et demi !

  • Répondre Stelda 3 septembre 2013 at 22 h 20 min

    C’est vrai ça, je n’y avais jamais pensé. Depuis 2 ou 3 ans, je n’ai plus la larme à l’oeil pendant les mariages… Tu as bien analysé la chose 😉

  • Répondre anacoluthe 4 septembre 2013 at 16 h 08 min

    @Stelda : merci, moi je viens seulement de le réaliser, en fait…

  • Répondre Marylin explique la cuite des super héros 4 septembre 2013 at 17 h 00 min

    Mais ouais, t’as trop raison encore !
    Et la phrase « on ne se croise qu’aux mariages et aux enterrements » prend tout son sens…

    Ben ça me déprime, tiens !
    Pour la peine, je retourne me bourrer la gueule avec les super héros : http://belleblonde.net/la-super-cuite-des-super-heros/ !

    PS : Toi aussi tu kiffes Margaux Motin, suis troooop ravie de savoir ça ^^ !

  • Répondre anacoluthe 5 septembre 2013 at 16 h 26 min

    @Marylin : ah oui, pour le coup, c’est le grand écart entre les 2 soirées, mariage ou bourrage de gueule !

    (ouep, Margaux Motin, mais bon, elle poste plus trop, la vilaine ! Donc maintenant, faut acheter ses albums…)

  • Répondre cybarna 6 septembre 2013 at 15 h 25 min

    Je viens de fêter mon anniversaire en début de semaine, je te lis dans la foulée, mince alors, je déprime! :( :p
    De toutes façons, le pire pour moi dans ces cas-là, reste de devoir bisouiller toutttteeee la famille réunie!

  • Répondre La vie en presque rose 9 septembre 2013 at 17 h 04 min

    Le dernier mariage auquel je suis allée, c’était celui de sexagénaires, qui vivaient ensemble depuis vingt ans. Ca m’a plu, ça.

  • Répondre anacoluthe 11 septembre 2013 at 9 h 54 min

    @cybarna : le temps qui passe, inexorablement, mais peut-être qu’on peut un peu l’apprivoiser ?
    Ca ne me dérange pas d’embrasser la famille, au contraire, j’ai une très très grande famille mais aux 4 coins de la France, donc on se voit peu…

  • Répondre anacoluthe 11 septembre 2013 at 9 h 55 min

    @La vie en presque rose : au oui, c’est chouette ça ! Ils y croient encore, bel espoir…

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