Entendu ! Lu !

Lointain, longtemps

16 mai 2011

Si jamais j’étais en partance pour une île déserte parce que fatiguée par

– mon boulot

– ma famille

– ma vie

Ne rayez pas de mentions c’est inutile…

à la lancinante question qu’emporter, je dirais… des livres.

Livre, seule denrée que je pouvais emporter sans me limiter quand petite je déménageais, ce qui arrivait tous les deux ou trois ans.

Jouets, habits, amis, il fallait laisser l’encombrant passé, se séparer de ce qu’on chérissait, seuls les livres échappaient à ce jugement de Salomon, des mètres de bibliothèques comme seul horizon fixe, maison après maison.

Et parmi les livres, un livre.

L’Anthologie de la poésie française de Georges Pompidou.

J’aime l’idée qu’il ait été un président qui consacra tant de son temps à compulser le beau, à compiler des mots, qu’il ait été un président avec un horizon au delà du pouvoir…

Et puis, je me souviens aussi de la joie de mes parents quand il se sont rachetés ce livre qu’ils aimaient tant, ce livre de chevet perdu dans un déménagement.

Et cette tradition, maison après maison : quelques vers, chéris, aimés, recopiés sur un papier et affichés là où tout le monde bientôt les saurait, aux cabinets, nos « cabinets littéraires », et j’ai longtemps pensé que telle était réellement la signification de cette expression !

Il y eut une très chère nue, il y eut entre les pins palpite, et mon luth constellé, et ma douleur, ô ma douleur, une journée en l’éternel, il y eut, il y eut, ces mots qui m’imprégnaient, ces mots qui me berçaient.

Qu’on ne me dise pas, jamais, que la poésie se réfléchit. Les mots côte à côté, il n’y a rien à comprendre, juste du beau à prendre, à apprendre, comme pour se laver de la complexité des relations humaines, des possessions perdues, des angoisses à venir.

Un jour, quand j’aurais résolu le quotidien qui assaille, je prendrais enfin le temps de réaliser ce projet : j’aimerais me faire un livre-photo, où je ne mettrais pas des souvenirs de vacances, mais des souvenirs de mots, et pour chaque vers aimé, une photo faite spécialement.

Et puis, sur l’île déserte – ce mythique lointain où nous rêvons de nous extraire du temps – tout aussi nécessaire à ma survie serait : de la musique, même si le choix serait difficile, tant je me sais versatile en la matière…

Mettons que j’emporterais mon obsession du moment, Embody de Sebastian, car en l’écoutant, je suis comme projetée dans un monde différent.
En l’écoutant, pof, je roule cheveux au vent, midi palpite entre les pins, au loin la mer, la mer toujours recommencée, et puis encore plus loin, une île au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs, cette île sortie des limbes de ma vie antérieure, Porquerolles, un après-midi d’automne, quand les foules sont parties, et qu’il ne reste plus que la beauté du monde, comme terrain de jeu pour l’enfant que j’étais…


SebastiAn – Embody par edbangerrecords

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16 Commentaires

  • Répondre Cilaïne 16 mai 2011 at 13 h 50 min

    C’est atroce, je viens de retourner ma bibliothèque, table de nuit et autres recoins sauvages, impossible de retrouver mon « Anthologie » de Pompidou, que je chéris aussi depuis des lustres … J’ai dû l’égarer. ça me fait l’effet de m’être égarée moi-même.

  • Répondre anacoluthe 16 mai 2011 at 15 h 04 min

    @Cilaïne : hé hé, vite, clic, Amazon…

    http://www.amazon.fr/Anthologie-poésie-française-Georges-Pompidou/dp/2253005436/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1305550993&sr=8-1

    Ou sinon, tu attends que j’ai enfin réussi l’anthologie d’anacoluthe, et je t’envoie un exemplaire ! (laisse-moi juste 10 ans, quoi)

  • Répondre sabine 16 mai 2011 at 16 h 09 min

    je sais pas pourquoi, je n’accroche pas avec la poésie. Peu-être parce que je ne sais pas me poser pour la découvrir…

  • Répondre anacoluthe 16 mai 2011 at 16 h 25 min

    @sabine : peut-être que l’approche qu’on nous en donne est trop souvent scolaire, rébarbative, des mots ânonnés qu’il ne faut surtout pas – stress !!- oublier, des mauvais poèmes (la plupart du temps !) avec comme seul horizon le dessin qui doit ab-so-lument illustrer le propos (ma fille s’est fait remonter les bretelles par sa maîtresse parce que le dessin ne reprenait pas TOUTE la poésie !!)

    Je ne dis pas que je passe mes journées à lire de la poésie, hein, mais je trouve que c’est hyper apaisant, comme de regarder la mer, par exemple… Je pense qu’il ne faut pas se mettre de pression sur la Poésie avec un grand P, il faut se laisser porter par le vague…

  • Répondre Blogueuse égarée 16 mai 2011 at 17 h 14 min

    Te voilà bien songeuse, Ana, today…
    Quel poème, pour la jolie photo du tronc sur fond de pont ?

