Maman

Et si l’école était différente ?

5 juin 2013

toutvabien

 

Le chemin est long pour sortir Mini-Monstre en Second de sa peur de l’école. Pas à pas, on avance, et parfois pas, un petit tour de peur et ça repart.

Le week-end, au petit matin, dans la maison endormie, Mini-Monstre aime discuter, tout en préparant le petit-déjeuner, ces discutions surprenantes dont elle a le secret. L’autre jour, c’était – blanc, et puis soudain – « tu vois, Maman, imagine que les hommes, à la préhistoire, à la place du feu, ils aient inventé autre chose en premier, je sais pas, moi, un truc complétement différent… ben notre vie, elle serait complétement différente aussi, on serait parti dans une autre histoire, à partir de cette autre invention… »

Blanc encore, et puis « Et si les hommes avaient inventé en premier une école complétement différente, ma vie à moi elle serait différente, complétement différente… »

C’est douloureux pour moi d’entendre la souffrance de ma petite poulette vis à vis de l’école. Je la comprends néanmoins, car, comme probablement beaucoup de gens, et même si j’étais une bonne élève, j’étais moyennement heureuse à l’école.

Enfin, sauf pendant ces 3 années où j’ai eu la chance d’être scolarisée dans une école bilingue, dirigée par un américain, et où des cours comme la musique, le sport, la cuisine, l’informatique, et l’anglais bien sûr, étaient assurés par des profs américains et anglais.

Etre valorisée dans ses apprentissages, s’ouvrir à d’autres activités que purement scolaires, développer le plaisir d’apprendre, être heureuse à l’école en somme… ces 3 années dans un système différent m’auront apportés ces biens inestimables, même si je ne l’ai compris qu’a posteriori, et même tout récemment !

En effet, j’ai eu l’opportunité d’assister l’autre jour à une conférence de presse à l’occasion des 20 ans de l’école active bilingue Jeannine Manuel de Marcq en Baroeul, et de l’inauguration de nouveaux bâtiments HQE, pour le primaire et les équipements sportifs.
Même s’il ne s’agit pas de l’école que j’ai fréquenté enfant, j’y ai retrouvé le même état d’esprit, décrypté par la directrice générale de l’EABJM et le directeur de Lille.

Ils expliquaient notamment que le grand apport du bilinguisme, ce n’est pas tant le fait d’apprendre une autre langue, que d’être capable de penser autrement, avec un autre système de pensée, un autre référentiel… ce qui doit être d’autant plus vrai à l’EABJM que les enfants, en plus de l’anglais, apprennent le chinois dès le primaire : une approche du monde totalement différente, pour le coup !

D’ailleurs, lorsqu’elle a créé cette école après guerre, l’objectif de Jeanine Manuel – grande figure de la résistance, fille d’une française et d’un américain – c’était de favoriser la compréhension entre les peuples. Elle pensait qu’ « apprendre une langue étrangère, c’est aussi mieux comprendre l’autre, c’est-à-dire être capable de penser comme l’autre ».

Et puis dans les propos des directeurs, on percevait en filigrane une approche pédagogique différente, teintée des principes de l’école active, bien sûr, mais aussi de l’état d’esprit particulier du système scolaire américain : cette idée que l’objectif premier de l’école est de développer chez les élèves le sens de l’autonomie, la maturité, le sens critique (« leur apprendre à douter ! » a dit Mme Zeboulon, comme j’ai aimé cette phrase !), et toujours en les valorisant… (« Toujours 3 remarques positives avant de faire une critique » demande-t-on aux profs !)

Bon, bien sûr, j’imagine que le système américain est perfectible, mais j’aimerais tant qu’avant de s’écharder sur le « mercredi matin ou pas », on se pose la question de fond : quel est le but de notre système éducatif ?

Et que pour y répondre, on s’inspire un peu moins de nos grands principes de sélection par l’excellence et de valorisation des connaissances, pour se concentrer un peu plus sur l’être humain, ce petit d’homme dont on a charge d’âme, que l’on doit élever, éduquer, valoriser, afin qu’adulte il devienne quelqu’un de bien, épanoui, heureux en somme…

Oui – idée folle ! – si on se disait que l’objectif de l’école, c’est que les gens soient heureux ? Si on comprenait enfin que le rapport à l’école préfigure certainement le rapport au travail, que développer la curiosité, l’estime de soi, l’entraide, ça permettrait sans doute que les français soient un peu plus sereins, positifs, et même entreprenants… ?

Allez, rêvons, et pendant ce temps-là, Mini-Monstre et moi, on va inventer l’histoire parallèle de l’humanité sans feu sacré…

PS. Bon, le hic de cette belle histoire, c’est que l’EABJM accueille beaucoup d’enfants d’expatriés, et que ses tarifs se calquent donc sur les standards des écoles internationales… et autant les palmiers, je m’en passe aisément, autant là, j’aurais aimé avoir plus d’argent pour offrir une telle école à mes enfants !

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10 Commentaires

  • Répondre liliba 6 juin 2013 at 11 h 26 min

    D’accord avec toi. Mais l’école bilingue, c’est un gouffre financier et tout le monde n’y a pas accès… Bien dommage !

