Maman

La petite fille et la peur

6 septembre 2012

Un jour, la machine s’est déréglée. La petite fille refusait d’y aller. Où ? Un peu partout. Au supermarché, chez des amis, à la piscine, au restaurant. Et à l’école surtout.

Bien sûr, depuis quelques années, la peur guettait, elle grignotait, peur de la récré, peur de la cantine, peur de pas de copine, de pas y arriver, le cartable, les cahiers, les notes et tout le reste. Mais elle tenait, encore.

Et puis un jour, la peur a mangé la petite fille. Pffiout, plus de jambes, plus d’envie, plus rien.

Dans les récits, il y a la peur, il a l’après. Le héros est initié, il a triomphé du dragon, tout le monde peut souffler, et le féliciter.

Dans la vraie vie… Dans la vraie vie, on commence par être démunis. Le câlin qui fait du bien, le bisou qui console de tout, ça ne marche plus tout ça. Ça ne donne pas l’envie, de se lever, de s’habiller, d’affronter la récré alors qu’on a tellement peur de pleurer.

Dans la vraie vie, il n’y a pas la victoire et puis c’est tout, passons à autre chose. Il y a des jours avec, et des jours rien du tout. Des progrès auxquels on ne croyait plus, et des blocages dont on pensait qu’on ne les entendrait plus.

Il y a le refus, parce que se faire aider, c’est admettre qu’on est quelqu’un à soigner, différent.

Il y a la rentrée, avec des jours avant l’envie d’y aller, à préparer son sac à goûter et ses crayons à tailler, et puis après l’impossibilité de se lever, les pleurs l’horreur quand malgré tout on doit affronter la cour, et puis après un maître qu’on croyait terrible et qui vous chuchote à l’oreille que oui, vous allez y arriver.

Et puis après ?

Dans la vraie vie, l’après n’est pas écrit, il y a les jours et puis les jours, les mauvais et les bons. La vie n’est pas un roman bâti-cathédrale, la vie est une anacoluthe, et Dame Nature fait ce qu’elle peut…

 

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14 Commentaires

  • Répondre l'expat de biarritz 6 septembre 2012 at 12 h 25 min

    Ne jamais hésiter à se faire aider.
    Accepter de se faire aider n’est pas reconnaitre qu’on est différent. C’est se connaître suffisamment pour savoir que, là, le morceau est trop gros, il faut s’y mettre à deux. Accepter de se faire aider c’est être plus malin que les autres (ceux qui s’épuisent à tenter de s’en dépêtrer seuls). Quitte à entendre le praticien vous dire un jour « je pense que vous n’avez pas besoin de moi. » (et ce jour là est vraiment bon !)

    Courage !

  • Répondre anacoluthe 6 septembre 2012 at 12 h 31 min

    @l’expat : ah mais c’est pas moi qui refuse de me faire aider, c’est « la petite fille » ! Donc voilà, faut aider quelqu’un sans surtout qu’il s’en rende compte, ça complique un peu la tâche…

  • Répondre Cilaïne 6 septembre 2012 at 14 h 32 min

    Ton texte est magnifique, une fois de plus….
    Quoi dire d’autre…en dehors du fait qu’évidemment je croise les pouces (même ceux des pieds comme dirait ma mother) pour que, comme dans les récits, bien vite arrive l’heureux après, enrichi et serein.
    (Mais elle a fait sa rentrée, c’est déjà une énorme victoire, non ? Etait-elle fière de ça, le soir ?)

  • Répondre anacoluthe 6 septembre 2012 at 18 h 00 min

    @Cilaïne : bien sûr que c’est déjà une énorme victoire et que moi aussi je croise tous les doigts disponibles pour la suite !
    mais le coup de la progression non-linéaire et du un jour après l’autre, je pense que c’est important qu’on le garde à l’esprit…

  • Répondre MissBrownie 7 septembre 2012 at 11 h 06 min

    Ton billet me donne des frissons …
    Vraiment les enfants, ce n’est pas toujours simple… La vie n’est pas un long fleuve tranquille à leur côté.

  • Répondre anacoluthe 7 septembre 2012 at 14 h 44 min

    @MissBrownie : non, pas de tout repos hein ! En même temps, j’en reparlerai si j’arrive à faire ce billet, tout ceci me fait comprendre, apprendre, découvrir tellement de choses…

  • Répondre Sosso 8 septembre 2012 at 14 h 36 min

    J’étais comme elle, petite.
    En plus de mes peurs, je gérais celles des autres: de mon petit frère, de ma mère, des copines….

    La petite fille sait-elle que la peur peut devenir un moteur, peut nous aider à avancer?
    Et comme la petite fille est artiste, elle pourrait exorciser en peignant/écrivant/ jouant au théâtre? Le théâtre m’a libérée de beaucoup d’angoisses…
    Plein de bisous encore en vacances à toi et à la petite fille.

  • Répondre anacoluthe 10 septembre 2012 at 14 h 17 min

    @Sosso : bisous à toi aussi et merci pour ton com’, dis… la famille est un système, c’est un des nombreux fils à démêler dans toute cette pelote… et en effet, tu as raison, je pense que sa créativité est une des clés.

  • Répondre Ness 13 septembre 2012 at 20 h 13 min

    Ma soeur connaît ça, j’ai connu ça et je le vis encore certains jours (comme tu le dis, ce n’est pas linéaire…). Il me semble bien du coup que la famille est un noeud, la coïncidence serait trop grosse :)
    Peut-être qu’accepter d’être aidé ce n’est pas être différent mais accepter d’être humain. Et accepter d’avoir peur, apprendre la sensation plutôt que d’avoir peur d’avoir peur…
    Des bisous

  • Répondre anacoluthe 14 septembre 2012 at 11 h 35 min

    @Ness : merci pour ton com’ que je trouve hyper intéressant par les pistes qu’il m’ouvre, le nœud familial, accepter d’être humain, apprendre la sensation… de l’avis même des psys, c’est une pathologie complexe car elle multiple, il faut démêler les fils, et c’est pas facile…

  • Répondre MilaEve 19 septembre 2012 at 9 h 42 min

    très joli texte, la petite fille au début j’ai cru que c’était toi…
    Moi je trouve que c’est déjà une chose positive (et si j’osais, une chance immense) de pouvoir exprimer et vivre cette peur et qu’elle soit accueillie par sa famille…. Le pire, ça serait de la refouler, de se faire violence et de faire comme si… pendant des années… oui ça c’est dûr…

  • Répondre anacoluthe 20 septembre 2012 at 12 h 07 min

    @MilaEve : merci… quelqu’un m’a dit ça, d’ailleurs : vous avez entendu votre fille, vous vous êtes remis en cause, aussi, ce n’est pas toujours le cas, chez bien des parents…
    et je l’ai dit au-dessus, je suis persuadée que de tout cela sortira quelque chose de positif, au fond.

  • Répondre Et si l’école était différente ? | la vie est une anacoluthe 5 juin 2013 at 17 h 48 min

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