Lu ! Vu !

Oh mais qui es-tu, DSK ?!

21 mars 2013

dsk

Hier soir, j’ai regardé le documentaire réalisé par Gérard Miller : « DSK, l’homme qui voulait tout »
L’idée, c’était de coucher DSK sur le divan virtuellement (coucher et DSK, 2 mots qu’il est désormais périlleux d’accoler !) et de décrypter le personnage sous l’angle psychanalytique.

En résumé, Gérard Miller a analysé plusieurs faits : « Kahn », par exemple, est en réalité le patronyme de l’amant de sa grand-mère que le jeune Dominique Strauss a décidé d’ajouter à son nom, ce qui démontre « sa volonté d’inscrire la transgression dans son identité ».
Ou encore, le traumatisme vécu par le jeune Dominique lorsque ses camarades de classe ont été ensevelis lors d’un tremblement de terre expliquerait « son désir inconscient de tout vivre au grand jour, à découvert ».

Pendant le documentaire, je repensais à ce livre que j’ai lu l’autre jour, « Belle et bête » de Marcela Iacub, qui relate l’aventure de cette intellectuelle avec DSK. Si vous vous attendez à un récit pornographique, passez votre chemin, vous aurez seulement droit à quelques scènes torrides entre la langue de Dominique et l’oreille de Marcela, tandis qu’il lui déclame de la poésie, avant de s’évanouir de jouissance, ouhouhouh…

Mais la grande idée de ce livre, c’est l’interprétation qu’elle fait de DSK : pour elle, deux identités cohabitent en lui, l’Homme, et le Cochon. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est le Cochon qu’elle admire. L’Homme DSK lui semble veule, mesquin, égoïste, égocentrique. Mais le Cochon… le Cochon est libre, libertaire, généreux, prônant l’égalité de tous dans la luxure, et surtout, le Cochon est l’énergie vitale de DSK, celui qui permet à l’Homme de tenir debout malgré les difficultés…

Selon Marcela Iacub, l’affaire du Carlton ne serait pas le fait du Cochon, mais une vengeance de l’Homme DSK, humilié par sa situation de « petit caniche » vis à vis de sa femme richissime, et qui prendrait plaisir à humilier à son tour des hommes qui lui offrent argent et femmes sur un plateau, alors qu’il sait pertinemment qu’il ne leur donnera rien en retour…

Je ne vais pas prendre position sur la véracité de ces thèses, qui a tort, qui a raison, cette vérité existe-t-elle ? Ce qui me frappe, c’est l’existence même de ces analyses !

Aux Etats-Unis, le story-telling DSK était beaucoup plus simple : le riche pervers contre la pauvre innocente. Mais en France… En France, nous sommes tous tellement fascinés par la complexité de cette histoire que je ne serais pas étonnée que les psychanalystes inventent un jour « le syndrome DSK », ou comment un homme s’auto-détruit pour ne pas réaliser son destin…

Et si on vivait au temps des Grecs, je suis sûre qu’Homère et ses potes auraient modifié l’Odyssée pour qu’Ulysse fasse une petite escale sur l’île du Roi Dominiké Strauss-Kahné, mi-homme, mi-cochon…

Peut-être qu’on ne percera jamais le mystère DSK, mais toutes les projections qu’on fait sur lui, m’est avis que ça en dit beaucoup sur nous !

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EDIT du 25 mars :

Je comprends que l’on puisse avoir à propos de DSK une réaction de rejet pur et simple, compte tenu des actes qui ont été les siens. Je comprends qu’on puisse le juger moralement, mais dans ce billet, j’adoptai une autre perspective.

Pour affiner mon propos, je me focaliserai sur l’aspect « mythologique » de DSK, parce que finalement, la psychanalyse s’est beaucoup inspiré de la mythologique. Lorsque j’ai découvert la mythologie grecque, au collège, pendant les cours de grec, je me souviens de cet étonnement face à la violence des mythes grecs, et aussi face aux « héros » mythologiques, si ambivalents, si éloignés de la notion moderne de héros, car capables des pires abominations, dans la fureur de leur « hybris », cette forme de démesure qui dévaste tout sur son passage…

L’autre chose qui m’avait frappé, alors, c’était que tout cela n’était pas « justifié » : on nous présentait les actions des personnages, sans décrypter leur motivation à les faire. Et quand on ne sait pas pourquoi quelqu’un agit comme il agit – hormis la notion vague de destin ou de malédiction – c’est encore plus violent !

Eh bien voilà : il me semble que nous sommes dans cette même stupeur vis à vis des personnages de la mythologie grecque que vis à vis de DSK : la démesure en tout, démesure des fonctions, démesure de l’argent, et démesure sexuelle – fureur de l’hybris, on y est vraiment ! – mais tout cela alors même que cet homme n’explique rien, et que de l’avis même de ceux qui l’ont connu intimement,  il semble comme étranger à ses propres actions, sans auto-analyse… Cela est sans doute renforcé par le fait que le procès n’a pas eu lieu, n’aura jamais lieu, qu’il n’y aura donc jamais d’explications…

La mythologie grecque a enfanté la psychanalyse : puisque rien n’est expliqué, on peut tout interpréter. Et il me semble que la « démesure des actions sans aucune explication » de DSK produit les mêmes effets : la polysémie des analyses, pour tenter en vain de trouver un sens, là où probablement, il n’y en a pas…

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8 Commentaires

  • Répondre Marylin en bad 21 mars 2013 at 11 h 19 min

    Pas mal !
    J’avoue que je n’ai pas tenu plus de 5 minutes sur ce documentaire… non pas que ça ne m’intéressait pas, mais …pfff… encore DSK, quoi !
    En tout cas, suis convaincue que t’as pas tort avec ton « syndrome DSK » !
    Et vive le le Cochon libre !
    ++

  • Répondre anacoluthe 21 mars 2013 at 11 h 29 min

    @Marylin en bad : à propos de cochon, j’ai vu que du coup, les suggestions de billets similaires sont ceux sur mon cochon d’Inde : c’est l’inconscient de WordPress qui parle, là !

