Ecrit !

Je hais Noël, ou la confrérie des âmes en peine…

27 décembre 2012

Parfois, on ose briser l’omerta « Oh, tu sais, moi, Noël, je n’aime pas trop ça… ». Et bizarrement, en parlant, on se retrouve souvent face à un autre paria qui ose tout bas « Mais moi aussi, je déteste les fêtes ! »

Il y a ceux qui exècrent la course aux cadeaux, le trop de tout, trop d’achat, trop de gras, de doré, de sucré, de pailleté, trop de cris et de bruit, il y a les esseulés, les sans enfants qui n’en ont pas, ou plus, ou qui n’arrivent pas à en avoir, ceux pour qui Noël ravivent les peines, la tristesse d’être sans les siens ou la colère d’être près d’eux, les vielles haines rancies par la vie, il y a les anti ou les pro Jésus Christ, qui n’aiment pas cette fête chrétienne (dixit les anti) ou commerciale (dixit les pro), et il y a même le cas psychotique des «paternatalophobiques », les phobiques du Père Noël…

Confrérie hétérogène des âmes en peine, qui dit parfois cela à mi-voix, pour ne pas choquer – les autres, les réjouis – sans toutefois oser aller creuser là où personne n’a vraiment envie d’aller, du côté des raisons inconscientes, inavouables, impérieuses.

Mais alors, puisque nous sommes tant et tant d’affligés de la Nativité, pourquoi persister à la célébrer ? Pour les enfants, probablement, les fameux yeux brillants dont on se sent garant. Parce qu’on est obligé, pour eux, pour nous, pour la famille.

Et c’est là la difficulté de ce jour si particulier. A nul autre moment de l’année, on n’est confronté à une si impérieuse nécessité, un rite collectif et codifié. Tous ensemble, tous pareil, au même moment. Il n’y a pas d’endroit au monde pour y échapper, même les pays non chrétiens sont contaminés en version « paillettes, cadeaux et fête ».

C’est un passage obligatoire, qu’on peut si peu réinventer, à la différence d’un mariage par exemple, que les couples aujourd’hui se réapproprient comme un « beau jour » à leur image.

Et puis, on n’est pas seul, dans cette histoire. On ne peut pas énoncer version égo « ce sera ça pour moi et puis voilà » car ce jour-là, on est tous embarqués sur le même voilier, individualités collées-serrées, contraints de tempérer, d’obtempérer au collectif festif syndical.

Si seulement on pouvait, 7 jours d’affilés sans se réveiller, vivre Noël sans le vivre en vrai, si seulement existait, la confrérie des endormis…

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6 Commentaires

  • Répondre Mikl 2 janvier 2013 at 0 h 26 min

    C’est tellement parlant (criant?) cette absence de commentaires…J’ai failli toucher à rien, laisser le silence à sa place. Puis finalement non, car vous n’êtes pas toute seule à penser que oui, ce sont bien les 7 jours les plus plombants de l’année. Hier, le soleil a tenté de nous faire croire qu’on était en Avril! Le soleil est avec vous, Ana… 😉

  • Répondre anacoluthe 7 janvier 2013 at 16 h 37 min

    @Mikl : oui, c’est bizarre, hein, parce qu’il me semble que nous sommes quand même nombreux à le penser tout bas, mais de là à le dire, visiblement, il y a un pas… ou alors, c’est tout simplement que tout le monde fait une pause pendant les fêtes !
    Enfin, c’est fini, jusqu’à le prochaine fois !

  • Répondre La vie en presque rose 8 janvier 2013 at 11 h 29 min

    Moi, depuis que je n’ai plus de petits yeux qui brillent autour de moi (fini les petits ici… jusqu’aux éventuels futurs petits-enfants), ce qui me plaît, dans Noël, c’est justement son caractère hypercollectif, un truc qui fait de nous les Occidentaux si loin de la tradition une tribu à l’ancienne quoi. Bon, je sais pas si je m’explique bien. Et pourquoi pas de commentaires ? Parce que pendant les fêtes y’a personne sur le Ouaibe.

  • Répondre anacoluthe 9 janvier 2013 at 17 h 29 min

    @La vie en presque rose : je crois que ce côté collectif pourrait bien me plaire aussi, s’il n’était pas aussi programmé-obligé… et en plein hiver ! (j’aime pas l’hiver, le froid et la nuit à 5 heures !!)
    Et oui, c’est clair qu’il n’y a personne en ligne pendant les fêtes… même pas moi !

  • Répondre Psycho, déco and co 14 janvier 2013 at 8 h 27 min

    […] pire moment de l’année, donc, au meilleur. Parce qu’alors on va avancer au lieu de se lamenter, laver sa vie dans le lavis, nettoyer les soucis, recommencer un cycle, et puis éprouver le grand […]

  • Répondre Noyeux Joël 20 décembre 2015 at 9 h 51 min

    Je hais Noël ET le jour de l’An. Depuis toujours et pour une question de caractère, le mien, retors à tout ce qui est grégaire, codifié, imposé par le calendrier, parce que je ne suis pas famille et que d’ailleurs je n’en ai pas, parce que la famille c’est se fader les emmerdes des autres en plus des siens, particulièrement à l’occasion de ces impostures festives qui resurgissent chaque fin d’année et régulièrement lors des annivs, Pâques et autres célébrations de troupeau.
    Après, la foire à la conso, disons que je suis partagé entre l’indifférence et une forme vicelarde de compassion. Au jour d’aujourd’hui les gens n’ont que ça, les p’tits cadeaux, les gadgets jetables, c’est comme la foi religieuse et toute espèce de croyance, ça leur sert de béquille, ils se sentent exister à travers ces merdes pour lesquelles ils s’endettent et qu’ils vont refiler dûment enveloppées à leur entourage histoire de leur démontrer qu’ils leur consacrent du fric = de l’intérêt, de l’affection, de l’amour, rayer la mention inutile au catalogue des hallucinations collectives.
    Il doit y avoir chez moi une part de vécu qui explique ce dégoût que j’ai des fêtes de fin damnée. Ouais ouais Docteur Freud, je confirme, il y en a une. Et après ? C’est irrémissible.
    A chaque fois que j’ai eu quelqu’un dans ma vie, je me suis efforcé de tenir au mieux mon rôle dans cette comédie de masse. Sans être convaincant et encore moins convaincu.
    Je compte les jours qui me séparent de la conclusion temporaire de cette calamité…

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