Humeurs Maman

Mauvaise mère ?

26 mars 2012

C’était il y a quelques mois. Elle m’avait dit, regarde ça, je crois que tu aimeras.

 Ca, un documentaire d’Yvonne Debeaumarché et Juliette Armané sur les Mères indignes, diffusé sur France 4.

J’avais souri – combien de fois n’ai-je entendu ma propre mère se féliciter de n’avoir pas été une mère parfaite, de celle qui vous étouffe sous trop de présence, sous trop d’amour, sous trop de tout ? De celle qui vous conduise droit chez le psy, ça fera 40€ merci, pour parvenir enfin à vous en décoller et à trouver votre identité.

Donc moi aussi, comme ma maman chérie qui nous a « hum si bien réussi », j’aspirais à la mauvaise maternité en toute impunité.

D’autant qu’aujourd’hui, comment ne pas se revendiquer mère indigne ? Parce que mon dieu, on est moderne, on aime ses enfants mais enfin, pas autant que sa liberté, liberté constituée à part égale du droit de travailler et du droit aux soirées de filles bourrées.

Oui oui, on vous le certifie, on est une mauvaise mère donc on est, incontestablement, irréfutablement, une bonne maman.

 

J’ai regardé le « ça » un soir d’hiver. J’ai regardé, et très vite les larmes sont montées. Pleurer pleurer sans s’arrêter, à réaliser que ce n’est pas indigne qu’on se sentait, mais pire, bien pire que ça : pas à la hauteur.

Il faut avoir confiance en soi pour oser affirmer – ne serait-ce qu’à soi – « je suis une mauvaise mère et voilà ».

Mais le sentiment profond de ne pas y arriver, de ne pas être programmée pour materner, la peur qui monte d’être seule avec son bébé, il faut des années pour s’aventurer à le formuler. Même quand on l’a dépassé. Car il y a un après.

On ne sait pas et puis… les enfants grandissent et les peurs s’évanouissent. On y est arrivé, finalement. On élève des enfants, pas parfaitement mais pas indignement ; on a fini pas accepter sa part d’humanité.

Pas mauvaise mère exactement, mais mère tout simplement…

 

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14 Commentaires

  • Répondre Stelda 26 mars 2012 at 9 h 27 min

    C’est tout à fait ça! Pourquoi les pères ne se posent-ils jamais ce genre de questions ? voilà une terrible inégalité!!

  • Répondre electromenagere 26 mars 2012 at 9 h 31 min

    Moi je n’aime pas ce concept de mère indigne, qui sous couvert d’humour finalement, nous enferme dans une notion négative surtout que le mot indigne est vraiment très fort quand on y pense, ça voudrait dire qu’on est pas digne d’être mère, qu’on ne le mérite pas. On devrait plutôt nous décrire comme les mères indignées, celles qui refusent de s’enfermer dans le carcan de la mère au foyer qui ne vit que pour ses enfants.

  • Répondre anacoluthe 26 mars 2012 at 11 h 58 min

    @Stelda : pour avoir travaillé sur le sujet des pères pour le boulot, ce n’est pas forcément évident pour eux non plus – il y a eu une érosion de tous leurs rôles traditionnels – mais disons que leur question est plutôt « c’est QUOI, être père aujourd’hui ? » alors que nous, on est dans le « c’est quoi, être une BONNE mère? » il me semble !
    Donc oui, la pression implicite est + forte, comme si nous – de par notre nature même de femme – on « savait » à la base ce que c’est qu’être parent… alors que c’est un chemin, un apprentissage, pour eux comme pour nous !

  • Répondre anacoluthe 26 mars 2012 at 12 h 04 min

    @electro : indignados mamas ! Je comprends ce que tu veux dire, être « indignée », c’est se ré-approprier le terme plutôt que de se laisser imposer une condition (très moralisatrice, à la base, même si on la revendique pour la désamorcer) d' »indigne » !
    Mais en l’occurrence, ce que j’exprimais, c’est que au tout début, je ne me suis pas sentie dans cette position de pouvoir dire « je suis comme ça et puis voilà », je me suis juste sentie perdue, et je trouve que c’est long, de trouver la confiance nécessaire en ses capacités de mère pour pouvoir affirmer qu’on choisit de l’être de cette façon-ci ou de cette façon-là…

  • Répondre bergamote 26 mars 2012 at 14 h 26 min

    Très émouvant! alors perso, j’ai été abonnée au psy à 50€ pour aller déverser mon mal être face à ma mère (tjs pas résolu), et je me traite souvent de « mère indigne ». Je n’aime pas jouer avec mes filles (mais leur père le fait), je m’ennuie à les attendre devant l’école au milieu d’une peuplade de villageois qui commente systématiquement la météo (leur père aussi), je jubile à l’idée d’aller SEULE à la plage. Mais par contre je suis top pour les faire travailler (elles adorent!), pour leur préparer à goûter et sauver les fringues tâchées-déchirées… Bref tout ça pour dire qu’on peut peut-être suivre un schéma personnel fondé sur un autre équilibre. Le mien réside dans une part de liberté et d’égocentrisme non négociables (très impopulaires mais assumés après 7 ans de congé parental) et une part de disponibilité absolue (quand il le faut) partagée avec leur père. Tout ça a pris du temps… (pardon pour la longueur!)

  • Répondre Camille 27 mars 2012 at 0 h 08 min

    J’aime beaucoup ce billet.
    Voilà.

