Maman

Super Nanny m’a tuer (pourquoi tu ne me verras pas sur M6)

12 juin 2012

 

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Ce soir là, elle m’a dit « Non mais Super Nanny – RIP, okay – mais il n’en reste pas moins que c’est l’arnaque éducative du siècle ! La seule raison pour laquelle ça marche, la méthode Super Nanny, c’est parce qu’elle n’est pas la mère… »

C’est à ce moment-là, en écoutant cette amie dont j’admire tant la capacité à être mère, tant sur un plan qualitatif que hum hum quantitatif, que je me suis dit que oui, le ver était peut-être dans le fruit.

Comme des milliers de parents, des années auparavant, j’avais passé des soirées effondrée devant le petit écran, à reconnaître mes enfants – les justement nommées « Mini-Monstres » – dans les caricatures de sales mioches dressés par Cathy la Nanny.

Moi aussi, je m’étais dit que si mes enfants étaient incontrôlables, c’était peut-être, shame on me, parce que j’étais dans l’incapacité de les contrôler.

Avoir un enfant dit difficile, c’est pénible dans le cercle étroit de la famille, mais ça l’est plus encore quand on est confronté aux regards extérieurs, le grand-père moralisateur, les bonnes âmes du supermarché, la maîtresse experte en art de mâter, ou tout simplement les amis, qui vous regardent d’un air entendu « tssss, avec moi, ça ne se passerait pas comme ça »…

Alors oui, Super Nanny m’a tuer, parce que j’ai passé des années à me culpabiliser de n’avoir pas su dressé, édicté, posé les limites comme il le fallait…

Et puis voilà, un jour, Mini-Monstre en Second a été tellement mal, tellement loin, tellement tant pour une enfant de 7 ans, que j’ai réalisé ce que sans doute jusqu’à présent je n’avais pas su voir :

Cet enfant était profondément, indubitablement, malheureuse.

Alors je ne vais pas dans le détail, ici, en ces lieux, t’expliquer tout ce qui s’est passé pour nous dans les mois écoulés. Je ne vais pas, car, par une étrange concordance de situation, la même chaîne qui m’avait induite en erreur m’a quelques années plus tard ouvert les yeux : souviens toi, clic clic là, je disais les tourments de Mini-Monstre sur la nourriture.

Je le disais, pour engager réflexion sur le rapport à la nourriture que nous autres adultes induisons avec les fillettes.

Mais – méandre de l’internet – cet article a incité une journaliste de M6 à me contacter, pour que ma petite, mon bébé, puisse témoigner de son dégoût momentané de la nourriture.

Cela m’a glacé le sang.

Imaginer que je pourrais ainsi exposer mon enfant à la vue de tous, amis, école, badauds, que ma fille serait ainsi stigmatisée pour quelque chose sur lequel, précisément, j’avais choisi de ne pas insister, de ne pas dramatiser, pour ne pas donner prise à l’événement, ne pas induire d’affect, d’enjeu, de problème où il n’y avait pas lieu d’être…

Non pas que cette journaliste m’ait paru malhonnête, où que l’émission dans laquelle elle me proposait d’apparaître fut sensationnaliste, mais il m’a semblé que le principe même d’exposer quelqu’un dont on a la responsabilité, de l’exposer dans sa situation de détresse, était le pire que l’on puisse faire à un enfant en tant que parent.

Et alors, rapport de cause à effet, je me suis demandé s’il en était de même ici, sur ce que dis de mes enfants.

Je dis, je répète, mais pas assez peut-être, que le blog, ce n’est pas la vraie vie.

Je ne sais pas si les choses sont aussi claires aujourd’hui, maintenant que tant de gens bloguent, maintenant que le modèle dominant semble être de se raconter, soi, ses tenues, ses journées, sa vérité.

Pour moi, tout n’est pas faux, tout n’est pas vrai, et peu importe : je raconte des histoires, dont la matière a souvent pour point de départ quelques événements de ma vie, auxquels je mélange d’autres choses aussi.

Donc quand je dis les « Mini-Monstres », ce ne sont pas tant mes filles que des enfants, des enfants dans l’absolu, des histoires d’enfants dans lesquels peuvent se reconnaître des parents.

Ou il y aussi, comme là, le cas où j’aborde un thème qui pourrait faire débat. C’est une nuance, mais elle me paraît d’importance, car le fait particulier ne vaut pas autant que les discussions qu’il permet de soulever, il est point de départ, et non point d’arrivée.

Aussi, je ne vais pas, donc, te raconter par le détail tout ce qui s’est passé ces derniers mois avec ma Mini-Monstre. Mais il m’a semblé nécessaire de dire cela. Il m’a semblé que peut-être, je n’étais pas la seule mère, pas le seul parent abusé par l’illusion Super Nanny : un enfant qui désobéit, un enfant qui refuse les règles, un enfant qui fait des crises, ce n’est pas forcément, automatiquement, un enfant qui a besoin d’être recadré.

