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Obsolescence programmée : est-on condamné à jeter nos objets ?

26 avril 2013

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Il y a peu, j’ai vu sur Arte « Prêt-à-jeter », un documentaire vraiment passionnant qui retraçait l’histoire de « l’obsolescence programmée », où comment nos objets sont désormais conçus pour se casser à plus ou moins long terme.

Et c’est une histoire qui ne date pas d’hier, puisque dès 1924, les fabricants mondiaux d’ampoules ont créé le Cartel Phoebus, destiné à faire baisser sciemment mais secrètement la durée de vie des ampoules de 2500h à 1000h, tout en augmentant le prix de vente. Toute ressemblance avec des faits réels contemporains seraient peut-être pas si fortuits !

Dit comme ça, ça paraît monstrueux, mais il faut se replacer dans la logique de l’époque, bien loin des prises de conscience écologique : d’ailleurs, après le Krach de 1929, l’obsolescence programmée apparaît selon un philanthrope éclairé comme LA solution miracle pour sortir les Etats-Unis du marasme économique : il propose que l’Etat prévoie des collectes obligatoires visant à détruire les objets pour que les citoyens en achètent de nouveau, et ce afin de relancer l’industrie. Un peu comme si l’Etat forçait les citoyens à se débarrasser de leurs vieilles voitures pour en acheter de nouvelles, truc de dingue !

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La Ford T, voiture ultra-durable, du temps où les nouveaux modèles n’existaient pas…

Son projet n’a pas abouti, mais dans les faits, les Etats-Unis ont quand même réussi à imposer au monde cette vision des choses : on voyait dans le doc un designer américain des années 50 qui expliquait que, à l’opposé du vieux continent Europe qui fabriquait des choses de qualité destiné à durer – comme le costume de mariage dans lequel on était enterré – les designers américains créaient des objets désirables, modernes, et qui donnaient envie aux consommateurs de se les procurer. Cette théorie de l’ « obsolescence désirable » (affirmée, revendiquée, souhaitée) m’a glacé les sangs, car elle met en lumière la face sombre des « tendances » : nous pousser à nous débarrasser volontairement d’objets en état de marche pour nous en procurer de nouveaux.

Malgré tout, l’obsolescence restait encore un libre choix : on choisissait – ou pas – de s’acheter ces produits désirables car modernes. Dans les décennies suivantes, les industriels ont mis en place le système de l’obsolescence programmée. Concrètement, ils ont demandé à leurs ingénieurs de trouver des moyens de réduire la qualité et la durée de vie de leurs produits. Le documentaire montre très bien la crise éthique qui a traversé le monde des ingénieurs : utiliser la science humaine afin de fabriquer moins bien, c’était contraire à toutes leurs convictions !

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Mais voilà, il « fallait » bien en passer par là, afin de vendre toujours plus, notre société étant basée sur la croissance, c’est-à-dire sur toujours plus de consommation, toujours plus de production.
Et voilà comment les ingénieurs se sont évertué à inventer un nylon moins résistant pour que les bas des femmes recommencent à filer ! Ou comment on a eu l’idée d’introduire une puce électronique dans les imprimantes afin qu’elles arrêtent de fonctionner au bout de 5000 impressions !

Plus pernicieux encore : l’exemple d’Apple, qui avait programmé la batterie des ses premiers iPod pour durer 18 mois, et qui ne vendait pas de batterie de rechange ! La seule solution : racheter un nouvel iPod. Un tel scandale qu’il a donné lieu à une class action en justice, obligeant Apple à proposer des batteries et à garantir la durée de vie de ses appareils sur 2 ans.

Mouais. M’est avis que la firme à la pomme a trouvé alors un autre moyen que la durée de vie matérielle de ses produits, un moyen aussi génial que terrifiant : les nouvelles versions !
Mieux que l’iPhone 3, l’iPhone 4 ! Puis mieux que l’iPhone 4, l’iPhone 5, et ainsi de suite à l’infini, achetez, achetez on vous dit !
Je dirais même plus : Apple réussit le tour de force de réunir l’obsolescence désirable (c’est nouveau j’en veux) à l’obsolescence-programmée-mais-cachée des nouvelles versions : par exemple, sur mon iPhone 3, je ne pouvais plus télécharger de nouvelles applis ou les mettre à jour, elles n’étaient pas compatibles avec cette version. Fatiguée des bugs ET tentée par la nouveauté, j’ai donc acheté un iPhone 5. Mais mon nouvel iPhone 5 de 2013 s’est révélé non compatible avec mon MacBook pro de 2006. Fatiguée et tentée bis, j’ai racheté un MacBook Pro. Qui se révèle non compatible avec ma vieille imprimante… Et là, moi qui suis pourtant assez fan d’Apple, je me suis dit que ce système marchait sur la tête !

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« Pour croire qu’on peut produire toujours plus à l’infini, alors que nos ressources sont finies, il faut être soit fou, soit économiste » disait justement un partisan de la décroissance.