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2012 at 9 h 58 min

    @bergamote : 7 ans de congé parental, on peut dire que tu as fait ta part, tu as certes droit à un gros bout de liberté à croquer !! Inventer ses rôles, c’est bien aussi… mais je me demande s’il ne faut pas attendre que nos enfants soient eux-même parents pour qu’ils comprennent qu’on peut être parents autrement, non normativement (pas comme les parents des petits copains de l’école, pour faire court ! parce que c’est bien connu que TOUT ce qu’ont les petits copains, jean de marque, maison, parents, c’est mieux !)

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2012 at 9 h 59 min

    @Camille : et ce que j’aime bien, c’est que parfois, 6 mots disent beaucoup…

  • Répondre sabcestbien 28 mars 2012 at 15 h 52 min

    c’est drole que je tombe sur ton article après avoir vu ce reportage de la 6 sur ces mères qui déraillent… aiment leurs enfants mais commentent l’irréparable.
    et qu’on cataloguent simplement de mères indignes.

    il m’a touché au fond de l’ame car moi aussi j’ai senti que je pouvais dérailler un jour. Que j’étais au fond du trou et que personne le voyait.
    oui, je l’ai fais toute seule mon baby-blues. J’y ai survéçu mais ça n’a pas été facile.
    Là j’ai consulté et trouvé une infirmière psy qui m’a beaucoup aidé, dommage que j’ai déménagé…
    Pas facile d’etre mère, ni d’etre fille (encore moins fille d’une paranoiaque notoire ).

    Oui je sais que je ne serai pas une mère parfaite mais je serai un meilleure mère que la mienne l’a été pour moi et cela sera une victoire !

  • Répondre anacoluthe 28 mars 2012 at 17 h 39 min

    @sacestbien : j’ai écrit ce billet la semaine dernière (enfin, j’y pensais depuis longtemps en fait…) avant la diffusion de l’émission, donc, que je n’ai pas vu, mais j’ai lu pas mal de choses dessus… et notamment, quelqu’un qui disait que le fait les parents – auparavant – étaient entourés devait quand même atténuer le choc violent qu’est aujourd’hui une naissance (enfin, sauf bien sûr si l’entourage est une mère comme tu décris la tienne…)
    Parce que oui, des heures seule dans un appart avec un bébé qui hurle sans qu’on sache pourquoi, et alors qu’on est en manque de sommeil, ça tape sur le système…

    Mais vraiment, ce qui aide, je trouve (et on le sait pour le 2ème) c’est quand on réalise que ça va s’arrêter un jour, parce que les bébés le restent peu de temps (bébé). Savoir qu’il y a un après, je trouve que ça rend toujours + supportable un maintenant difficile…

  • Répondre sabcestbien 29 mars 2012 at 15 h 26 min

    on te raconte avant que c’est merveilleux et on est pas préparé au reste….
    si j’avais su je serai restée plus longtemps à l’hopital au lieux de rentrer le lendemain chez moi.

    je voulais alléter mais j’ai eu beau y faire, rien ne sortait… à part des cris de l’enfant affamé, le pauvre. quant j’ai attéri à l’hopital, il m’ont dis qu’ils en avait une par mois comme moi ! alors pourquoi j’ai pas été préparée au cours de préparation à l’accouchement ? à quoi ça sert si c’est pas à te préparer justement ?

    moi je leur dis aux copines qui ont pas d’enfants que c’est pas tout rose meme s’il y a de merveilleux moments.

    C’est comme quant les gens pensent qu’en Province tout est fantastique et que Paris c’est tout pourri !
    Faut avaoir essayé pour savoir…

    Bref l’expérience mais surtout pas tout seul, c’est ce que j’en retiens.

  • Répondre anacoluthe 30 mars 2012 at 16 h 48 min

    @sabcestbien : « si on savait vraiment, plus personne ne ferait d’enfant, c’est pour ça que par contrat, on jure de ne rien dire… » disait Florence Foresti dans un sketch !!
    Oui, c’est ça, être entourée, c’est ultra important, et aussi pour garder le contact avec la « vraie vie », parce qu’on a un peu le sentiment de basculer du jour au lendemain dans une autre dimension, avec son premier bébé…

    Je me souviens que pour mon aînée – pendant mes galères d’allaitement – j’avais heureusement une voisine qui était une super amie, et qui passait de temps en temps me réconforter…
    Mais je garde quand même le sentiment d’une grande solitude, c’est dans ce genre de cas que j’aimerais que ma famille habite près de moi.

  • Répondre La frangine 1 avril 2012 at 23 h 57 min

    « On aime ses enfants mais enfin, pas autant que sa liberté ». Tu vois, tu as écrit ça, tu crois peut-etre penser cela, mais c’est une figure de style. Tu aimes tes enfants plus que tout, c’est un fait et tu le prouves tous les jours, particulierement ces jours. Mère, tout simplement (meme si c’est pas si simple…)

  • Répondre anacoluthe 3 avril 2012 at 12 h 03 min

    @La frangine : j’ai pas embrayé sur le maintenant-si-compliqué parce que j’ai pas encore de recul sur ce qui se passe pour en juger… mais je parlais du tout début de la maternité.
    Justement, je pensais que j’aurais le recul nécessaire pour être une « mère libre », mais en fait queutchi, je me sentais juste une mère nulle !
    Le « je suis libre aussi c’est mon droit », à mon avis, ça vient beaucoup plus tard, quand les enfants ont grandi et qu’on se retrouve un peu soi-même…

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