J’ai appris qu’il y a le même pourcentage de dépressions chez les enfants que chez les adultes. Mais bien souvent, elles ne sont pas détectées, car il paraît impossible d’envisager cette possibilité.

L’enfance est l’âge béni du bonheur que nous autres adultes, soucieux, stressés, regrettons d’avoir quitté.

C’est ce que nous croyons, ce que toute une société – qui plus est de consommation – nous répète à longueur de journée : l’enfant est bienheureux, souriant, insouciant.

Comment pourrait-il ne pas l’être, alors que nous, ses parents, l’élevons en notre âme et conscience pour qu’il le soit ? Si notre enfant n’était pas heureux, nous serions alors de si mauvais parents, de si mauvais et si insupportablement tristes parents, que cela ne peut pas être. La possibilité que la chair de notre chair soit malheureuse, c’est une douleur telle, qu’on préfère parfois ne pas l’envisager…

Les médecins eux-mêmes peuvent ne pas entendre les symptômes d’un mal-être qui, chez l’enfant, sont bien différents de l’adulte. L’enfant déprimé ne dira pas « ça ne va pas », il sortira du cadre, il somatisera, il agira en somme, là où l’adulte parlera. Et ses parents diront « cet enfant est épuisant » et il se passera peut-être des mois avant que l’on comprenne. Ou pas.

Aujourd’hui, pour Mini-Monstre, les choses vont un peu mieux, un petit peu seulement. Tant d’heures passées à chercher, tant de tristesse, de découragement, et puis, une rencontre, un peu d’espoir.

Mais cela est une autre histoire.

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« Tu vois, Maman, quand je fais mes créations, la vie est belle » dit-elle.

Dessiner, couper, mélanger des couleurs, coller des tissus ou des fleurs, trouver, cisailler, franger… Mini-Monstre cherche, des heures entières, assise à sa table.

Et je me dis, l’espoir est là, aussi, ce sentiment puissant qui pousse l’être humain, depuis la nuit des temps, à fabriquer du beau, du quelque chose qui n’est pas soi mais l’est quand même, c’est le souffle de vie, en nous, qui nous dépasse…

 

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7 Commentaires

  • Répondre l'expat de biarritz 12 juin 2012 at 9 h 09 min

    Heureusement que « le blog c’est pas la vraie vie », sinon je ne serais qu’une futile et pathétique provinciale wanna be parisienne, bag-addict, mauvaise mère… Quant à super-nanny, on n’a jamais vu tout ce qui est coupé AU MONTAGE !

  • Répondre Stelda 12 juin 2012 at 10 h 18 min

    Ton article est très fort et très juste.
    Il m’a bouleversée.

  • Répondre anacoluthe 12 juin 2012 at 15 h 24 min

    @l’expat de biarritz : ah bon, tu n’es pas vraiment bag-addict ? 😉
    oui, et surtout, on n’a pas vu tout ce qu’il se passait APRES le tournage !

  • Répondre anacoluthe 12 juin 2012 at 15 h 25 min

    @Stelda : merci…

  • Répondre Sosso 13 juin 2012 at 23 h 50 min

    S’exprimer. En parlant, en écrivant, en créant. L’essentiel est de s’exprimer. Ta fille et toi le faites très bien…

  • Répondre anacoluthe 14 juin 2012 at 17 h 00 min

    @Sosso : disons que s’exprimer permet de supporter, de dépasser les choses, oui…

  • Répondre Miladj 1 juin 2017 at 16 h 01 min

    L’article date, je tombe dessus par hasard et je me laisse porter par les écrits, les sujets… Je ne sais même pas -au moment où j’écris ces lignes- si le blog lui-même est toujours alimenté…

    On me pousse régulièrement à faire un blog sur ma vie, mes créations, ma famille, mes enfants, leurs mots, leurs maux… et je n’en vois pas l’intérêt. Il y en a tant…
    Cet article confirme cela : il ressemble énormément à ce que j’aurai pu dire moi-même. Et je trouve ça génial.

    Nos enfants peuvent aller mal. Vraiment. Comme nous.

    Aujourd’hui je vis avec une petite fille de 7 ans (comme dans l’article) qui me parle de son poids (« comme dans l’article ») et qui a une activité principale : les créations en tous genres. Comme dans l’article…
    Alors bien sûr ça me touche d’autant plus.

    Et je crois que je vais changer quelques petites choses, pour qu’elle et moi allions mieux. Et son frère. Et ma compagne…

    Merci et bravo.

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