Parce que ouais, éventuellement, on peut comprendre la logique des industriels des années 30 ou 50… Mais aujourd’hui, on sait ! On sait que ce modèle de l’économie du gaspillage est basé sur un désastre écologique et humain, qu’on épuise les ressources, qu’on exploite les pays pauvres, et qu’en plus – après leur avoir piqué leurs ressources pour leur faire fabriquer nos produits à bas coût – on leur envoie généreusement nos produits usagés pour qu’ils soient la poubelle du monde !

Alors que faire ? Le documentaire ouvrait la porte sur quelques pistes, insuffisantes à mon goût, la décroissance, par exemple, qui me semble quand même très utopique, et aussi le changement de mode de production, moins gourmand en énergie ou en matières premières.

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Le truc, c’est qu’il nous faut résoudre à la fois plusieurs problématiques, écologiques, sociales et économiques. Nous sommes dans une logique de croissance, qui nous mène à notre perte écologique. Mais si nous passons en logique écologique, quels sont les risques sur l’économie, la consommation, l’emploi ?

Mais là est je crois notre chance. A mon petit niveau, dans mon job de créative, j’ai remarqué que ces situations sont précisément les plus stimulantes : c’est parce qu’il y a des problèmes qu’on peut – qu’on doit – inventer des solutions.

Bon alors, tu m'inventes une chaise Eames mais dont je pourrais changer la couleur chaque année, tu vois ?!

Bon alors, tu m’inventes une chaise Eames mais dont je pourrais changer la couleur chaque année, tu vois ?!

Et comme je ne crois pas que les politiques aient encore le pouvoir d’inverser globalement la tendance de la société de consommation, je me dis que nous pouvons utiliser ce système pour le changer de l’intérieur.

Nous, les consommateurs, nous avons le pouvoir de réclamer aux marques des objets non obsolescents !

Et si j’étais une marque aujourd’hui, je me dirais qu’il y a un marché pour des produits d’un nouveau genre, comme par exemple :

Les durables : Est-ce que vous ne seriez pas prêt à acheter un peu plus cher des objets annoncés clairement comme de qualité, et destinés à durer ? (au passage, j’en ai marre que le prix élevé ne soit plus forcément gage de qualité, cf les marques de fringues !!)

Les réparables : on pourrait imaginer que certaines marques proposent des objets explicitement réparables, et surtout avec un réseau de réparateurs. Parce qu’aujourd’hui, on va où pour faire réparer une lampe ou une cafetière, hein ?

Les recyclables : et là, je ne vous parle pas juste du carton ou des bouteilles en plastique ! Il faudrait que la plupart de nos produits soient conçus pour que leurs matériaux puissent être facilement ré-utilisables, afin qu’on puisse créer de nouveaux produits avec les anciens. Quitte à obliger légalement les entreprises à concevoir leurs produits de la sorte, avec un accès prévu pour démonter facilement les objets et ré-utiliser leurs matériaux !

Les re-désirables : puisque nous fonctionnons sur la logique de la nouveauté désirable, il faudrait que certains produits soient conçus dès le départ pour intégrer une part de « nouvelle version ». Je m’explique : l’objet aurait une grande partie durable, et une petite partie « changeable » selon les tendances, avec tout le tralala de communication autour de cette nouveauté trop bien !

Certes, ces solutions existent déjà un peu (encore un grand principe créatif, on n’invente pas ex-nihilo !) mais il me semble qu’il est urgent que cette réflexion globale sur la durée de vie des objets se généralise dans la logique de production, et dans notre logique de consommation. Une révolution, oui, mais en douceur !

 

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9 Commentaires

  • Répondre lutecewoman 26 avril 2013 at 9 h 04 min

    ha cocotte, tu ouvres un peu les yeux… Voilà un des pourquoi de mon blog bio de lettucewoman. D’ailleurs je pense que je vais t’y écrire un billet au sujet de la décroissance, et de l’action individuelle.
    je t’embrasse en passant, c’est gratuit et ça ne génère aucun déchet.

  • Répondre electromenagere 26 avril 2013 at 9 h 25 min

    Je commence à bien connaitre le sujet, du moins en électroménager :)
    Et pour l’avoir potassé, je dois avouer qu’on est surtout dans une logique d’achat qui est encore loin des solutions que tu préconises :
    – les durables : combien de personnes avant d’acheter un appareil comparent la garantie constructeur ? Par exemple, le mixeur plongeant Bamix est garanti à vie (moteur et mécanisme). C’est un peu différent pour le gros électroménager mais en petit électro, il existe des produits chers certes mais avec des garanties longues.
    – Les réparables : là aussi c’est assez clair pour les constructeurs mais pas forcément pour les consommateurs. Si ta cafetière tombe en panne, tu t’adresses d’abord au vendeur si la garantie est toujours valable et ensuite au constructeur. La plupart ont une liste de réparateurs agréés disponibles sur leur site. Du coup mieux vaut vérifier avant achat si la marque a un réseau important de réparateurs agrées.
    – les recyclables : là c’est doucement en marche mais ça se fait aussi. Il y a aussi une notion de réparabilité, c’est à dire une conception faite pour que les pièces soient plus facilement démontables.
    – les re-désirables : avec la concurrence à mon avis, on aura du mal à ce que quelqu’un ne mette sur la marché le même produit mais en mieux donc c’est plutôt au consommateur selon moi de ne pas céder à l’appel des sirènes de la nouveauté trop bien ! :)