  • Répondre anacoluthe 6 juin 2013 at 17 h 50 min

    @liliba : Pas toujours : l’école où j’étais enfant fonctionnait avec une modulation des frais selon les revenus, sur le principe des écoles privées catholiques, mais ce n’est pas le cas de celle-ci (c’est une école privée laïque, je ne l’ai pas précisé). Ceci dit, je crois qu’il y a un principe de bourse à l’EABJM…

    Mais c’est vrai que la question des frais scolaires est intéressante, on n’est pas habitué à payer cher pour l’école… J’ai vu dans un magazine que le « coût » (enfin, un investissement sur l’avenir, en fait !!) de la scolarisation annuelle d’un enfant, pour la société, est de 6 000€ en primaire et 10 000€ en secondaire : c’est dingue de réaliser ça !

    Mais du coup, je me dis qu’il est hyper important que cet argent que notre société consacre à l’éducation soit utilisé de la manière la + pertinente possible, qu’on regarde les bonnes pratiques, qu’on s’interroge…

  • Répondre La vie en presque rose 8 juin 2013 at 17 h 58 min

    Ca mérite enquête, parce que pas mal d’écoles privées sont subventionnées suffisamment pour être accessibles…

  • Répondre anacoluthe 10 juin 2013 at 10 h 03 min

    @La vie en presque rose : oui, c’est ce que je dis dans le com’ plus haut, c’est le cas des écoles privées religieuses, là il y a un système de bourse qui est différent.

  • Répondre lutecewoman 10 juin 2013 at 10 h 21 min

    Aujourd’hui, tout va bien… Elle me touche ta poussinnette, tu sais.

  • Répondre anacoluthe 11 juin 2013 at 11 h 15 min

    @lutecewoman : oui… moi aussi <3 <3 !!

  • Répondre Marylin et les ongles tête de mort 14 juin 2013 at 17 h 57 min

    Ah oui, c’est bien vrai ça…
    Et ça fait mal au cœur de voir des petits avec la boule au ventre.

    C’est vrai que quand on voit le mode d’enseignement aux US, ça laisse rêveur (partie $$$ mise à part, évidemment).
    Je ne sais pas si ce serait envisageable en France : plus de développement personnel au cours de la scolarité ?
    Bref, j’ai peur que ce ne soit pas pour tout de suite.

    En attendant, des séjours à l’étranger – façon « L’étudiant étranger de P.Labro » – je trouve que ça pourrait être intégré dans les cursus…

    Bref, ça me change de mes questionnements habituels sur les ongles ^^

  • Répondre anacoluthe 14 juin 2013 at 18 h 10 min

    @Marylin ; pour ce qui est de la place accordé au développement de l’enfant, on pourrait aussi s’inspirer du modèle finlandais, qui fait mieux et sans coûter plus cher (voire moins qu’en France), comme expliqué brièvement là :

    http://www.pedagopsy.eu/finlande.htm

    Le truc de dingue, c’est qu’ils ont appliqué les méthodes de Freinet, un français !

    Mais ça demanderait une révolution copernicienne de notre système, ça demanderait qu’on arrête d’avoir peur pour l’avenir de nos enfants en croyant que l’obsession de leur « réussite » peut les préserver de l’échec, alors qu’elle provoque au contraire le stress et le manque d’initiative (et donc l’échec !)

    Dommage, parce qu’il me semble que la conjonction de la crise économique ET de la crise scolaire devrait justement nous conduire à une réforme en profondeur, pour préparer nos enfants à inventer une nouvelle société et un nouveau modèle économique…

  • Répondre Audrey 1 juillet 2013 at 16 h 40 min

    Excellent billet ! J’ai pour ma part eu la chance d’être scolarisée en maternelle et primaire dans une école (publique et gratuite) à la pédagogie mêlant Montessori et Freinet avec une large place à la pratique sportive, musicale, artistique, des mélanges entre les classes, beaucoup de travaux de recherche dans la BCD, pas de devoirs à la maison, pas de notes, beaucoup d’autoévaluation… Ce qu’on appelait alors « école ouverte ». Je garde un souvenir extraordinaire de ces années où l’épanouissement de l’enfant et la prise en compte individuelle étaient au coeur de nos journées d’école ! L’établissement était pilote… qu’en reste-t-il aujourd’hui ?! J’en rêve pour mes propres enfants… et j’avoue que le débat sur « samedi matin ou pas » est bien loin de mes préoccupations !! (je ne pensais pas qu’en faisant ta connaissance Anacoluthe, j’aurais l’occasion de débattre de ce sujet qui m’est si cher, merci !!! Et bon courage !!)

  • Répondre anacoluthe 1 juillet 2013 at 16 h 56 min

    @Audrey : elle devait être incroyable, cette école, j’espère qu’elle existe encore !

    On en re-discute quand tu veux, le sujet me passionne aussi… et me désole en même temps, parce qu’effectivement je me demande si on arrivera dans notre pays un jour à dépasser les anecdotes de ‘samedi ou mercredi’ pour parler du fond, c’est mal parti !

    Si tu as l’occasion, je te conseille vraiment d’aller voir ce lien dont je parlais + haut sur l’école finlandaise :

    http://www.pedagopsy.eu/finlande.htm

    Il y a d’autres liens en bas de l’article qui sont aussi passionnants, « avoir 6 ans à l’école finlandaise » et aussi « la confiance comme mode de fonctionnement », qui donne un aperçu d’école ouverte AU COLLEGE !!!

    On a tendance à croire que ça se limite au primaire, et qu’après – faut pas déconner – il faut redevenir sérieux… Mais non, là, on voit les bénéfices… et ça fait rêver !

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