Ecrit ! Humeurs

Rouler décapoté…

31 mai 2012

ll y a méprise sur la décapotable. Énorme méprise. Je le sais d’autant plus qu’il y a moins d’un an, je me trompais moi-même sur la question.

Je pensais alors qu’enlever le toit de sa voiture, c’était le signe évident d’un ego surdimensionné, avec cette volonté parfaitement déplacée d’exhiber aux autres – passants et conducteurs – que soi, on en a, de l’argent, des cheveux, des lunettes griffées et des décibels entre les oreilles…

Je regardais donc d’un œil condescendant tous les possesseurs de voiture décapotable. Pire, au feu rouge, je ne les regardais pas, pour ne pas leur donner le loisir de se croire envié par l’« Autre » pour leur bonne fortune.

C’était encore le cas l’été dernier.

Et puis cet hiver, il y a 6 mois, mon homme s’est acheté la décapotable de ses rêves. Enfin, pas LA décapotable de ses rêves (notre Codevi n’y suffirait pas) mais UNE décapotable, chose dont il rêvait depuis l’enfance. Une voiture pas franchement confortable, pas exactement puissante, pas tout à fait jolie, pas vraiment neuve, mais décapotable.

Et mon homme a avec les décapotables le même rapport flegmatique que ces anglais retraités que l’on croise sur les petites routes de campagne en polo et casquette de sport : « hum hum » peut-il par exemple s’exclamer en mettant le nez dehors par un matin brumeux du mois de février « il fait un temps splendide aujourd’hui ! Je crois que je vais décapoter… »

A l’inverse, pour quelqu’un comme moi dont les pieds sont parfois gelés en plein mois de juillet, les plaisirs décapotés semblaient limités (et puis « sortez couverts » m’a-t-on toujours dit !)

Pourtant, le week-end dernier, l’été est enfin arrivé. Et tous mes principes, comme mes cheveux, se sont envolés dans le vent.

Rouler décapoter par une journée ensoleillée sur une petite route de campagne, c’est une expérience de liberté incomparable.

Il y a les cheveux, donc, les cheveux dans les yeux ou la nuque, les cheveux qui font exactement ce qu’ils veulent. Il y a la sensation grisante de vitesse, alors même qu’on ne dépasse pas les limitations, mais c’est la délicieuse illusion du vent sur le visage. Il y a le soleil qui chauffe les épaules. Il y a les odeurs, d’herbe fraîche et de fleurs. Il y a l’horizon, le bleu à perte de vue, tout au-dessus, le vert sur les côtés, comme si on se mettait à rouler seul au milieu des nuages.

Il y a la musique, la musique qui enveloppe et puis s’échappe dehors, réveillant les buissons. Certaines musiques semblent avoir été composées pour la décapotable. Dépêche Mode. Cassius. Mathieu Chedid. Mozart. Ou plutôt : la musique aimée prend une toute autre dimension à s’échapper dans l’air. Comme si son énergie propre, ou sa beauté, ou sa tristesse, enveloppait le monde qui nous entoure pour lui conférer la même charge d’âme.

Et je réalise que la méprise est là : avant de l’avoir fait, je croyais que l’on roulait en décapotable pour épater les autres, alors qu’en réalité, rouler décapoté est un plaisir solitaire, un voyage hédoniste, une petite joie d’être là, dans le vent, le soleil, la musique.

Et voilà pourquoi ce sentiment, immédiat, d’être en vacances, s’installe quand on enlève le toit : on est ici maintenant avec les éléments, sans trop penser, comme à la plage mais en ville…

Non, je n’ai pas fait ces photos au volant de ma décapotable (Photographier en roulant tue). Je les ai faites au fabuleux Parc Mosaic. Avec mon Iphone. Et en aveugle, puisque mon écran vire au noir en plein soleil. (je suis donc hyper supra mega fière de mon sens du cadrage au parfait pifomètre !)


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12 Commentaires

  • Répondre MissBrownie 31 mai 2012 at 13 h 04 min

    J’adore ce billet!
    Toi aussi tu fais partie de la secte des pieds gelés !? Bienvenue au club!
    Sinon le parc Mozaic, ça vaut vraiment le coup???