  • Répondre anacoluthe 26 avril 2013 at 9 h 58 min

    @lutecewoman ; mais j’avais déjà les yeux ouverts sur l’écologie à titre individuel, dis !! Nan mais là, l’angle que je trouve intéressant, c’est de transformer la société de production-communication-consommation de l’intérieur…

    Je ne crois pas trop à la décroissance, enfin, pas pour tout le monde, on est malheureusement très ancré dans une société où l’identité se définit par rapport aux objets, et où l’économie s’organise autour de la production…

    Donc il me semble qu’il fait « pervertir » le système de l’intérieur, non pas en faisant disparaître les objets, mais en introduisant la notion de durée de vie dans les objets, que les industriels le prennent en compte, que les marques communiquent dessus, et que les consommateurs prennent ce critère en compte dans leurs achats…

  • Répondre anacoluthe 26 avril 2013 at 10 h 22 min

    @electromenagere : intéressant d’avoir ton analyse sur un secteur précis ! D’autant que ce domaine est particulièrement touché par l’obsolescence programmée : on voyait dans le doc des frigos est-allemand conçu sous l’ère communiste. La consigne donné aux ingénieurs : « durer 25 ans » et ils ont parfaitement accompli leur mission !

    -les durables : le truc, c’est que j’ai l’impression que -même si c’est le cas pour certaines marques- on ne le sait pas ! Je me dis que ça pourrait être l’opportunité pour des marques de choisir ce positionnement, et d’adapter leur communication en conséquence… Je pense que beaucoup de consommateurs sont à la recherche de ce type de produits…

    – les réparables : c’est vrai que ce n’est pas très clair côté consommateur… Déjà, les petits réparateurs de quartier ont disparu, ça complique ! Et lorsqu’on passe par les services après vente, c’est souvent plus cher de réparer que de changer… Je me demande si c’est fait exprès ?!! Mais là encore, je pense que ça pourrait être un positionnement pour une marque. Et pourquoi pas une chaîne de réparateurs-franchisés ? (puisque l’artisan indépendant est en voie de disparition…)

    – les recyclables : ah bon ?? Mais je croyais au contraire qu’ils se débrouillaient pour que les pièces deviennent inaccessibles, genre le tambour de la machine à laver pris dans un moule en plastique, donc on ne peut plus le changer… Une loi sur la récupération des pièces en électroménager, ça serait pas mal, je pense. Surtout avec le cours des métaux !

    -les re-désirables : ce n’est peut-être pas possible en électroménager, en effet… de toute façon, les cycles de vie sont plus longs, il y a bien eu la tentation de l’électroménager de couleur, mais je ne suis pas sûre qu’on en soit au stade de jeter un robot qui marche pour en racheter un nouveau coloré ! (enfin, j’espère…)

  • Répondre lutecewoman 26 avril 2013 at 11 h 22 min

    Je te dis pas que tu es aveugle, Anacoluthe dear. Je te parle justement moi aussi de l’action individuelle face à l’achat. J’aimerais te donner un point de vue urbain-moderne-hipster où justement, less is so more. Car il existe, il émerge, et petit à petit on en voit d’autres des comme nous (toi, moi, shalima qui se met au compost et tant d’autres) qui, une fois pensé le monde, ne peuvent plus consommer comme avant.

  • Répondre anacoluthe 26 avril 2013 at 11 h 34 min

    @lutecewoman : meuuuh non, je sais !! Je voulais dire par là que l’action individuelle, c’est bien, certes, mais qu’il faudrait qu’il y ait aussi du changement du côté de l’offre, qu’on nous propose des objets qui intègrent la durabilité…
    Et sans doute que l’action individuelle revendiquée haut et fort permettra aux marques et industriels de comprendre que les consommateurs sont mûrs pour qu’on leur propose autre chose…

    Less is more, j’en suis intimement persuadée, l’avoir ne fait pas le bonheur, mais c’est une notion qui ne sera pas je pense accessible à tous, d’une part, et qui par ailleurs est difficilement compatible avec notre économie… Donc, less is more ne peut pas être la seule réponse, il faut ça et d’autres choses !

  • Répondre lutecewoman 26 avril 2013 at 13 h 10 min

    Certes, et oui toujours c’est bien de dire. L’action aussi – boycott compris, et achats de produits de valeur, bio, etc… – servira. Sans doute la production évoluera-t-elle avec nos actions de consommateurs, puisque les producteurs et distributeurs veulent que nous utilisions ce qu’ils proposent. A nous de faire changer l’offre. Et moi aussi, je trouve que c’est affligeant d’en être encore là.

  • Répondre lutecewoman 26 avril 2013 at 14 h 04 min

    Ok, un petit article sur le less is more pour compléter ces commentaires. http://lutecelettucewoman.blogspot.fr/2013/04/less-is-so-more-flyladynet.html

  • Répondre anacoluthe 26 avril 2013 at 17 h 54 min

    @lutecewoman : hé hé, je vais voir ça de ce pas…

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