Maman

La p’tite fugueuse

10 juin 2013

Ce jour-là, il faisait chaud.

Mini-Monstre Premier m’a raconté qu’en sortant du collège, elle était repassée à la maison avant d’aller acheter du pain. Porte entrouverte, elle est allé déposer son manteau, son pull et son cartable dans le salon, et puis elle est ressortie.

Ce n’est que dans la soirée qu’on s’en est rendu compte : elle avait disparue. Notre chienne.

On a d’abord fouillé la maison de la cave aux étages, cherché sous les lits, les canapés, dans les armoires, on a sifflé, appelé, promis une promenade, arpenté le jardin, la grande cabane et ses recoins, le tas de fumier, le débarras. Et puis on a dû admettre l’horrible vérité : si elle n’était pas là, c’est qu’elle était dehors, dans la ville terrible, avec les voitures folles, les écorcheurs de chiens et tous les malfaisants.

Enfin, c’est la conclusion que Mini-Monstre Premier – toujours caractérisée par une grande mesure dans ses propos – en a immédiatement tiré : notre chienne s’était soit faite renverser par une voiture, soit enlever par des trafiquants. On ne la reverrait plus, plus jamais, notre chienne adorée, et pourquoi on l’avait grondé ce matin, elle s’était sentie rejetée, mal-aimée, horrible, c’était horrible, elle avait fugué…

Pendant ce temps-là, Mini-Monstre Premier s’était précipité devant la télé pour surtout ne pas penser, ne pas pleurer, anesthésier son cerveau et son petit cœur tendre.

C’est dans ce genre de moment qu’on comprend la vraie nature du job de parent, improviser en toute situation comme si on l’avait déjà affronté mille fois, alors que sincèrement, que faire en cas de chien fugueur, je n’en avais strictement aucune idée…

On a commencé par faire le tour du quartier en voiture, aller voir tous ses endroits préférés, enfin les endroits qu’on supposait préférés en se mettant dans la tête d’un chien, genre le parc « des fois que y’aurait des copains pour leur sentir les fesses », devant l’école « avec tous les enfants qui me caressent c’est trop bien », et le terrain vague aux chats « ils vont voir qui est le chef ceux-là ».

On devait pas être trop doué en psychologie canine, parce qu’on a rien trouvé.

Après, on a essayé d’appeler la SPA, et même – tiens c’est quoi ça ? – la LPA, Ligue Protectrice des Animaux, en promettant intérieurement de faire un don la prochaine fois, mais même comme ça, ca n’a pas empêché leur fichu répondeur de se déclencher.

On a commencé à réfléchir à l’affiche qu’on pourrait faire, avec quelle photo, à se demander comment dépeindre cette boule de poils, on s’est même résigné à se dire qu’on la décrirait comme « un gros yorkshire », même si – question fierté – on est toujours exaspéré qu’on puisse confondre notre cher et unique terrier du Norfolk, attachant et futé, avec ces vulgaires chiens-chiens à mémé…

Et puis, illumination, on s’est mis dans la tête d’un humain : on s’est dit que si jamais on trouvait un chien errant avec un collier, on aurait le réflexe d’appeler la police. Alors on a appelé, en s’excusant beaucoup de déranger, qu’on était novice en perte de chiens, qu’on ne savait pas trop quoi faire, mais que sans vouloir les commander, s’ils pouvaient regarder dans leurs fichiers…

« Ah oui, un gros yorkshire, on l’a retrouvé, votre chien, les gens nous ont appelé à six heures, voilà leurs coordonnées ! »

A ce moment-là, toute la famille s’est autorisé à pleurer. Enfin, je ne dirais pas les noms, mais j’ai bien vu les larmes écrasées discrètement. On venait de réaliser l’adage : un seul être vous manque blablabla, et même s’il est poilu et court sur pattes…

On a téléphoné à nos sauveurs, et c’est là qu’on a compris toute l’histoire : à 16h40, elle s’était fait la malle, à 16H48, elle était dans son tabac-presse préféré, celui où on lui fait la fête quand elle vient, où il y a un autre chien comme copain, et où elle peut pioncer peinard derrière le comptoir.

« On s’est pas inquiété, au début, on pensait que vous alliez arriver » ils nous ont raconté « et puis à la fin, on s’est dit qu’il y avait un problème. On a appelé la police, la SPA, la LPA, les pompiers, pour finir on a fermé, on a mis un grand panneau en vitrine avec notre numéro et en disant qu’on avait le chien, on l’a emmené se promener, et on lui a donné à boire et à manger. Et puis là, quand vous avez appelé, on était en train de la câliner sur le canapé, elle avait pas l’air trop stressée »

Tu m’étonnes qu’elle était pas stressée : quand mon homme est allé la chercher, elle s’est mise à grogner genre viens pas me déranger, ici c’est le pied.

Je redire tout ce que j’ai dit ici.

Question ingratitude, le chien surpasse de loin l’enfant.

Suis en vacances aux Bahamas. Stop. Rentre en septembre. Stop.

Suis en vacances aux Bahamas. Stop. Rentre en septembre. Stop.

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10 Commentaires

  • Répondre La vie en presque rose 10 juin 2013 at 8 h 56 min

    Ma Mme Zaz adorée avait fugué aussi au début que je l’avais. J’avais fait un peu le même parcours, fichier central canin, etc., et c’était les pompiers qui l’avaient retrouvée.

  • Répondre cybarna 10 juin 2013 at 9 h 25 min

    Ben, le principal quand même c’est de l’avoir retrouvée (soulagement hein? :D) C’est que finalement, on s’attache à ces boules de poils..
    Bien que niveau ingratitude, suis pas sûre que le chien surpasse les enfants! :p

  • Répondre anacoluthe 10 juin 2013 at 10 h 01 min

    @La vie en presque rose : je ne savais même pas que ça existait, le fichier central canin ! Quel stress, bien…

  • Répondre anacoluthe 10 juin 2013 at 10 h 02 min

    @cybarna : oui, c’est l’essentiel ! J’en rigole là, mais je ne faisais pas la fière sur le moment…

  • Répondre Luna Part 10 juin 2013 at 10 h 02 min

    mais quelle émotion ! j’avais la gorge toute serrée à te lire…. heureusement que tout est bien qui finit bien, ça m’économisera un mouchoir
    (le tabac-presse fallait y penser n’empêche… je sais pas, j’aurais plutôt visé la boucherie charcuterie 😉 )

  • Répondre lutecewoman 10 juin 2013 at 10 h 10 min

    Allez, dis-toi que tous les habitants de ton foyer, cette créature est très intelligente et sait exactement où aller poser ses papattes.

  • Répondre anacoluthe 10 juin 2013 at 10 h 15 min

    @Luna Part : ah mais la boucherie, elle connaît pas, elle peut pas rentrer !

  • Répondre anacoluthe 10 juin 2013 at 10 h 16 min

    @lutecewoman : mais je ne m’enfuis jamais derrière le comptoir du tabac-presse, moi !

  • Répondre sosso 10 juin 2013 at 10 h 59 min

    Tu as une chienne fumeuse qui lit Aujourd’hui en France tout en grattant des tickets de Banco? hum….

  • Répondre anacoluthe 11 juin 2013 at 11 h 14 min

    @sosso : ouep, du coup, ça colle pas, leur truc de tel maître, tel chien !

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