    Oui, encore DSK… mais je dois dire que je suis dans la catégorie de ceux qui aimeraient comprendre !

  • Répondre Luna Part 21 mars 2013 at 13 h 44 min

    j’ai pris ce docu en route et je regrette d’avoir raté le début (je suis arrivée dans la partie années 80 et je me suis surprise à le trouver « pas mal » 😮 )
    Cette affaire/ce destin/cet homme disent beaucoup de nous je crois.

    Quand le scandale a éclaté à New-York j’ai été frappé par le nombre d’hommes autour de moi qui disaient « mais c’est pas possible, c’est un traquenard »… alors qu’il avait déjà une réputation bien sulfureuse… alors que moi ça ne m’a pas étonné plus que ça, je me suis demandée si on vivait dans le même monde (les mecs, réveillez-vous ! le harcèlement c’est un truc tellement courant !)

  • Répondre anacoluthe 21 mars 2013 at 16 h 47 min

    @Luna Part : je ne sais pas si tu as vu la métamorphose années 70/années 80 – qui correspond à son remariage avec une communicante – incroyable, il est passé de Régis Laspalès à Bernard Tapie !

    Oui, cette stupeur, ça dit beaucoup de la manière dont on a tendance à considérer ce type de comportement en France : son côté « séducteur » était valorisé, en fait ! (d’où l’importance du choix des mots, parce qu’a posteriori, les femmes qui en ont fait les frais n’en parlent pas comme d’un « séducteur » mais plutôt comme d’un « harceleur » effectivement !)

  • Répondre electromenagere 22 mars 2013 at 9 h 49 min

    Pour moi le sujet DSK est un sujet touchy (touchy … beurk !)
    Et je voulais surtout pas regarder ce genre de docu tellement les analyses sur cet homme commencent à me sortir par les trous de nez. A toujours vouloir expliquer, on en finit par faire l’impasse sur le fondamental : comment il semble « naturel » qu’un homme de pouvoir soit aussi un homme qui a le pouvoir sur les femmes. Pour moi DSK c’est comme la partie émergé d’un iceberg de tous ses harceleurs qui considèrent que le pouvoir leur donne des droits illimités.
    Parler d’autodestruction pour DSK, c’est une manière d’éviter de parler de ce problème plus général.

  • Répondre anacoluthe 22 mars 2013 at 12 h 05 min

    je suis d’accord avec toi sur l’insupportable de cette apparente évidence : pouvoir = pouvoir sur les femmes (tu te souviens de cette pub ridicule pour une voiture « Il a la voiture, il aura la femme » ?!!!)

    Ceci dit, je pense que le cas DSK est un cas différent de ce qu’on peut voir classiquement chez les hommes politiques français, qui sont tous globalement très machistes, mais dont l’objectif number one reste le pouvoir !

    DSK est dans une logique où il risque tout – dont le pouvoir – pour… pour quoi, d’ailleurs, des virées en Belgique avec des prostituées, quoi !!!!

    On voyait ses + proches lieutenants politiques dans le doc, qui expliquaient pourtant qu’ils ne le connaissaient pas en réalité, que DSK ne souhaitait jamais partager des moments privés, discuter, aller au cinéma, etc, et que donc ils l’avaient cru quand il disait qu’il allait arrêter ses conneries avant la présidentielle… et au même moment – directeur du FMI – il faisait des virées sans gardes du corps en Belgique, ramené à son hôtel par des inconnues…

    Donc voilà, je pense que le sujet DSK comprend la problématique du lien entre pouvoir et séduction, mais qu’il y a quand même autre chose chez lui, et que cet autre chose reste mystérieux parce que totalement hors de la « raison » qui guide le comportement de la plupart des gens…

    C’est un peu comme quand on s’intéresse à la psychologie des criminels : on peut essayer d’en comprendre les ressorts tout en condamnant leurs actes…

  • Répondre Cilaïne 25 mars 2013 at 11 h 25 min

    Je n’ai pas vu le reportage, et ne suis pas trop éclairée sur cette histoire (si ce n’est me souvenir que je regardais BFM TV en boucle, sidérée à l’époque car justement je ne « connaissais » DSK que comme futur président de la France et n’étais pas tellement au courant de tout le reste !)

    Suis tout à fait d’accord que le harceleur n’a aucune excuse, et que la frontière est parfois mal perçue entre le « chercher à comprendre » et le « chercher des excuses ».

    Mais n’est-ce pas le propre d’une addiction de balayer tout le reste, « hors raison » justement, quel que soit le reste/risque et quelle que soit l’addiction ? En dehors de toute considération « morale » par rapport à la prostitution etc… c’est à mon avis le même cas de figure qu’un accroc au jeu ou à la drogue.

  • Répondre anacoluthe 25 mars 2013 at 12 h 41 min

    @Cilaïne : ça fait effectivement penser à ces gens qui jouent leur vie entière au casino, qui détruisent tout ce qu’ils ont construit, et qui continuent néanmoins… Son aventure avec Marcela Iacub, par exemple, c’est après New York et la déchéance en tout, on pourrait croire qu’il se serait un peu calmé… ben non, il y avait elle et plein d’autres (d’après ce qu’elle dit)…
    Donc ouais, ça fait vraiment addiction balayant tout.

    J’ai fait un édit essayant d’expliquer que mon angle n’était pas « quelle interprétation est la bonne ? » mais : pourquoi on essaye de trouver des interprétations à ses actions ?

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