  • Répondre anacoluthe 16 mai 2011 at 17 h 21 min

    @Blogueuse égarée : là j’ai triché (déjà ! même pas commencé et déjà je triche !) parce qu’en fait – au lieu de prendre une photo spécialement pour – j’ai cherché dans mes photos une qui pourrait illustrer le cimetière marin de Valery (on en a eu plusieurs extraits au mur, parce que c’est très long, en vrai) et en particulier cette phrase qui a bercé mon enfance :

    Le vent se lève, il faut tenter de vivre…

  • Répondre anacoluthe 16 mai 2011 at 17 h 28 min

    @Blogueuse égarée : et soi dit en passant, « le pont » sur la photo, c’est le golden gate bridge à San Francisco… Je suis hyper fière de cette photo, parce que je ne suis pas forcément très douée dans ce domaine, mais là, je trouve que je m’en tire bien avec ce sujet vu et revu…

  • Répondre bergamote 17 mai 2011 at 17 h 42 min

    Très beau texte et entièrement d’accord avec toi sur l’approche que l’on donne de la poésie. Un jour j’ai eu envie de relire Beaudelaire et j’ai ressorti avec un grand plaisir mon exemplaire Des fleurs du Mal de classe de première A ( oui c’était ya longtemps!). J’ai redécouvert, et adoré. Faut laisser le temps à la maturité pour la poésie!
    Sinon génial tes parents! Je vais faire pareil, coller des textes dans les ouaters des Mini Berga! Elles retiendront qqchose de leur passage lungissimo!!!!

  • Répondre la frangine 18 mai 2011 at 7 h 10 min

    « La très chère était nue et connaissant mon cœur… »
    On n’a sans doute pas eu des parents parfaits (en existe-t-il seulement?), mais cette poésie qu’ils nous ont laissée en héritage (peut-être le seul que nous aurons!), n’est-ce pas un des plus beaux cadeaux qu’on puisse faire a des enfants. A l’age ou l’on ne donne en pâture aux enfants que du sous-Prévert, maman nous récitait du Du Bellay…que nous n’avons compris qu’a l’age ou l’on fait de la philo. C’est devenu notre musique intérieure, celle qui prend le relais les jours ou, épuisées par la vie, on ne trouve plus les mots….et pourtant Dieu sait si toi, ma grande, tu les trouves toujours, parfaits, justes, émouvants.
    Pour l’avoir tester, je peux te dire, Anne ma sœur Anne qui croit ne rien voir venir en ce moment, que les iles désertes, c’est très surfait.
    Énormes baisers

  • Répondre la frangine 18 mai 2011 at 8 h 13 min

    J’oubliai: « si notre vie est moins qu’une journée en l’éternel, si périssable est toute chose née…aurais-je payé ma moquette trop cher? » (Du Bellay ET Woody Allen, duo de choc pour poésie chic, ou le contraire)

  • Répondre bergamote 18 mai 2011 at 13 h 57 min

    Bel hommage de ta frangine!! Du Bellay vraiment?? Trop chouette! Et oui, je trouve aussi que tes derniers billets sont vraiment bien écrits! Les réflexions sont profondes et pertinentes. D’autant plus touchant que tu sembles fatiguée du quotidien. Courage il y a encore la fête de l’école, du sport, de la musique, du quartier, où chaque fois il faut passer des plombes à attendre que ces mini Monstres- Berga- et consorts aient fait leur représentation. Pardon du hors sujet!

  • Répondre anacoluthe 19 mai 2011 at 17 h 47 min

    @berga : Baudelaire, c’est l’exemple type du poète étudié jusqu’à la moelle au lycée, à s’en dégoûter !! Alors que… Pour le coup, quand je parlais de se laisser porter par le vague, ça se fait de manière tellement évidente avec Baudelaire !

    Ah oui, tu aimerais faire ça avec tes enfants ? Je ne le fais même pas avec les miennes, je devrais !!

  • Répondre anacoluthe 19 mai 2011 at 17 h 55 min

    @Big sister : excellent ton mix du bellay – woody Allen !! L’autre jour, j’ai revu « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe sans jamais oser le demander » et aussi « la vie de Brian » et je me suis souvenue que ça faisait aussi partie de notre héritage de l’enfance, l’humour anglais (et l’anglais !)

    Donc oui, c’est vrai que je les remercie pour cette musique intérieure, je suis finalement contente d’avoir ceci en tête, pas dans un esprit « wéé, trop cultivé, on assure ! » mais comme quelque chose de doux, de beau, d’humain…

    Bon, ils n’ont pas été trop fortiche sur la transmission des valeurs familiales, le « secure », c’était pas trop leur fort non plus, mais ils nous ont transmis d’autres choses…

  • Répondre lorka 9 juin 2011 at 1 h 35 min

    Un jour, quand j’aurais résolu le quotidien qui assaille, je prendrais enfin le temps de réaliser ce projet : j’aimerais me faire un livre-photo, où je ne mettrais pas des souvenirs de vacances, mais des souvenirs de mots, et pour chaque vers aimé, une photo faite spécialement.

    Ici et maintenant tu peux le faire, non ? le jour où on aura le temps ne viendra jamais si on ne s’en empare pas maintenant.
    Salut la ch’tite !
    Il déchire ce morceau de musique !

  • Répondre anacoluthe 10 juin 2011 at 15 h 03 min

    @lorka : en fait, tu as raison et j’y avais même pas pensé : je peux faire ça ici !

    Oui, il déchire, et ça m’a ému aux larmes que Mini-Monstre, à 6 ans, me dise en voiture, l’autre jour qu’on avait l’impression de rouler au bord de la mer fenêtres ouvertes avec cette musique…
    Je lui avais rien dit, promis, et l’idée qu’on ait les mêmes délires innés, ça m’a plu mais plu-plu-plu !

  • Répondre lorka 11 juin 2011 at 1 h 51 min

    woué, fais donc ça la ch’tite ! ça va te faire prendre l’air !

    Ta fille a grandement les ouïes fines, le pied marin, et un manque d’embruns… vivement les vacances, hein !

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