  • Répondre Mikl 31 mai 2012 at 13 h 41 min

    Ce qui m’étonne, me navre, me désole, me sidère, en un mot : m’ESTRANSSINE! C’est que vous, Anacoluthe, lectrice avisée de la Critique de la raison pure, ayez pu avoir ce type de préjugés sur nos amies les décapotables. Et Le Mépris? Et Fellini? Et la Dolce vita? …Toute la nuit danser le calypso? Hmmm?

  • Répondre Cilaïne 1 juin 2012 at 0 h 06 min

    J’ai eu un amoureux qui roulait en décapotable (j’aurai pu écrire « j’ai eu un amoureux qui roulait décapoté » , mais je me suis retenue…). Il faut croire que je n’étais pas assez amoureuse parce que je n’en retiens que les cheveux qui s’emmêlent et qui graissent, les coups de soleil sur les cuisses et, par voie de conséquence, le bronzage avec marque du short…
    (bon, j’exagère un peu beaucoup, et ton billet me redonne envie du coup. Sauf que ça me tenterait en campagne, mais en ville, je serai terrorisée, totalement vulnérable, à la merci du crachat, du kleenex souillé ou du megot jeté par un fou au feu. J’ai la phobie des fous)

  • Répondre anacoluthe 1 juin 2012 at 10 h 54 min

    @MissBrownie : oh oui, Mosaic, c’est vraiment sympa, l’idéal pour un WE ensoleillé ! On peut même y faire son barbecue (il faut réserver, je crois)… et puis buller sur l’herbe, ou dans les transats… et bien sûr, il y a tous ces jardins très jolis, pour une petite balade (même les enfants aiment, promis !)

  • Répondre anacoluthe 1 juin 2012 at 10 h 56 min

    @Mikl : c’est vrai, tu as raison, je vais de ce pas me flageller pour mes mauvaises pensées ! A ma décharge, les gens que je croisais en décapotable dans mon coin ne faisaient pas tellement penser à la Dolce Vita, dans l’esprit… (surtout musicalement parlant !)

  • Répondre anacoluthe 1 juin 2012 at 10 h 57 min

    @Cilaïne : c’est vrai que je préfère les petites routes de campagne (ou semi-campagne près de la ville, il y en a plein près de chez moi) à la ville en elle-même, où on peut se sentir un peu trop « exposée » en effet. Dans ce cas, je remonte les vitres, et je me sens un peu plus à l’abri…

  • Répondre bergamote 1 juin 2012 at 16 h 28 min

    Je valide: la décapotable, Dépêche Mode à l’air libre, la route de campagne, et…la phobie des fous.

  • Répondre anacoluthe 1 juin 2012 at 16 h 59 min

    @bergamote : et les fous en pleine campagne, les fous qui ne supportent pas Dépêche Mode et qui t’agressent sauvagement ?!

  • Répondre helenablue 3 juin 2012 at 9 h 09 min

    101% d’accord avec toi, j’adore ça quand on peut enfin rouler décapoté, c’est comme avoir un jardin roulant, cette sensation de liberté, les cheveux au vent…
    Je viens par bonheur d’en refaire l’expérience, suis descendue du Nord au Midi la tête dans le ciel et la musique des anges plein les oreilles, un vrai voyage, une liberté, un bonheur, une grâce même par 15°, suffit de mettre un bon coup de chauffage!
    Je ne pourrais plus me passer de sa décapotable!
    Welcome!!

  • Répondre Blogueuse égarée 6 juin 2012 at 10 h 34 min

    Ah ouais, comme toi pour l’image du frimeur en décapotable que je mets un point d’honneur à ne pas regarder des fois que ça lui ferait plaisir. Bon, moi je suis pas passée à la décapotable, mais au toit ouvrant. C’est moins bien, mais c’est bien quand même. Ca va mieux les soucis, on dirait ?

  • Répondre anacoluthe 7 juin 2012 at 11 h 36 min

    @helenablue : tu aimes bien sur autoroute, toi ?! tu es une pure et dure, alors ! Moi je trouve ça un peu too much, je me sens trop « petit oisillon à la merci des camions », cheveux au vent sur l’autoroute…

  • Répondre anacoluthe 7 juin 2012 at 11 h 38 min

    @blogueuse égarée : je connaissais le toit ouvrant, mais en termes de sensation, c’est assez limité (en terme de bronzage, en revanche…)
    Ecoute, ça va… moyen, selon les jours, un pas en avant, deux pas en arrière, je crois que je vais faire un post sur le sujet, quand même…

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